G. Brassens et J.Grello  (DR)

Georges Brassens et Jacques Grello
(DR)

L’été approche et il fait chaud. Les chansons qui aiment bien parler de la pluie et du beau temps causent aussi parfois de soleil et de chaleur, on aurait même peine à les dénombrer. 
Mais si nous écrivons ces quelques lignes, c’est pour le plaisir de mettre aujourd’hui sur notre site une chanson que chantaient les Frères Jacques (un groupe d’avant les Teppaz et
SLC !). Son titre est Il fait beau. Les paroles sont de Jacques Grello (de son vrai nom Gaëtan Greslot), chansonnier*, et la musique de Tremolo** ! Guy Béart, qui a aussi enregistré la chanson, est crédité de son « arrangement » à la Sacem.
Jacques Grello, je le voyais quand j’étais petit à la télévision dans
La Boîte à sel ou encore Le Grenier de Montmartre, où, en compagnie de Robert Rocca, il donnait ses sketches. Je ne comprenais pas grand-chose à ce qu’il racontait, mais j’ai retenu son nom, sa mèche et ses grosses lunettes. Plus tard, j’ai appris qu’il écrivait aussi des chansons, qu’il avait encouragé Brassens à ses débuts et lui avait même fait cadeau de sa première guitare. Voilà donc un homme qui mérite notre reconnaissance éternelle. Brassens d’ailleurs chanta cette jolie chanson, Il fait beau, un soir à la télévision, dans Le Grand Echiquier. Sa version, un peu différente de celle des Frères Jacques et Guy Béart***, est sans doute fidèle à l’original de Jacques Grello, son copain donc. On y découvre un couplet qui, pour être drôle, n’en est pas moins teinté de mélancolie, celle qui se cache parfois derrière l’humour des amuseurs.
Lorsqu’on compare les deux versions, on constate que la mélodie et les harmonies ne varient pas, il s’agit toujours de la musique de Tremolo. C’est donc probablement dans les seules paroles que tient « l’arrangement » de Guy Béart. On peut supposer que ce dernier a mis son grain de sel en ramassant deux couplets en un seul pour pouvoir en ajouter un autre de son cru. Pour apprécier cet apport coquin
(lire ci-dessous ce couplet dans son intégralité), on n’en regrette pas moins que parmi les vers chantés par Brassens et écartés par Guy Béart figurent les deux suivants pourtant très réussis : « Sur la chaussée brûlante le touriste en moiteur / Cherche sa route à l’ombre des jeunes flics en sueur » (!)
En attendant que notre reconnaissance éternelle arrive jusqu’à Jacques Grello, on écoutera avec délices ce Il fait beau, venu d’une époque où même lorsqu’on écrivait des choses légères on prenait la peine de le faire bien. C’est ancien, bien sûr… et il se peut qu’on l’écoute à un moment où il fait mauvais chez soi, mais ça n’est pas grave, car à en croire Guy Béart, encore lui,  Il fait toujours beau quelque part !

Pierre Delorme

* Un chansonnier est un auteur de sketches ou chansons satiriques sur l’actualité, souvent à teneur politique. Le sens ancien de « chansonnier » a été remplacé par les termes chanteur, auteur-compositeur-interprète, parolier. (Wikipédia)
**
Tremolo était le pseudonyme de Pierre Jean Gaston Garnot (compositeur, notamment, de La plus bath des javas).
*** Même s’ils l’ont enregistrée sous deux titres différents –
Il fait beau à Paris (Guy Béart) et Il fait beau (Les Frères Jacques) –, c’est bien de la même version qu’il s’agit.

 

L’interprétation de Georges Brassens inclut ce couplet, dont Guy Béart n’a conservé que les trois premiers vers :

Les femmes sont adorables comment peuvent-elles ranger
Dans si peu de tissu tant d’ choses douces à toucher ?
Il fait chaud
Elles sont drôlement pin-up si j’en trouve une qui m’ veut
J’ m’ en vais gâcher ma vie pour elle une heure ou deux
Il fait chaud

J’en voudrais une bien fraîche dans une p’tite pièce bien sombre
Moi, ce que j’aime dans l’ soleil c’est qu’on peut s’ mettre à l’ombre
Il fait chaud
L’amour en t’ nue légère au fond j’aime assez ça
D’autant que c’est l’ seul sport où ma myopie m’ gêne pas
Il fait chaud, nous embêtons pas !

 

La version de Guy Béart comporte ce couplet ajouté :

Délaissant avant l’heure son torride bureau
L’ami Gaston chez lui est rentré bien trop tôt
Il fait chaud
Il a trouvé sa femme seule avec un monsieur
A part le drap du d’ ssus, ils n’avaient rien sur eux
Il fait chaud
Gaston restait sans voix, sa femme ne disait rien
Alors l’autre type a dit “Y a qu’ comme ça qu’on est bien”
Il fait chaud
“Vous croyez ?” dit Gaston, “Je peux vous l’affirmer”
Gaston s’est dévêtu et tout s’est arrangé
Il fait chaud, on peut pas s’ fâcher

La même, par les Frères Jacques :

 

Chacun choisira (ou non) la version qu’il préfère !  Il fait chaud, on peut pas s’ fâcher !


5 commentaires »

  1. delorme michele dit :

    Je voulais relever quelques jolies images de cette chanson, mais il y en a trop !
    Je croyais être la seule à avoir gardé cette chanson (par les Frères Jacques) et à me la fredonner dans la tête les jours où il fait beau et chaud (ou l’inverse).

  2. delorme michele dit :

    J’invente ? ou il existe une version par Jacques Grello ?

  3. J’avais bien aimé cette chanson dans la version de Brassens, j’ai cherché des enregistrements de Grello lui-même, n’en ai point trouvés…

  4. Un partageux dit :

    Chaque été, quand ça cogne dehors, je me la remets entre les oreilles. C’est une chanson de ma jeunesse, non que je sois si âgé mais mon père la chantait ou plus exactement en chantait des bribes comme il le faisait pour presque toutes les chansons de son répertoire. Je l’ai réécoutée — Les Frères Jacques et Guy Béart — lors de ces derniers jours où le soleil a grillé les jeunes feuilles de mon rhododendron. Merci Pierre de nous rappeler cet enregistrement de Georges Brassens que j’avais un peu oublié.

  5. Un partageux dit :

    Pour faire plaisir à Francis Hébert un enregistrement d’émission télévisée où Jacques Grello chante « Il fait beau » accompagné à la guitare par… Georges Brassens.

    https://www.youtube.com/watch?v=W8pQnLDwl0I

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