Chanson et foot (2)Les amateurs de chanson ne goûtent généralement que fort peu les spectacles sportifs, notamment le foot, qu’ils jugent un brin décérébrant ou lobotomisant. Pourtant, la chanson actuelle et le foot présentent plus de points communs qu’il n’y paraît.
D’abord foot et chanson appartiennent à ce qu’il est convenu d’appeler la « culture populaire ». Bien sûr on peut objecter que cette notion demeure assez vague, mais convenons au moins du fait que foot et chanson ne font pas partie des modes d’expression traditionnels de la grande bourgeoisie. C’est déjà ça. On peut noter aussi que les origines sociales de footballeurs sont souvent assez proches de celles des chanteurs de « variétés » et des rappeurs divers.
Un autre point commun entre ces deux activités est la jeunesse de ceux qui les pratiquent. Mais ça n’est pas le seul. En ce qui concerne les niveaux d’excellence, la brièveté des carrières en est un autre. La carrière du footballeur professionnel se termine autour de la trentaine, comme bien des carrières d’artistes éphémères. Quelques très rares perdurent (mais ils sont de plus en plus rares), comme chez les footballeurs perdurent dans la célébrité ceux dits de « légende », reconvertis dans diverses affaires concernant le foot, pour le meilleur comme pour le pire. Mais le plus grand nombre retourne à l’anonymat.
L’appartenance à la culture dite populaire, les origines sociales, la jeunesse, la brièveté des carrières, sont les points communs auxquels il convient d’ajouter, mis à part le fric, la nécessaire volonté « sans faille » de faire carrière. Dans le domaine du foot comme dans celui de la chanson, le talent est une chose et le travail aussi, mais le désir de «  tout donner », « tout sacrifier » pour atteindre son objectif, est une autre chose, bien plus rare, et c’est un élément primordial. Pour réussir, il faut avoir ce que les sportifs appellent le « mental » , il faut être un « gagneur », ne pas avoir peur de « se faire mal » et surtout, savoir mettre un mouchoir sur son amour propre. Les individus armés de ces « qualités » ne sont pas légion. Pour les autres, c’est-à-dire tout le monde, c’est pas gagné. Mais est-ce perdu pour autant ?

Pierre Delorme

10 commentaires »

  1. POMMIER Marc dit :

    Ce n’est pas le foot, le jeu par lui-même, qui dégoûte ! c’est le bizness ! Mais comme tu le soulignes justement, Pierre, le foot et la chanson ont des similitudes populaires.
    J’ai pratiqué ce sport à très petit niveau, lors de mes dimanches après-midi à la campagne, lorsque nous ne savions pas quoi faire de nos vies dans des villages presque mortibus où l’exode rural commençait. Mais c’était passionnant, sans technique nous nous défoncions comme des dératés.
    Il y a des artistes dans ce jeu de football… Mais les matchs pros, je ne peux plus les regarder. Oui que deviennent la plupart des anciens joueurs ! Tous n’ont pas eu une reconversion heureuse, certains sont dans l’oubli.
    Est-ce que certains se sont lancés dans la chanson, avec pourquoi pas des talents cachés sans forcément faire la une ?
    Les artistes chanteurs du showbiz en panne de concerts se sont-ils et elles reconvertis en footballeurs ? Mireille Mathieu prétend peut-être a une place en équipe de France féminine de football, Herbert Léonard et des tas d’autres.
    En tout cas, une chose est certaine c’est qu’il y a tout de même beaucoup d’artistes de chansons qui ont du talent mais sont tout de même ignorés !

    • administrateur dit :

      Oui, il y a « beaucoup d’artistes de chanson » ignorés malgré leur talent, le problème tient peut-être dans le « beaucoup ». Le talent dans ce domaine n’est plus une rareté, il y a tant de pratiquants que forcément des talents apparaissent, le niveau est assez élevé, mais il ne peut raisonnablement pas y avoir de la place pour tout le monde. Pierre Delorme

      • Un partageux dit :

        « […] le problème tient peut-être dans le « beaucoup ». Le talent dans ce domaine n’est plus une rareté, il y a tant de pratiquants que forcément des talents apparaissent, le niveau est assez élevé, mais il ne peut raisonnablement pas y avoir de la place pour tout le monde. »

        Pierre,
        L’énorme problème est que vos phrases s’appliquent à la quasi-totalité des activités humaines que compte la France. Voici peu un interlocuteur me disait en substance la même chose à propos de son secteur d’activité qui est… le BTP.
        Un autre me disait la même chose à propos de… la restauration. « Il faudrait une dizaine de restaurants gastronomiques de moins dans notre ville et les survivants se porteraient mieux. »
        — Et pour la restauration rapide ? lui demandais-je.
        — Ah, là, il en faudrait cent ou deux cents de moins !

        • administrateur dit :

          Evidemment, quand il n’y a pas de travail il y a toujours trop de monde sur le marché. La grande différence est qu’en période de grande croissance, voire de plein emploi, il y aurait de la place dans la plupart des secteurs d’activités humaines, BTP ou restauration. Cependant le nombre d’artistes accédant à la notoriété ne grandirait pas pour autant. Les artistes qui ne rencontrent pas le succès ne sont pas victimes la « crise « économique, d’une crise de l’emploi, j’insiste, ils sont trop nombreux à tenter leur chance dans la chanson pour tous pouvoir en vivre. Ils ne sont pas assez rares. Les virtuoses, qui, eux, sont rares, ont tout de suite leur place dans le « métier » et n’ont aucun problème pour vivre de leur art.

      • Un partageux dit :

        Robert Castel, un sociologue décédé récemment, avait un mot pour désigner la foule immense de ceux que notre société abandonne sans le dire ouvertement : « les surnuméraires ».

        • administrateur dit :

          Peut-on dire que la société « abandonne » ceux qui décident de tenter leur chance dans un domaine artistique donné sans avoir suffisamment de talent pour le faire ? Le boulanger qui fait du mauvais pain n’a pas de clientèle et il doit fermer boutique. Est-ce la société qui l’abandonne ?

  2. Chris Land dit :

    Une des figures les plus célèbres de ce passage improbable foot-chanson est celle d’un ex-goal du Real Madrid. Bon, comme chanteur, au niveau tasse de thé, je lui préfère la sangria… N’empêche, il a réussi une reconversion spectaculaire (retourné acrobatique !) doublée d’une grande carrière internationale !
    Communément rebaptisé dans les cours de récré : Rouleau Essuie-glace…

  3. Un partageux dit :

    Pierre,

    On pourrait continuer fort longtemps notre discussion. D’autant que l’on s’y place un peu différemment. J’entends fort bien vos arguments. Ils sont justes dans nombre de cas. Si vous saviez le nombre d’impétrants chanteurs qui me rasent prodigieusement… ;o)
    Mais votre explication reste malgré tout partielle. Tout comme la mienne. ;o) Une entreprise meurt, éventuellement de son manque de savoir-faire quand elle est jeune, mais souvent aussi de son manque de fonds propres, de l’absence d’une banque assurant la trésorerie ou de l’assèchement économique du bassin où elle se trouve.
    Ainsi, dans le cas d’un chanteur, provenir d’une famille pouvant remplir le frigo durant la phase d’apprentissage est une bonne assurance-longévité. Sans compter qu’il est bon pour le moral de se savoir soutenu. Et que cela aide aussi à bonifier son art.
    Parce non, les virtuoses n’ont pas forcément « tout de suite leur place dans le « métier » et n’ont aucun problème pour vivre de leur art. » Jacques Brel a mis des années à émerger. Long apprentissage dans la douleur sur des scènes de cabarets parisiens. Je me souviens avoir lu chez un bouquiniste une critique publiée vers 1958 qui n’était pas tendre pour Brel : en bref il encombrait la place et vivement qu’il abandonne au vu de son petitissime talent : on en a des douzaines du même tonneau.
    Mais qui se souvient des quinze premières années d’Alain Souchon ? Lui aussi a figuré dans « La Fine fleur » de Bérimont. Mon premier souvenir de lui ne m’avait pas incité à aller plus avant. Et je reste sobre ! L’ado que j’étais alors aurait été ravageur… Ce premier souvenir m’a même très longtemps tenu éloigné de Souchon. La réécoute récente de ses chansons enregistrées avant 1975 m’a confirmé ce rejet premier. Et les chansons jamais enregistrées étaient bien pires. Du moins dans mon souvenir. ;o)
    Le parcours de Brassens est aussi très intéressant. Il a fait son apprentissage tout seul durant une douzaine d’années. Et n’a chanté en public que lorsqu’il a eu un paquet de chansons irréprochables à ses yeux. Cette forme d’apprentissage ne convient qu’à une minorité. La plupart ayant besoin de se confronter à un public pour progresser.
    Je le redis : s’il y a tant d’aspirants artistes c’est parce que la société n’a d’autre choix à proposer que le chômage entrecoupé de petits boulots précaires. Les surnuméraires ne sont pas plus les aspirants chanteurs dépités que les boulangers ou les plombiers pointant à Pôle-pas-d’Emploi. Les surnuméraires sont l’ensemble indistinct des six millions et demi de chômeurs et des millions de personnes surnageant difficilement avec un petit boulot qui ne leur convient pas. Si modestes soient leurs aspirations, on leur dit qu’ils sont trop nombreux.

    • administrateur dit :

      Je vous suis sur la question de l’origine sociale des artistes, elle est déterminante, comme dans tous les domaines. Cependant : « s’il y a tant d’aspirants artistes c’est parce que la société n’a d’autre choix à proposer que le chômage entrecoupé de petits boulots précaires. » Je ne vois pas là la raison première de tant de « vocations ». En revanche, l’exemple donné par nombre de « réussites » extravagantes me semble déterminant. C’est, à mon avis, là le véritable encouragement à vouloir « faire l’artiste » (« pourquoi pas, moi aussi ? ») et l’origine d’un grand malentendu.
      Je crois que ces exemples de réussites faciles, où le talent est si peu manifeste que chacun se sent capable « d’en faire autant », susciteraient autant de vocations dans une période sans chômage, mais les ratages ne pendraient pas la même proportion, chacun pourrait reprendre un boulot ensuite, et on ne parlerait pas de « surnuméraires ». Nous resterions dans le traditionnel « Beaucoup d’appelés et peu d’élus ».
      Il est certain que nous ne voyons pas la question tout à fait sous le même angle, et ce que vous désignez comme la cause de l’apparition de tant d’aspirants artistes, je ne le vois que comme une circonstance qui aggrave les effets de leur trop grand nombre. La vérité est peut-être un peu dans ces deux façons de voir, ou même ailleurs, comme souvent!
      PS : Quand j’évoquais les virtuoses, je ne pensais pas aux chanteurs de variétés ou « de qualité », mais aux musiciens instrumentistes, là aussi les postulants sont aussi assez nombreux, comme dans le jazz par exemple.
      Bien à vous
      Pierre Delorme

  4. Un partageux dit :

    Pierre,

    « […] l’exemple donné par nombre de « réussites » extravagantes. » Je ne sais si c’est le facteur premier de tant de vocations mais il est fort parlant. En variétés pour adolescentes je viens de découvrir le nom d’une catastrophe chantante. Qui semble vendre à foison si j’en juge par le nombre de concerts dans des salles de grande taille. Et je me suis dit, durant les deux minutes de pensum sur Youtube, que j’étais capable d’écrire de meilleurs textes même s’il ne me viendrait jamais à l’idée de « me lancer. » ;o)
    Votre argument est fort, il a sa pertinence, mais regardons aussi de l’autre côté de la haie.
    Dans un article paru voici quinze ou vingt ans sur Politis, Didier Levallet raconte qu’il y avait en France entre 100 et 200 musiciens de jazz professionnels avant 1980. Ils sont maintenant environ 5000 ! Levallet disait aussi que le niveau technique des jeunes était très supérieur à sa génération, les jeunes sortent tous d’un conservatoire, mais que cela ne suffisait pas pour en faire de bons musiciens de jazz. Le manque d’habitude à improviser en compagnie de rencontres d’un soir…
    On voit cette inflation de postulants y compris dans des domaines artistiques qui demandent un apprentissage de très longue haleine. En musique ancienne et baroque, il y avait 4 ou 5 personnes pratiquant tel instrument rare à un niveau professionnel international. Elles sont aujourd’hui des dizaines pour un marché qui, comme le jazz, ne s’est pas développé dans les mêmes proportions. Loin s’en faut… Alors ces gens deviennent profs de conservatoire et forment de nouveaux excellents instrumentistes. ;o)

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