Thibaud Defever (à gauche) et Sylvain Berthe : Presque Oui au théâtre Marelios, à La Valette, le 17 janvier 2014. Photo : S. Rivaux

Thibaud Defever (à gauche) et Sylvain Berthe : Presque Oui
au théâtre Marelios, à La Valette, le 17 janvier 2014.
Photo : S. Rivaux

Ferré chantait pour passer le temps. Ferrat ne chantait pas pour passer le temps. Thibaud Defever chante pour rester vivant. Il y a, au milieu du spectacle du duo Presque Oui, qu’il forme avec Sylvain Berthe, deux chansons à part. Elles composent ce que l’on pourrait baptiser « le temps de l’Absente ». Avec Nina et Un baiser, Thibaud Defever revient sur une mort brutale. La voix est douce, les images brèves, et les musiques sans tension : une comptine pour Nina, une berceuse pour Un baiser. Entre les deux titres, pas de pause. Au grand soulagement des spectateurs (qui pourrait applaudir sans malaise à l’annonce qu’un cœur vient de cesser de battre ?). Et dans la salle un silence comme on n’en a plus entendu depuis longtemps : pas une toux, pas un fauteuil qui grince, pas un portable qu’on allume pour voir si par hasard un SMS… (ces taches bleues intempestives, c’est aussi du bruit pour les yeux). Où l’on regrette que les mots « en communion avec l’artiste » aient viré au cliché, parce qu’on les aurait volontiers employés pour donner l’idée exacte de l’ambiance qui régnait le soir du vendredi 17 janvier au théâtre Marélios, à La Valette (Var).
Il faut croire que le public sait reconnaître les « saltimbanques de qualité » (1) quand il en croise. Tout est dit, on le sait, il faut trouver les mots pour redire. Et Thibaud Defever les a trouvés pour suivre deux âmes sœurs toute une vie (On saura pas), accrocher au quotidien un brin de mélancolie surréaliste (Tes anges), semer et faire croître l’inquiétude (Les ombres chinoises)… Il n’y a guère, ici, que les chansons drôles qui appellent un bémol. Même si, tout de suite, je mettrai un autre bémol – à mon jugement cette fois – en disant que (hélas !) j’ai dépassé l’âge de m’identifier au trentenaire aux cent coups à quelques heures d’un dîner sur lequel il fonde de grands espoirs (Les Perroquets du Périgord) ou à son jumeau coincé qui « voudrait [se] désinhiber pour de bon » (Danser). Mais, même avec leur air de déjà entendu, ces chansons-là ne le cèdent en rien aux autres. Les textes sont toujours portés par des mélodies fortes et des arrangements subtils. Thibaud Defever est un guitariste dont on devine qu’il a travaillé le classique sans oublier d’écouter les maîtres du folk : il y a du Donovan – celui, méditatif d’Isle of Islay – dans les arpèges épurés d’Un baiser. Quant à Sylvain Berthe, violoncelliste et multiflûtiste, c’est un virtuose aux éclairs tatiesques.
Enfin, lorsqu’il joue avec le public – un exercice qui peut vite devenir pénible, voire embarrassant –, Thibaud Defever sait quand il faut s’arrêter. Les spectateurs aussi qui, avant de quitter les lieux, font halte à la caisse pour se procurer l’EP cinq titres en vente à la sortie des concerts (2). S’il y a Un baiser dessus ? Oui.

René Troin

(1) Les guillemets, c’est pour rendre ses mots à Little Bob, qui les prononça lors du festival de Cannes en 2011.
(2) On peut aussi le commander à : Sostenuto, 50 rue de Thumesnil, 59000 Lille. Prix : 8 € (frais de port compris).

2 commentaires »

  1. Je partage ces éloges à Thibaud Defever, qui est pour moi un des tout grands auteurs-compositeurs de sa génération. La référence au Donovan d’Isle of Islay est juste, allez, il y a aussi une petite touche de Dick Annegarn dans le jeu de guitare et la fantaisie débridée. En plus c’est un garçon charmant, alors courez-y , s’il passe près de chez vous!

  2. Christophe Novelet dit :

    Exactement les mêmes ressentis, à chaque fois que je l’ai ou les ai vu(s) ou presque… Oui, c’est très fort.
    J’y ajouterais Le Revenant, qui me mouille les yeux à chaque fois.

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