120-ans-de-chansons-que-l-on-fredonneDu Fiacre qui allait trottinant, de Léon Xanrof, à la belle et mystérieuse Suzanne de Leonard Cohen dans sa version Bashung. De 1888 à 2008, ce sont près de cent vingt chansons, sur une période de cent vingt années, dont l’histoire nous est contée ici par Ivan-Claude Perey *.
L’auteur, dont la carte de visite s’orne d’une sympathique devise – « Vins et chansons tous les soirs » –, est un ancien producteur et animateur radio qui a pu, à ce titre, glaner mille petites histoires auprès des musiciens, paroliers et artistes rencontrés au fil du temps. Un travail de consultation d’archives et quelques nouvelles rencontres avec des chanteurs sont venus compléter les connaissances accumulées pour permettre à cet ouvrage de voir le jour.
Les titres choisis forment ici un large éventail, allant de la variété la plus criante à la chanson d’auteur la plus grave. Ivan-Claude Perey a choisi de les présenter dans l’ordre chronologique. C’est ainsi que l’année 1963 fait se côtoyer dans la mise en page  Nuit et Brouillard, de Jean Ferrat, et L’Ecole est finie, qu’une jeune femme à couettes et jupe écossaise, présentée par Guy Lux, vint interpréter à la télévision un soir de mars de cette année-là, pour devenir aussitôt célèbre.
Le point commun des chansons présentées dans ce livre, de Viens, Poupoule !, popularisée par Félix Mayol, à Ne me quitte pas, de Jacques Brel, de la poignante  Nantes de Barbara à la fantaisie la plus idiote d’Et vlan, passe-moi l’éponge, est qu’elles ont été d’immenses succès. Ivan-Claude Perey nous en raconte la naissance ou le destin à travers une foule d’anecdotes qui passionneront les amateurs.
Si l’on y croise bien sûr les grands ténors de la chanson dite à texte comme les principaux représentants de la période yéyé, entre autres, on y découvre aussi quelques personnages bien oubliés, qui furent de grands paroliers mais que l’immense popularité de leurs interprètes a rejetés dans l’ombre. Cet ouvrage est à cet égard un bel hommage qui leur est rendu. On y verra encore que si Edith Piaf avait ce don incontestable de « sentir » le succès à venir d’une chanson naissante, on ne peut en dire de même d’Yves Montand, dont l’absence de flair est à plusieurs reprises mise en évidence. Heureusement pour lui, Simone se trouvait là parfois pour lui signifier : « Montand, si tu ne chantes pas ça, t’es un con ! »
Selon ses propres goûts, le connaisseur trouvera bien sûr qu’il manque quelques chansons à cette douce balade en pays de nostalgie. L’auteur du livre se devait de faire des choix parmi des centaines de titres. Gageons que ça n’a pas toujours dû être simple. Remercions-le en tout cas de n’avoir pas oublié, sur une douzaine de pages, les auteurs québécois. Félicitons-le surtout d’avoir su rendre un bel hommage à la chanson sous toutes ses formes et, par la somme de ses connaissances, d’avoir enrichi les nôtres, avec simplicité et humour.

Floréal Melgar

* 120 chansons que l’on fredonne, Petites histoires et anecdotes, par Ivan-Claude Perey, éditions Didier Charpentier, Paris, 2008.

 

La Bicyclette (Pierre Barouh/Francis Lai), créée en 1968 et interprétée par Yves Montand.

 

6 commentaires »

  1. Norbert Gabriel dit :

    C’est vrai que Montand a été parfois « un grand con » (comme disait Yves Robert malicieusement) mais il a eu aussi de la suite dans les idées (sur le plan chanson) en imposant pendant trois ou quatre ans Les Feuilles mortes à un public qui était plus que tiède. Je ne sais pas s’il y a un autre exemple de chanson boudée par le public qu’un artiste ait gardée aussi longtemps à son répertoire. Et, autre mystère pour moi, qu’est-ce qui a pu changer pour que trois ans après cette chanson devienne un succès ?

    • Ivan Perey dit :

      La Javanaise est sortie dans l’indifférence générale (1963, Gainsbourg vendait très peu de disques). A Paris, Francis Lemarque m’avait dit que Montand a eu un peu de mal à l’imposer au début, puis en la mettant à la fin du récital avec des jeux de lumière… ça a marché. Les Feuilles mortes a connu le succès grâce aux musiciens de jazz. Sa métrique inhabituelle (un couplet de 24 mesures, un refrain de 16) déconcertait. Les accordéonistes ne pouvaient pas la jouer. Ce n’était pas un succès populaire. D’ailleurs elle fut chantée essentiellement par des chanteurs « rive gauche » (Gréco, Douai, Montand, Vaucaire…).

  2. … de la poignante Nantes de Barbara, quelques propos de Barbara : « Quand j’ai écrit Nantes par exemple, être triste, non mais attendez tout le monde a perdu un père, moi j’ai pas inventé la mort, hein… Mais on ne peut pas non plus vivre sans savoir que les gens, ceux qu’on aime et soi-même, on se dirige vers la mort. C’est pas vrai qu’on se dirige vers la vie, on se dirige vers la mort en passant par une chose éblouissante et terrible aussi, qui est la vie, et c’est un mensonge quand on vous dit qu’on se dirige vers la vie, on est bien d’accord, on n’avance pas vers la vie, on passe par la vie… »

  3. Vous écrivez : « On y découvre aussi quelques personnages bien oubliés, qui furent de grands paroliers mais que l’immense popularité de leurs interprètes a rejetés dans l’ombre. » Qui, par exemple ?

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