Si on lit pas mal d’âneries sur le réseau social Facebook, c’est-à-dire des réactions le plus souvent épidermiques à telle ou telle publication, il arrive qu’on tombe, au hasard des commentaires qu’on Woody Allen-5c5a69d5768fdlit d’un œil distrait, sur quelque chose qui ressemble à ce que l’on peut considérer comme une forme de sagesse.
Tant de vérités définitives nous sont assénées, notamment en ce qui concerne la chanson et ses artistes méconnus, qu’on finirait par croire qu’on n’y comprend rien et que l’on est un ignorant dans ce domaine. En effet, nombreux sont les amateurs de chanson qui prétendent que les chansons qu’ils aiment et les artistes qu’ils adorent sont éternels.
Sur le site « Crapauds et Rossignols » nous nous sommes souvent posé la question de savoir quelle était la durée de vie d’une chanson*, et nous avons bien souvent écrit qu’elle était, à notre avis, très générationnelle** (même si çà et là certaines chansons parviennent à franchir les frontières entre les générations, frontières dont les plus « passionnés de chanson » nient l’existence).
La chanson se contente souvent d’un maigre passé et d’un avenir à très court terme. Cela semble une constante de cet art populaire devenu un banal objet de consommation depuis les années cinquante.
C’est donc sur le réseau social favori des seniors, des anciens baby-boomers, que j’ai trouvé une formule en forme d’oxymore qui résume assez bien mon point de vue : « Les chansons n’ont pas d’âge si elles sont belles… Elles sont là pour « l’éternité… de l’instant »… »***
C’est vrai qu’à l’écoute d’une chanson qui nous touche particulièrement on peut avoir l’impression que le « temps suspend son vol », et ressentir l’éternité de l’instant, comme dit si bien l’internaute (Jean Lapierre) que je cite ici.
La chanson qui nous émeut peut effectivement nous donner l’impression de dilater le temps et nous faire accéder à une forme d’éternité, mais hélas la sensation est fugitive et ne dure jamais bien longtemps.

Pierre Delorme

* http://www.crapaudsetrossignols.fr/2014/01/29/des-chansons-comme-des-montagnes/

** http://www.crapaudsetrossignols.fr/2018/04/24/le-defi-des-generations/

*** L’éternité de l’instant ( 2005) est le titre du premier album de Romain Humeau.

 

2 commentaires »

  1. Norbert Gabriel dit :

    Salut, puisqu’il est question de réaction épidermique, je proteste officiellement sur les médisances permanentes envers les ânes… Un cheval se dresse, un âne s’éduque… S’il est mal éduqué, cherchez l’éducateur…
    Sur le fond de la question, les réactions vives et passionnées parfois irraisonnées, je me tiens à cette phrase qui me semble bien résumer tout ça : « les chansons sont autobiographiques mais c’est l’autobiographie de celui qui écoute. » J’ai extrapolé ce que j’ai lu sous la plume d’un bon auteur, Pierre Delorme. Et « mon » autobiographie, avec chanson, c’est quand même le plus important au monde, non ?

  2. Un partageux dit :

    Cher Pierre,
    Rendez vous chez un libraire à poussière. Ce genre de libraire qui ne vend pas des « nouveautés » mais des livres plus ou moins jaunis publiés au cours du XXe siècle voire avant. Et demandez-lui ce qu’il vend en matière de littérature et à qui.
    Ses clients recherchent les auteurs qui publiaient quand ils avaient autour de vingt ans. Des auteurs que l’on a, pour la plupart, bien oubliés. En effet une décennie littéraire chasse la précédente.
    Rien qu’en jaugeant l’âge du client poussant la porte de la boutique le libraire sait quels auteurs il devra lui proposer…
    Et le libraire sait aussi qu’il a maintenant enterré le plus clair de ses clients-lecteurs des auteurs qui publiaient dans l’immédiat après-guerre. Sic transit gloria mundi.
    La chanson ressemble furieusement à la littérature…

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