Nous évoquions récemment sur ce site la disparition éventuelle du support CD et la réapparition progressive, mais encore hypothétique, du disque vinyle*. Aujourd’hui, j’apprends qu’une chanteuse, d’une renommée Tascam-16Tracksuffisante pour être produite par un label très important de l’industrie du disque, vient d’enregistrer un album « en analogique », c’est-à-dire sur une bande magnétique, à l’ancienne. Le procédé est intéressant, si on a le désir de retrouver les spécificités de ce type d’enregistrement. Il faut bien entendu avoir accès à un studio qui a conservé le matériel nécessaire. On pourra discuter du bien-fondé de cette démarche et des mérites comparés des enregistrements analogique et numérique, comme on discute encore de ceux du disque vinyle et du CD. On sait que le spectre sonore restitué par la bande magnétique est plus large que celui de l’enregistrement numérique, mais on sait aussi que le numérique offre des possibilités qu’on ignorait du temps de l’analogique. Bref, on ne fait pas les mêmes choses avec l’un ou avec l’autre.
Il est amusant de constater qu’au moment où chacun peut avoir accès à l’enregistrement numérique, en particulier avec le home studio, et au moment où l’on peut autoproduire des CD de qualité, les artistes les plus richement dotés (au niveau de la production) reviennent à la manière ancienne.
Cela me rappelle une série de dessins de Sempé. Sur le premier, on voit un ouvrier qui part à pied au boulot, musette à l’épaule, et passe devant le portail d’une belle demeure d’où un riche propriétaire sort à bicyclette. Sur un autre dessin, au même endroit, on voit l’ouvrier se déplacer à vélo et le riche propriétaire sortir de chez lui en automobile. Sur le dernier dessin, l’ouvrier, dans sa petite voiture, est bloqué dans un embouteillage devant le même portail de la belle demeure d’où le propriétaire sort à nouveau à bicyclette.
Les riches ont toujours une bicyclette d’avance, ou une bande magnétique.

Pierre Delorme

 * Lire Les supports : face A, B et C (rubrique « Réflexion faite »).

 

5 commentaires »

  1. Christian PIERREDON dit :

    Le coût d’une production analogique rend complètement obsolète cette option pour un artiste autoproduit. Le prix des bandes magnétiques est devenu inabordable. Puis finalement, la musique est diffusée en numérique, et de plus en plus souvent en MP3. Enfin, le magnétophone est seulement une étape dans la chaîne de l’enregistrement, même en numérique, le son passe par des pré-amplificateurs, des compresseurs, qui donnent une couleur analogique au son que le numérique actuel reproduit avec fidélité. Alors, l’argument du magnétophone à bande ne serait-il pas un argument un peu commercial ?

  2. comte dit :

    Le spectre sonore me fait rêver : par exemple le spectre sonore de Sarkozy : « Casse-toi pôvre con », magnétique ou numérique (les deux mon colonel, he said) puisque c’est devenue une réplique historique (hystérique), ne pensez-vous pas ?

  3. DALICHOUX dit :

    magnétophone, dictaphone,
    évitons de parler politique.

    • René Troin dit :

      Sauf, peut-être, s’il s’agit de magnétophone à (en ?) bande organisée. Et voilà, j’ai parlé politique. T’es pas sympa, Catherine, t’as écrit ça exprès pour que je replonge.

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