Mystères

Pas de polémique à l’horizon dans le petit monde de la chanson, le monde en général va déjà assez mal comme ça… La chanson va donc son train ordinaire avec son lot de mièvreries et de trouvailles qui entrent par une oreille et sortent par l’autre. Écrire un édito devient un casse-tête !
On ne peut pas casser du sucre à longueur de temps sur le dos des petits démagos à casquette ou des fillettes déprimées à voix fluette. On ne peut pas non plus ressasser l’âge d’or de la CFQ et les Brassens, Ferré ad nauseam… Il faudrait écrire sur les nouvelles et nouveaux venus de la chanson, s’enthousiasmer… mais, disons-le tout net, cet enthousiasme serait faiblard ou même carrément feint. Ces chers jeunes gens et jeunes filles, qui se lancent de plus en plus nombreux dans la chanson, ont une telle propension à se regarder le nombril ou, quand ils ne le regardent plus, à enfoncer les portes ouvertes de l’indignation, qu’ils peinent à nous toucher, nous intéresser. Peut-être que certains d’entre eux qui auront la patience d’attendre un peu le succès, écriront de belles chansons dans une dizaine ou une quinzaine d’années, mais pour l’instant… ils débutent.
Il nous faudrait avoir gardé une mentalité d’ados ( à nos âges donc, ados « attardés ») pour goûter encore à cette « jeunesse » de la chanson. Notre génération a vécu à plein une forme de jeunesse de la chanson et même son âge d’or. On peut le dire comme ça ou alors dire plus simplement qu’elle a pris de plein fouet en son âge tendre l’industrialisation du divertissement et notamment de la chanson (radio, télé dans tous les foyers, tourne-disques, 45-tours, magazines, etc.), nous l’avons déjà beaucoup écrit ici. Peut-être était-ce trop pour nos jeunes sensibilités ? Nous avons tellement donné sur le plan émotif dans ce domaine, entre les nouveautés anglo-saxonnes inouïes et les « cadors » de l’Hexagone, que nous avons usé en quelques années notre capacité à être ému par des chansons. De plus, aujourd’hui, nous avons dépassé le stade industriel du divertissement, les chansons et les images coulent à flots comme l’eau du robinet. Il n’y a plus la fascination de la nouveauté, de l’inouï.
Les quelques camarades de notre génération qui demeurent des amateurs compulsifs de chanson nous laissent baba ! Sont-ils des ados éternels ? Ont-ils un secret ou les chansons leur glissent-elles dessus sans les toucher comme l’eau glisse sur les plumes d’un canard sans le mouiller ? Ils restent pour nous un grand mystère. Tout comme la chanson, d’ailleurs.
Voilà, c’était un édito qui ne raconte pas grand-chose d’autre que ce que nous avons déjà dit mille fois, mais c’est une façon de donner des nouvelles !

Pierre et Floréal



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La chanson pêchée à la ligne

« Tout près de là, dissimulée, mais plus pour très longtemps, dans le public tassé sur les gradins, une jeune et jolie inconnue, mais plus pour très longtemps, sourit avec un rien de commisération à la commissure des lèvres. Elle s’appelait Chantal Cézanne mais venait, l’après-midi même, de se rebaptiser Goya, son manager l’ayant persuadée qu’on ne réussit pas dans la chanson avec un nom de peintre. »
(René Troin,
« Chantier Schéhérazade »)

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Quand il est mort le poète

Photo DR

De la fin des années cinquante jusqu’au milieu des années soixante-dix, certains saltimbanques de la chanson furent d’immenses « vedettes ». On les appelait des chanteuses et des chanteurs de « variétés », ils avaient précédé l’invasion des yéyés et y avaient survécu. Dalida, Charles Aznavour et Gilbert Bécaud, par exemple.
Ces chanteurs de variétés furent de très grandes vedettes populaires, mais ils semblent avoir laissé une trace moins importante que les créateurs de chansons dites « à texte » de la même époque, comme Brel, Brassens, Ferré, Barbara dont les chansons sont régulièrement reprises jusqu’à aujourd’hui. Ils se distinguent aussi des « jeunes » idoles issues des yéyés comme Johnny et Cloclo, par exemple, dont le souvenir hante encore nos médias divers.
La longévité exceptionnelle d’Aznavour, sa cérémonie funèbre présidentielle aux Invalides et certaines de ses chansons font qu’il n’a pas encore disparu des mémoires médiatiques. Dalida, qui connut une fin tragique bien des années auparavant, reste une figure encore souvent évoquée, ainsi que certains de ses succès, par les médias divers. Curieusement, on entend moins parler de Gilbert Bécaud et de ses très nombreux tubes. On peut se demander pourquoi. Son répertoire valait-il moins que ceux des deux artistes précités ? Ou n’y a-t-il simplement personne pour entretenir sa mémoire dans le « métier », le monde médiatique ? Va-t-il cependant ressurgir un jour par la voix d’un interprète célèbre en mal de répertoire « original » ? Sera-t-il repris par Patrick Bruel ?
Dans le cimetière des célébrités de la chanson, tout se passe finalement comme dans un cimetière ordinaire, certaines tombes sont coquettes et bien entretenues, d’autres semblent laissées à l’abandon. Qui viendra refleurir celle de Gilbert Bécaud ?

Pierre Delorme

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 crapaudf

Floréal Melgar Cofondateur de Radio Libertaire. Animateur du Forum Léo-Ferré pendant dix ans.
 

Pierre Delorme Auteur-compositeur-interprète. Professeur à l'Ecole nationale de musique de Villeurbanne. 
 

rossignolfRené Troin Expert chanson sans assurance.

 



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LTG

Absents le temps d’un long week-end studieux, les trois gars n’ont pas voulu laisser leurs lecteurs sans nouvelles. Aussi en ont-ils écrit trois, inspirées par une ou des chansons de leur choix.

LTG

Durant la période dite trêve des confiseurs les trois gars furent mobilisés sur le front grand-parental,  une bonne excuse pour ne plus rien écrire, manger des chocolats et laisser tomber les lecteurs. Cependant, honteux de leur attitude cavalière, ils décidèrent de donner quand même un peu de lecture à leurs hôtes, sous la forme de trois contes de Noël. Trois contes dans lesquels vous retrouverez les aventures de Mingus et Younsouna, de Johnny-au-disque-d'or, et de Balthazar Brassens, Melchior Ferré et Gaspard Brel.  Les personnages et les situations de ces récits étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite, il va sans dire...

Pierre Delorme

C’est Pierre qui a commencé en m’envoyant deux vers et en me mettant au défi d’en tirer une fable. Il faut dire que le nom du site poussait vers ce titre à la La (ah ! là là !) Fontaine : « Le crapaud et le rossignol ». Je m’y suis donc collé. Après quoi (coâ) Pierre s’est pris à son propre jeu. Et Floréal ? Il a fini par sortir du bois (où chante le rossignolet) pour aller droit au but.

René Troin

L’an dernier, Flavie Girbal et David Desreumaux, les éditeurs du « mook » « Hexagone », se sont tournés vers nous pour nous demander de leur fournir une chronique régulière écrite en duo, baptisée « Moderato ma non troppo ». Avec leur accord, nous publions ici même les textes que nous leur avons fournis, dans une nouvelle rubrique, « Chroniques mookeuses ».

Pierre Delorme et Floréal Melgar