Verlaine-RimbaudEntendu sur ma radio préférée Les Poètes de sept ans, le célèbre poème d’Arthur Rimbaud, chanté par Léo Ferré. La chanson avait été choisie par un « cinéaste » dont le nom importe peu. Une fois la chanson diffusée (qui forcément attira l’oreille de l’amateur de chansons vieillissant mais éclairé que je suis), l’animateur de l’émission précisa pour les ignorants que nous venions d’entendre une chanson de Léo Ferré, intitulée Les Poètes de sept ans.
A aucun moment, l’animateur et son invité n’ont cru utile de préciser qu’il s’agissait d’un poème d’Arthur Rimbaud mis en musique et interprété par Léo Ferré… Ce qui peut sembler étonnant, sauf à considérer qu’ils l’aient ignoré eux-mêmes, ce qui semble peu probable puisque la chanson est extraite d’un album intitulé Verlaine et Rimbaud chantés par Léo Ferré... Mais bon, tout est possible quand il s’agit de l’absence de culture des animateurs d’émissions radio ou télé… Et de toute façon, le fait que le texte soit un poème de Rimbaud ou de Tartempion n’est sans doute pour eux qu’une anecdote.
Léo Ferré a dû se retourner dans sa tombe. Je l’imagine grommelant « Pauvre Rimbaud ! » comme il s’était lamenté « Pauvre Verlaine ! » en lisant un jour pour une journaliste sa feuille de Sacem où paraissait en face d’un poème de Verlaine, qu’il avait chanté, la somme de 3,50 F.
En ce temps-là, les années soixante (c’est-à-dire pratiquement la préhistoire pour l’imbécile moyen à jolie voix ayant réussi à se hisser derrière le micro d’une radio de service public), les chanteurs populaires n’hésitaient pas à mettre en chansons les grands poètes. Ferré a beaucoup œuvré dans ce domaine (Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Aragon, Apollinaire et, plus près de nous, Jean-Roger Caussimon) ; Brassens a mis en musique Victor Hugo, Paul Fort, Jean Richepin, aussi Aragon ; et bien sûr Jean Ferrat a été le « musicien populaire » d’Aragon et même d’Apollinaire (Si je mourais là-bas)
De nos jours, la mise en musique des grands auteurs ne se pratique peu ou plus du tout… Est-ce une bonne chose ? La découverte récente du Pont Mirabeau d’Apollinaire par Marc Lavoine m’inciterait à le penser.

Pierre Delorme

3 commentaires »

  1. Bonjour LTG, j’ai une question plus qu’un commentaire. Pierre, puisque tu parles de Jean Richepin, sais-tu si le texte Les oiseaux de passage en version intégrale, est interprété par d’autres que Rémo Gary ? A ma connaissance, mais je fais peut-être une erreur qui va te faire bondir, encore, Brassens n’en chante qu’une partie. Merci beaucoup et bravo pour votre site, j’attends vos articles avec impatience et les lis avec beaucoup de plaisir.

    • Michel Trihoreau dit :

      Bonjour Chantal,
      Je vois que Pierre n’a pas encore répondu, je vais donc apporter mon grain de sel :
      A ma connaissance, seul Rémo a eu le courage, voire l’audace de chanter le poème entier. C’est intéressant à titre documentaire, mais la musique, en dépit du talent de Rémo, ne tient pas la longueur. Brassens en a fait une chanson, choisissant les strophes, les organisant comme il voulait avec une longueur suffisante. Ferré a fait de même avec les poèmes d’Aragon, en particulier Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, deux fois plus long que la chanson et pas dans le même ordre.

  2. Bonjour,
    Ferré lui-même ne prenait pas toujours la peine d’annoncer les auteurs qu’il chantait. D’après son ancienne belle-fille, sa femme Madeleine (qui a énormément fait dans la carrière de son mari, et c’est elle qui a fait le montage des vers pour Pauvre Rutebeuf) devait insister pour qu’il dise que le texte La Chambre était de René Baër.
    Il y a toujours d’excellentes réussites de mise en musique de poèmes. Au Québec, par exemple, il existe deux CD collectifs magnifiques à partir des textes de Gaston Miron : Douze hommes rapaillés. Thomas Hellman a fait paraître récemment un livre-disque superbe avec des poèmes de Roland Giguère.
    Et en France, ça fait depuis les années 70 que Gérard Pierron est un des plus fins mélodistes pour musiquer des poèmes… Pas juste Gaston Couté. Louis Brauquier, par exemple, et ses textes marins.

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