Mona Heftre, ici au théâtre Déjazet, à Paris, le 25 octobre 2010. Photo : Chantal Bou-Hanna

Mona Heftre, ici au théâtre Déjazet, à Paris,
le 25 octobre 2010. Photo : Chantal Bou-Hanna

Hors scène, Léo Ferré n’a pas toujours été tendre, en paroles, avec les femmes. Il a eu tort. Car il en est quelques-unes qui, sur scène, l’ont servi et le servent encore avec talent. Yvette Giraud, la première, Edith Piaf, puis Renée Lebas et surtout Catherine Sauvage permirent de le faire connaître, et on se souvient, parmi d’autres, de Juliette Gréco ou de Francesca Solleville, et des très belles interprétations de la Québécoise Renée Claude. Plus près de nous, on a pu suivre avec intérêt, ces derniers temps, ce que nous a proposé Annick Cisaruk, avec le seul accordéon magique de David Venitucci pour accompagnement. Mais c’est sans doute aujourd’hui vers Mona Heftre que les amoureux du Ferré d’avant une certaine emphase, voire parfois de pathos, devront se tourner pour retrouver une simplicité qui fait souvent défaut aux interprètes du poète, et vivre un beau moment d’émotion.
Cette comédienne, en qui Le Canard enchaîné voyait « l’une des figures les plus séduisantes du Grand Magic Circus », s’était déjà illustrée dans la chanson en interprétant avec une grâce infinie celles de Rezvani. Sur la scène du Forum Léo-Ferré, où elle vint les chanter à deux reprises, on la vit aussi en interpréter quelques-unes de Roland Topor, de Patrick Modiano et, déjà, de Léo Ferré. On lui sut d’ailleurs gré, à cette occasion, d’avoir laissé de côté les inévitables Avec le temps, Comme à Ostende et La Mémoire et la mer, obsession des interprètes habituels ou occasionnels de Léo Ferré, pour ressusciter quelques titres plus anciens et tout aussi beaux. Il y a longtemps, en effet, que les chansons du poète accompagnent Mona Heftre. Depuis l’âge du lycée. Quand elle évoque avec passion son attachement profond à son écriture, une évidente sincérité guide son propos.
Le désir d’interpréter ses chansons vient donc de loin et n’obéit chez elle à aucun opportunisme.
 « J’ai pris les chansons que j’ai toujours préférées, nous dit-elle, et je me les approprie, tout près des mots et de la mélodie, à ma manière. » Et la manière de Mona Heftre, programmée fin novembre pour quelques soirées sur la nouvelle scène du Hall
de la chanson (1), à Paris, c’est précisément de chanter sans manières, sans
chichis, sans artifices de mise en scène, sans baratin inutile, mais le plus
simplement qui soit, tout entière attachée à servir au mieux ces chansons qu’elle aime et qu’elle tire, pour quelques-unes, d’un certain oubli. Qui d’autre en effet chante aujourd’hui Les Copains d’la neuille, La Grande Vie, Les Amoureux du  Havre ? L’entre-deux-interprétations est parfois ponctué de très courtes précisions ou anecdotes concernant les chansons au programme, dans une permanente attention à ne jamais se mettre en avant mais à toujours laisser Ferré, son écriture, sa musique, au premier plan.
Les titres choisis ici par Mona Heftre furent pour la plupart composés dans les années 50 et 60. Elle en a toutefois pioché quatre nés dans les années 70, dont deux ou trois qu’on pensait pouvoir difficilement être interprétés par une femme,
Ton style notamment. Etonnamment, c’est peut-être là que l’écoute et l’évidente émotion vécue par le public furent les plus intenses, aussi dans cette extraordinaire interprétation de Tu ne dis jamais rien.
Accompagnée efficacement et sobrement par les Teissier père et fils à la contrebasse et au piano (2), Mona Heftre, dans un énième rappel et à la demande d’une spectatrice, a quand même chanté La Mémoire et la mer. C’était si beau qu’on pouvait regretter qu’elle n’ait pas chanté Avec le temps et Comme à Ostende…

Floréal Melgar

(1) Les responsables de ce lieu subventionné gagneraient à faire un petit effort sur la communication et la signalétique.
(2) Les responsables de ce lieu subventionné gagneraient à faire un autre petit effort sur l’accordage du piano, ne serait-ce que vis-à-vis des pianistes…

3 commentaires »

  1. Walter dit :

    Pour se faire une petite idée…

  2. A la lecture de cet article, un seul regret, celui de ne pas être allée écouter ce concert ! Personnellement j’ai un grand faible pour Mona Heftre quand elle interprète les chansons de Rezvani, elle le fait avec un charme et un talent fous. Si les CDs étaient fragiles comme les vinyles, il y a longtemps que j’aurais usé jusqu’à la corde Embrasse-moi et Tantôt rouge, tantôt bleu, tellement de fois je les ai écoutés, en me demandant à qui pouvait appartenir cette voix chaude, sensuelle et voluptueuse. Je l’ai finalement découverte avec un plaisir inouï au théâtre Dejazet en 2010.
    Puisque sont évoquées par Floréal les interprètes féminines de Ferré, je ne peux m’empêcher de citer Christiane Courvoisier à qui je trouve aussi un beau talent dans ce domaine. Et puis il n’y a pas que les femmes, alors évoquons un concert récent du Forum Léo-Ferré, celui d’Emmanuel Depoix qui s’est révélé être un interprète magistral dudit Ferré.

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