EscuderoAu hasard d’une recherche sur la Toile, je suis tombé sur cette phrase : « Au début des années 1960, à contre-courant de la vague yéyé qui déferlait, Leny Escudero a fait irruption dans les transistors avec ses chansons passionnées et romantiques » (1). Des variantes ont cours, où Françoise Hardy ou Adamo se substituent à l’amoureux vilipendé par le tout-Malypense. Or, si l’on considère le terme yéyé sous l’angle musical, il recouvre des chansons, généralement adaptées de titres issus de catalogues américains ou anglais, enregistrées entre 1962, date du premier succès de Sheila (Sheila), et 1965, année du dernier hit de Frank Alamo (Le Chef de la bande) – Floréal, je le sais, appréciera cette seconde référence. Loin de moi l’idée d’être exhaustif, je dresserai en quelques noms un rapide constat que d’autres compléteront selon leurs goûts et leurs connaissances. Dans ces années-là, en même temps que Leny Escudero, on pouvait entendre à la radio et à la télévision : Pierre Perret, Jean Ferrat, Boby Lapointe, Jean Arnulf, Isabelle Aubret, Jean-Claude Darnal, Claude Nougaro, Gribouille, Jacques Debronckart, Anne Sylvestre, Jean-Claude Annoux… Ils étaient quand même pas mal nombreux à s’exprimer avec succès « à contre-courant », au point que pour nager sans se gêner dans les ondes courtes, moyennes, grandes et hertziennes, il devait leur falloir quelque chose comme la Loire en son estuaire. Si la vague yéyé a bien été fatale à un courant, c’est à celui des chanteurs et chanteuses de music-hall à jolie voix. Genre Jean-Claude Pascal ou Jacqueline François. Trop propres du costume, trop lisses de la voix. Difficile pour eux de rattraper le public adolescent (c’est que ça court vite à cet âge). En revanche, dans le cadre de Musicorama, émission emblématique d’Europe n°1, Boby Lapointe ou Pierre Perret (ce dernier aime d’ailleurs à rappeler l’anecdote) sont sortis indemnes de la scène de l’Olympia alors que les Rolling Stones étaient en vedette. Eh, oui ! on pouvait aimer à la fois Blanche et Paint It Black dans les années soixante. On avait les oreilles larges.

René Troin

(1) Quatrième de couverture de Ma vie n’a pas commencé, par Leny Escudero (Le Cherche Midi, 2013).

7 commentaires »

  1. Chris Land dit :

    N’empêche, les couloirs des inter-cours résonnaient (raisonnaient ?) au son des discussions enflammées entre partisans de Johnny-Sylvie-Eddy-Dick, et plus tard Cloclo, contre les pro Brassens-Fanon-Ferrat-Pia-Les Enfants Terribles-René Louis Lafforgue et autres Boby… Ce qui n’empêchait pas ces derniers de défendre Ray Charles contre les admirateurs de ses pâles adaptations par Richard Anthony, notamment…

    • René Troin dit :

      Chassez les idées reçues dans les articles… elles reviennent au galop dans les commentaires.

    • LTG dit :

      Vous aviez déjà bon goût, hein ? C’est chouette, moi je n’ai pas eu cette veine… J’ai adoré écouter Richard Anthony, dans le vent… Maintenant j’aime bien Brassens aussi, et même d’autres labellisés « de qualité », mais j’ai toujours un pincement au cœur quand j’entends les premières mesures de ce train qui n’en finit plus de siffler dans le soir… ça sert aussi à ça les chansons, les pincements au cœur, c’est une de leurs qualités. Et finalement, je me demande si ceux qui ont toujours bon goût ne passent pas à côté des plaisirs raffinés de la simplicité.
      Pierre Delorme

    • Moi j’aimais bien Adamo. Je ne sais pas dans quel camp il faut le ranger. D’ailleurs, ça m’est égal.

  2. Norbert Gabriel dit :

    Souvenirs souvenirs … 63/64, c’est Ferrat, Federico Garcia Lorca (texte et guitare)… 1964, Aufray et son skiffle groupe, et Dylan, Les Enfants Terribles, je ne sais plus quelle année, et Adamo, en 66 ou 67, un très grand moment avec Inch Allah… Il y avait Hélène Martin, Ainsi Prague, et surtout Django grâce à qui j’ai échappé aux yéyés… Avant 1960, je n’avouerai jamais jamais que Luis Mariano, Georges Guétary, Armand Mestral, Caterina Valente… En revanche, je revendique Bécaud… Mes mains / Dessinent dans le soir / La forme d’un espoir / Qui ressemble à ton corps […]. Même à 10-11 ans, ça évoque des choses qu’on n’ose pas évoquer, mais on n’en pense pas moins… Et Béart, Qui suis-je ? ou Frantz ou En marchant (Où voulez-vous que j’aille ?)

    • René Troin dit :

      Federico Garcia Lorca date de 1960. Le premier 45-tours des Enfants Terribles (Quand on en aura marre) sort chez Philips en 1966, mais le groupe connaîtra le succès après son passage chez Barclay (Hissez ! en 1968, C’est la vie l’année suivante). Je ne vois pas très bien le rapport entre Luis Mariano, etc. et Gilbert Bécaud. Enfin, êtes-vous bien certain d’avoir « échappé aux yéyés », vous qui commencez votre commentaire par « Souvenirs souvenirs » ? (soit un titre de Johnny Hallyday, datant de 1960 et relevant du genre rock et non yéyé – mais c’est un autre sujet).

      • Norbert Gabriel dit :

        Pour Federico, je l’ai découvert à la fin de mon service militaire, peut-être dans l’émission de Denise Glaser, peut-être quand la chanson a été récompensée par le prix Henri-Crolla en 64… Quand je dis que j’ai échappé aux yéyés, pas totalement bien sûr, à la radio en voiture, c’était imparable ; mais je n’ai jamais acheté un de leurs disques.
        Pour les années avant 60, c’est juste que dans la famille on vénérait le bel canto sous toutes ses formes, toutes les belles voix, quoi qu’elles chantent(et Montand l’Italien). Bécaud a été une révélation, à peu près au même moment. Avec la chanson Actualités (1952 ou 53) de Stéphane Golmann, j’ai compris que la chanson chantait aussi la vie, la nôtre, à cause de l’« enfant bleu [qui] meurt tout doux tout doucement » . Et quand Bécaud chantait Les croix ou Mes mains, j’ai compris une autre dimension de la chanson. Qui a fixé dans mes gènes le goût pour la chanson qui raconte… Itsi Bitsi Petit Bikini, ça ne racontait pas grand-chose, n’empêche c’est aussi dans les souvenirs à défaut d’être dans la discothèque.

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