Oh, my God !J’ai eu l’occasion de discuter avant-hier soir avec Matthias Bouffay. Matthias est l’un des deux jeunes gens (l’autre s’appelle Lucas Roullet-Marchand) qui ont eu la bonne idée de reprendre A Thou Bout d’ Chant, la petite salle lyonnaise consacrée à la chanson d’expression française. Les jeunes qui s’intéressent à la chanson chantée en français, même s’ils ne sont pas la majorité, sont plus nombreux qu’on pourrait le penser. Cependant, à en croire ce que m’a dit Matthias, la seule appellation chanson française entraîne, chez ceux de sa génération qui l’entendent, une crispation immédiate, pour ne pas dire un rejet systématique.
Comme tous les rejets systématiques celui-ci est sans doute le résultat d’un
a priori, car un bon nombre de ceux qui se sauvent dès qu’ils entendent chanson française, prendraient bien du plaisir à découvrir des gens qui ont le même âge qu’eux et qui s’expriment en français quand ils chantent.
Le concert auquel j’ai assisté hier soir est peut-être la preuve que tout n’est pas figé et que nous sommes quand même en bonne voie pour sortir de l’ornière !
Anissa Karat* chantait. Elle écrit et compose ses propres chansons. Elle s’accompagne à la guitare et son copain Rémi Videira l’assiste à la contrebasse et aux chœurs. Il leur arrive aussi d’utiliser un looper, et Rémi s’illustre très bien dans l’art du human beatbox, tel qu’il se pratique aujourd’hui (mais généralement loin des sentiers de la chanson française). La tonalité générale des chansons et la manière d’Anissa demeurent proches du folk, mais au gré de son concert nous sommes passés d’une reprise de Brassens (Celui qui a mal tourné) à un rap, construit sur le premier vers d’une autre chanson de Brassens (Mourir pour des idées). Pas de chanson en anglais, de Clermont-Ferrand ou d’ailleurs, mais une chanson en langue étrangère quand même, en turc ! Cette sorte d’éclectisme, d’absence de barrières, qui n’enlèvent rien à l’homogénéité de ce récital surprenant, montrent une voie possible pour une chanson française qui oserait enfin dire son nom. Le public, assez jeune en moyenne, en a redemandé et n’a pas semblé désorienté par cet éclectisme. Comme quoi la chanson française a, à mon avis, de beaux jours devant elle. Cependant, me faisait remarquer Matthias, peut-être faudrait-il simplement lui trouver un autre nom pour attirer le public potentiel qui l’ignore pour l’instant. Pourquoi pas ? Je suis prêt pour ma part à l’appeler comme on voudra, pourvu qu’elle vive et que les gens se déplacent pour la découvrir, l’entendre.

Pierre Delorme

*Anissa Karat est une jeune chanteuse pleine de talent, mais je ne m’attarderai pas ici sur les compliments d’usage étant donné qu’elle a été mon élève pendant de nombreuses années et que je me soupçonne moi-même, pour cette raison, de manquer d’objectivité. Cependant, l’adhésion spontanée et l’enthousiasme du public hier soir, c’est une constatation objective.

8 commentaires »

  1. Un partageux dit :

    « French songwriting » ? :-)

  2. Norbert Gabriel dit :

    Salut,
    La question est plus que pertinente, à mon avis la réponse ne viendra pas – quoique – de ceux qui ont connu Brassens quand ils avaient des culottes courtes, encore qu’à l’époque c’était aussi la naissance du rock… Peut-être qu’on pourrait lancer une ligne du côté d’Alain Fantapié, qui est impliqué dans les Chroniques lycéennes, faire écouter à ces lycéens des artistes comme Louis Ville, Bossone, Emilie Marsh, et leur demander comment ils nommeraient ce qu’ils font… Qui est de la chanson à texte, mais avec des guitares qui sonnent « électrique », donc effacer l’image chanteur de cabaret à guitare sommaire… Jérémie Bossone avait participé à des journées de débats avec concerts dans un lycée d’Ivry, je ne pense pas qu’il ait été perçu comme « chanteur du passé de chanson française révolue »… Il a été plutôt perçu comme un rockeur déjanté, alors qu’il est dans la lignée chanson française très écrite.

  3. Chris Land dit :

    Je ne suis pas persuadé que « les Républicains » attirent davantage de personnes que l’ UDF, l’UDR, l’UMP, le RPR, etc.
    Et s’il fallait trouver à améliorer la communication, peut-être conviendrait-il de s’attaquer aux « loopers » ou autres « human beat boxes »…
    ^_^

    • administrateur dit :

      Pour Les Républicains il ne s’agit pas d’attirer davantage de monde, mais de faire oublier les « affaires » liées au nom UMP. Quant aux loopers et aux human beatboxes , je ne vois pas en quoi ils empêchent la communication avec le public… Ce sont des « instruments » comme les autres, tout dépend ce qu’on en fait. Tout évolue, on ne peut pas toujours chanter le pied sur un tabouret en grattouillant une guitare mal accordée.
      Pierre Delorme

      • Jean Peduzzi dit :

        Pas gentil pour Brassens et Paco Ibañez. (Je rigole)

        • administrateur dit :

          D’accord pour le tabouret, mais l’accordage des guitares de ces deux-là ne m’a jamais vraiment écorché les oreilles. Brassens est mort, il n’aura plus l’occasion d’évoluer, en revanche Paco pourrait se mettre au looper et à la human beatbox. :-)

  4. Un partageux dit :

    Je me souviens de l’arrivée de la pédale ouah ouah (orthographe non contractuelle). Bon Christian, si ça te fait plaisir on pourrait causer de « boucleur » et de « boîte à rythme vocal ». Pascal Rinaldi utilise un boucleur sur scène. Et aussi une pédale ouah ouah. Et c’est rien bien (comme tu écrirais).
    Je cause pas souvent chanson même sur mon blogue où je me contente le plus souvent de mettre un VousTube. (Tu vois, Christian, que je fais des efforts pour communiquer avec toi.) http://partageux.blogspot.fr/2015/09/la-chanson-chez-partageux.html Mais il me semble que la chanson a deux pierres dans sa chaussure et qu’on tourne souvent autour du pot pour ne pas en parler. Ou pour se perdre dans des détails.
    1) Un manque d’exposition. Comme je l’ai écrit récemment, quand j’étais gosse j’ai entendu Jean Arnulf dans le poste. Et pas qu’une fois pour que j’ai remarqué alors et que je me souvienne de « Point de vue », chanson qui ne s’adresse pas à un mioche de 6-8 ans. Aujourd’hui les radios programment la même chose jusqu’à l’écœurement. Jean-Jacques Goldman lui-même trouvait qu’on le programmait beaucoup trop. Quand on n’est pas diffusé à la radio et à la télé on n’existe pas. Point. Et circulez, y a rien à voir.
    2) Un manque de bandant. On a intérêt à secouer les tapis parce qu’il y a de la poussière. (Le pied sur un tabouret en gratouillant une guitare mal accordée.) La chanson rive gauche a beau être morte depuis belle lune, on voit encore des cadavres sortir du placard. Ça ne rend pas service à la chanson en général de déterrer les morts. La leçon des Béranger, Lavilliers, Higelin, Mama Béa et autres phares des années soixante-dix ne semble pas plus avoir été assimilée par certains que la même leçon administrée beaucoup plus tôt par Brassens. Qui disait en substance que les gens retiennent d’abord ses musiques et ne s’intéressent qu’ensuite à ce qu’il raconte.
    Le problème du nom n’en est pas un. Sauf par conséquence. À vouloir faire avaler la guitare désaccordée, le tabouret et le chanteur souffreteux…
    Le manque de bandant est un problème, oui. La bandaison, papa, ça ne se commande pas.

  5. Un partageux dit :

    Je me fais envahissant mais, promis, je ne recommencerai pas.

    Sur l’exposition :
    http://partageux.blogspot.fr/2015/06/radio-partageux.html

    C’était ma première participation de cet été à la radio des blogueurs. J’en ai commis 17 autres. En ouvrant mes fenêtres que ça sente pas le renfermé : ça chante pas qu’en français.

    Fin d’été. Lolobobo, le taulier de la radio, sonne la fin du match. Et nous annonce, à sa surprise, qu’il y a eu beaucoup de chanson française et que c’est Juliette qui a été la personne la plus souvent affichée par les blogueurs. Comme quoi faut pas désespérer…

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