chapeau-magicien (1)Les auteurs de variétés peu variées écrivent parfois au cours de leur carrière une chanson qui semble plus originale que les autres, ou du moins plus réussie, plus « accrocheuse ». Elle leur rapporte généralement pas mal d’argent et surtout une notoriété nouvelle qu’ils entretiennent ensuite du mieux qu’ils peuvent en attendant une nouvelle inspiration « géniale », dont ils savent bien qu’elles sont très rares.
Lorsqu’ils écrivent ensuite (avec le magnétophone d’un journaliste) leurs Mémoires, ils offrent une place de choix à « la » chanson qui a modifié le cours de leur existence en leur apportant la gloire et la fortune. Ils ont coutume de dire qu’elle leur est tombée du ciel, ou encore qu’elle est apparue en rêve, voire même dictée par Dieu (pour les mystiques !), bref ils entretiennent l’idée qu’il s’est passé quelque chose de « magique » quand cette chanson leur est venue. Pourtant ils l’ont écrite dans leur cuisine ou bien au volant de leur bagnole en attendant que le feu passe au vert, aiment-ils à expliquer, ce qui renforce encore l’idée qu’il s’est passé à ce moment ordinaire quelque chose d’extraordinaire, qui échappe au raisonnement. Peut-on vraiment les croire ?
La chanson n’est-elle pas devenue a posteriori « magique », dans leur esprit, parce qu’elle a été la source d’un grand succès ? Les autres chansons de leur répertoire, si elles avaient connu un grand succès, ne seraient-elles pas aussi devenues « magiques » ? Mais comme ça n’a pas été le cas, pas de magie rétrospective pour expliquer leur création.
Cette façon de raconter les choses accrédite l’idée (fausse) que les chansons (au moins les plus réussies) tombent du ciel et se révèlent à leur auteur selon le miracle de l’inspiration. L’idée d’un quelconque travail ne leur est jamais attachée, leur création se doit de rester mystérieuse. Une sorte de don du ciel.
L’idée que l’inspiration « ça se fouette », et se provoque par le travail, reste très loin du monde de la chanson, de même que l’idée de labeur. Une chanson ça se consomme vite et donc s’écrit de la même manière, dans la fulgurance, le coup d’inspiration, le trait de génie ! Le labeur, c’est le truc de l’arrangeur ou du bidouilleur de machines, qui va confectionner l’environnement sonore destiné à rendre le « bijou » inspiré apte à la diffusion.
Les pauvres bougres qui s’échinent et peaufinent, s’acharnent à placer « les trois mots qu’il faut sous les trois notes qu’il faut » (Georges Brassens) sont soit des crétins, soit des sages ayant compris que le don du ciel n’existe pas et que la magie n’est rien d’autre qu’une affaire de charlatanerie, c’est-à-dire de commerce.
Car si magie il y a, c’est bien celle de vivre dans un système qui permet d’écrire une petite chanson mal fagotée sans autre ambition que de « faire  un coup » et de s’en mettre plein les poches. Les auteurs de ce calibre sont sans doute les premiers étonnés que ça marche et faute d’explication raisonnable (pourquoi cette chanson sans ambition plutôt qu’une autre ?) il leur faut bien en appeler à la magie. Là, nous sommes d’accord.

LTG

3 commentaires »

  1. Anne Audigier dit :

    Merci pour cet article ! La magie réside aussi, pour moi, dans le succès auprès du public d’une chanson parmi toute une production.

  2. Picasso disait : « 90 % de transpiration, 10 % d’inspiration ! »

  3. Christophe Novelet dit :

    Je n’ai rien à rajouter…
    … alors, pourquoi je poste ?
    Simplement, parce que j’ai eu plaisir à lire cet article.
    Je tenais à le dire !

Soumettre un commentaire concernant GILBERT LAFFAILLE »