Chanteurs des rues

Chanteurs des rues
Photo : D. R.

La chanson peut-elle, doit-elle, être enseignée dans les conservatoires et les écoles de musique ?
Cet art populaire qui a longtemps habité dans la rue, ne requiert aucune formation particulière et semble à la portée de tout le monde. La chanson est l’art des autodidactes. Du moins c’est l’idée qu’on en a. Il est vrai que les grandes figures du genre, qu’il s’agisse de Piaf, Trenet, Montand, Brassens, Brel, Bashung ou Souchon, ne sont pas sorties des conservatoires. Ces artistes ont appris par eux-mêmes à faire ce qu’ils savent faire, sur le tas comme on dit. On pense d’ailleurs communément qu’ils n’ont pas « appris », mais qu’ils étaient simplement doués pour ça. Georges Brassens nous a bien dit que «  sans technique un don n’est rien qu’une sale manie », mais l’idée de travail fait encore généralement mauvais ménage avec la chanson.
Donc pourquoi, ou même comment, enseigner quelque chose qui ne s’apprend pas, dans des établissements publics jusqu’à présent voués à l’enseignement de la musique savante occidentale (la « grande » musique) et depuis peu, mais encore timidement, à celui du jazz ?
C’est sans doute une des raisons pour lesquelles le Conservatoire, comme l’Université, ont superbement ignoré la chanson jusqu’à présent.
Cependant depuis quelques années, la chanson pointe timidement son nez, aussi bien dans certaines universités que dans certains conservatoires. Certains sujets de thèses universitaires la concernent, l’université de Bordeaux a créé une licence chanson, et certains conservatoires (encore rares) ont mis en place un diplôme « chanson » spécifique (équivalent à ceux délivrés dans une classe de violon, ou de piano, par exemple).
Si, dans la plupart des établissements publics, elle fait son apparition au sein de départements plus généraux, et encore balbutiants, dits de musiques actuelles, la chanson semble cependant pouvoir petit à petit s’imposer comme objet d’enseignement à part entière, notamment sous la pression d’une forte demande du public et des collectivités territoriales.*
Reste à savoir quel devrait être le contenu d’un tel enseignement. La chanson est un « art » de synthèse, qui fait appel à des compétences diverses : vocales, musicales, théâtrales, et, dans bien des cas aujourd’hui, des compétences de compositeur et de parolier.
Jusqu’à présent la plupart des cours concernant la chanson ont été un peu « bricolés » à la hâte et dispensés par des enseignants musiciens que la chanson intéresse (professeurs de piano, par exemple, qui sont aussi accompagnateurs, et professeurs de chant lyrique, pour la technique vocale). En ce qui concerne d’autres aspects de « l’art de la chanson », à savoir l’interprétation, l’écriture et la culture (histoire du répertoire et analyse des genres et des œuvres), on fait appel généralement à des intervenants extérieurs, autodidactes « reconnus ».
La création de diplômes dans les établissements publics (diplôme d’études musicales délivrés par les établissements agréés nationalement ) devrait être suivie de celle de diplômes nationaux (diplôme d’État, ou certificat d’aptitude, délivrés à des étudiants habilités ensuite à enseigner une discipline artistique), pour permettre l’installation dans les conservatoires de professeurs spécialisés, présentant les compétences requises pour enseigner cet art synthétique de la chanson.
Cela sera un premier pas, après lequel, si généralisation il y a, une autre interrogation apparaîtra peut-être, concernant l’institutionnalisation d’un genre artistique, qui jusqu’à présent fut toujours tenu en dehors de l’institution, mais qui, une fois reconnu officiellement, cessera peut-être d’attirer ceux qui font les forces vives de ce genre d’expression populaire.
La question est sans doute prématurée mais mérite d’être posée.

LTG

 

* Ce sont les collectivités territoriales qui financent ces établissements publics et orientent les politiques culturelle et sociale sur les territoires qui les concernent.

2 commentaires »

  1. Bonjour les crapauds et les rossignols
    L’art mineur financé par les impôts, on croit rêver (oui, méfiance).
    On devrait plutôt consacrer ce fric pour aider à la diffusion et s’interroger sur la part sans cesse rétrécissante que les médias réservent à la chanson.
    Comme dit dans cet article, il y a des choses qui ne s’apprennent que par soi-même, en liberté, en solitude, le reste n’est que singeries.

    • LTG dit :

      Bonjour,
      Comme vous l’avez lu, cet article est en forme de question. Vous semblez, vous, avoir la réponse, c’est bien. Personnellement, j’enseigne depuis plus de vingt ans la « chanson » dans un établissement public (Ecole nationale de musique, de danse et d’art dramatique) et je ne l’ai toujours pas. Nous avons mis au point un cursus chanson, qui a fait l’objet de beaucoup de débats et d’interrogations. Nous n’avons toujours pas de certitudes quant à son contenu, dont nous discutons fréquemment, nous remettons sur le métier l’ouvrage, cent fois et plus. Peut-être n’enseignons-nous que des singeries ? Sans doute, vous devez savoir de quoi vous parlez.
      Quant à l’absence de chansons dans les médias, je ne vous comprends pas : il suffit d’écouter n’importe quelle radio pour entendre des chansons, en quantité, mais sans doute est-ce la qualité de ces chansons qui ne vous convient pas ? Peut-être un des mérites éventuels de l’enseignement de la chanson dans les établissements publics pourrait être aussi la formation d’un public éclairé, plus exigeant, ce qui entraînerait l’amélioration de la qualité de ce qui est proposé dans les médias, pourquoi pas ? On peut toujours rêver. Là-dessus, je retourne à mes singeries. Cordialement.
      Pierre Delorme

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