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Statue de Georges Brassens sur une aire d’autoroute. (A9)

Brassens est devenu un monument national. On vient de fêter le centenaire de sa naissance et les hommages divers et variés furent nombreux. Radios et télés y sont allées de leurs émissions spéciales, les réseaux sociaux ont aussi marqué le coup et les chanteurs consacrés ou non, voire les amateurs, en ont tous profité pour présenter leur « Brassens » et trouver quelques dates.
Le Sétois du XIVe et ses formidables chansons le méritent bien, là n’est pas la question. Nous admirons sa prosodie et son art de la tresse musicale* au-delà du raisonnable depuis des lustres, nous aussi.
Il est en revanche frappant de constater que cet « ours » anticonformiste, jaloux de sa liberté individuelle, farouche moraliste à tendance libertaire, auteur de chansons très provocatrices dans le contexte des années cinquante (Le gorille, Hécatombe) ou même plus tardives (Quatre-vingt-quinze pour cent) est aujourd’hui l’objet d’un consensus effarant. Le placide moustachu fumeur de pipe, le bon Tonton Georges est aimé de tous. Le personnage esquissé au fil de ses chansons et peaufiné par ses interviews et déclarations diverses semble même plus apprécié que ses chansons elles-mêmes.
Pourtant, ses déclarations furent nombreuses où il exprimait clairement son rejet du « pluriel » et de la nature moutonnière de ses semblables, où il fustigeait les « cons », c’est-à-dire nous, les gens**. On se précipitait en foule à ses concerts ou chez le disquaire le plus proche à la sortie de chacun de ses disques. Devenait-on moins « con »  ou moins « moutons » pour autant ?
Nul doute que si certains appréciaient simplement ses chansons comme un divertissement plein d’humour et de poésie, d’autres, en revanche, glanaient à travers ce personnage et ses chansons un peu d’anticonformisme, échappant un instant à la routine et à la vie quotidienne des « moutons ». Ils se sont projetés ou même reconnus dans un homme qui ne leur ressemblait pas, ni par son genre de vie ni par son parcours, qui les trouvait « cons », mais leur permettait de se voir tels qu’ils auraient bien aimé être. C’est à ça que servent généralement les héros de fiction et même parfois les auteurs de chansons.
Ajoutons, comme me le souffle Floréal, que même si Brassens nous traite de « cons », il le fait toujours avec une forme de bonhomie et d’humour où ne paraît pas « une once de méchanceté ». Et puis, n’a-t-il pas un peu raison ? Car nous sommes très nombreux qui, sans être cons, menons des vies de cons, il faut bien le dire !
Chanter Brassens c’est chouette et tout le monde a bien le droit de le faire, les chansons du maître appartiennent à présent à tous, cependant, il faut avouer que le bouchon est jeté parfois un peu loin et qu’on a du mal à ne pas tiquer un brin : Carla Bruni, l’ineffable bourgeoise très fortunée (et épouse du futur repris de justice qui nous servit de président de la République) chante à la télé Fernande, pensant sans doute récupérer la provocation initiale de cette chanson en l’endossant au féminin… ça fait beaucoup ! Ultime récupération d’un libertaire devenu tellement consensuel qu’on se demande si sa mémoire n’a pas été finalement emportée avec le troupeau des moutons et la bergère en même temps… Pauvre Brassens, voilà le « contestataire-né » apprivoisé et rentré dans le rang à son corps défendant. Figé comme un monument national !

Pierre Delorme

* Voir sur le site http://www.crapaudsetrossignols.fr/2021/02/22/lart-de-la-tresse/

** Voir sur le site http://www.crapaudsetrossignols.fr/2021/09/21/des-phrases-a-en-rester-baba-cool/

1 commentaire »

  1. Marc POMMIER dit :

    Je pense que c’est ainsi bien d’aimer Brassens, sans s’identifier à lui. Ce qui fait plaisir, c’est de savoir toutes et tous ceux qui le chantent en dehors des dates d’anniversaires ! C’est par disques entiers ou spectacle que les clins d’œil lui sont faits.

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