Jeune au casque

Photo : S. Rivaux

La radio, la télé et les majors du disque. C’est la maudite trinité qui, de l’avis de ses amoureux, a eu la peau de la chanson française de qualité (CFQ). Voire… Outre le fait que ce jugement peut être nuancé, au moins pour la radio*, il semble qu’il puisse y avoir un quatrième responsable à l’extrême marginalisation de la chanson telle qu’ils l’aiment : eux. Et nous avec, puisque nous l’aimons aussi cette chanson – même si c’est parfois d’amour vache.
Remontons de conserve jusqu’aux années 70/80, où, jeunes adultes, nous allions aux concerts de chanson, où nous passions une partie de nos vacances en stage d’« écriture », d’« interprétation » ou de « gestion de la scène » (remember la Sainte-Baume)… Souvent nos enfants – pour ceux d’entre nous qui avaient des enfants – suivaient. Ils ont donc vu Jacques Bertin, Anne Sylvestre, Xavier Lacouture, Michèle Bernard… et ne les ont pas oubliés. Or, aujourd’hui que nos enfants ont entre trente et quarante ans, on ne les voit guère dans les salles où se produisent les artistes cités plus haut. En revanche, on les voit chez Thiéfaine, chez Lavilliers, chez Clarika… Pourquoi vont-ils ici et pas là ? Victimes de notre enthousiasme, n’aurions-nous pas, voilà quelques décennies, fait une légère erreur d’appréciation en faisant écouter à nos enfants des choses un peu trop grandes pour leur âge ?
Si nous remontons plus haut dans nos propres vies, nous nous souviendrons qu’autour de nos dix ans nous écoutions plus volontiers Salade de fruits que Jacques Douai, ou Les Chaussettes noires qu’Hélène Martin. Forts de ce constat, nous pouvons faire en sorte d’amener nos petits-enfants (car, désormais, nous sommes grands-parents**) à écouter les grands classiques de la chanson – et plus, si affinités. En commençant par ne pas ricaner quand notre petite-fille dit en entendant Vanessa Paradis à la radio : « Ça, c’est une jolie chanson » – parce qu’elle a raison : le texte est un peu « léger » (pour notre âge !) mais la mélodie est bien foutue et l’arrangement réussi. En évitant de hausser les épaules quand son frère s’enflamme pour Stromae (Brel, non plus, ne s’est pas fait en un jour ; réécoutez ses toutes premières chansons : on était plus près du Bécaud des Croix que d’Amsterdam).
Et puis, emmenons-les au concert. En commençant par où c’est raisonnable (et un récital de chanson poétique sur fond de guitare sommaire, pour leurs parents quand ils avaient dix ans, faut nous résoudre à l’idée : ça n’était pas raisonnable). Par ce spectacle à six voix autour de Boby Lapointe, qui tourne un peu partout en ce moment, par exemple : Comprend qui peut. C’est son titre. Et aussi notre dernier mot.

LTG

* Sur les stations du service public, il reste quelques îlots ; et aujourd’hui on peut écouter, en direct ou en podcast, les émissions chanson des radios associatives qui, grâce à internet, voient leur zone d’écoute élargie au monde entier.
** Tous ces sauts entre trois âges… Ce n’est plus un édito, c’est du Lelouch !

1 commentaire »

  1. Michèle Dubromelle dit :

    Chez moi, on écoutait aussi Les Rois de l’accordéon, le samedi midi, jour de steak-frites. C’était la jeunesse de mon père, mais la transmission n’a pas vraiment fonctionné, tout au moins dans sa version Jo Privat. Sans doute nos jeunes oreilles ont-elles souffert d’une sorte d’overdose. Heureusement, plus tard, il y eut le Cuarteto Cedron, Gérard Pierron, Zachary Richard et Michèle Bernard…

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