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Dans le domaine de la chanson comme dans d’autres, il y a des choses qui vont de soi et sont en conséquence aussi indiscutables qu’indiscutées. Il va de soi, par exemple, que les « artistes » ont une sensibilité exacerbée, qu’ils sont des sortes de mécaniques plus fragiles que les autres, qu’ils ne voient pas les mêmes choses que le commun des mortels, qu’ils ont accès à un monde inaccessible à tout un chacun.
Les artistes eux-mêmes se complaisent dans cette façon de se voir, leurs admirateurs les y encouragent aussi.
Les mythes ont la vie dure et l’hypersensibilité des artistes en est un*.
Pourtant, à quoi et en quoi un artiste peut-il bien être plus sensible que les autres ? Sans doute le peintre est-il très sensible aux couleurs, le sculpteur aux formes, le musicien aux sons et aux rythmes, les auteurs-compositeurs aux mots mélangés à la musique, etc., mais pour le reste ? Rien ne permet de dire que leur sensibilité est d’une manière générale plus développée que chez ceux qui n’ont pas choisi d’être artiste.
Les artistes n’auraient-ils pas une trop grande grande propension à écouter et à choyer cette sensibilité dont ils sont convaincus qu’elle fait d’eux des gens un peu à part ? Ils s’y abandonnent, s’y laissent aller, s’y vautrent, et leurs admirateurs donnent dans le panneau. Ils les plaignent, les chouchoutent. Bien sûr, ça n’est pas tout le monde qui doit écrire pour ne pas mourir ou qui doit boire jusqu’à plus soif pour faire taire son désespoir.** Être artiste, n’est-ce pas être victime d’une sensibilité trop grande, un fardeau du destin?
Mais tout le monde n’est pas « artiste maudit » condamné à écrire ou à boire. Autre face de la médaille, ces « artistes » dont le talent reste indiscutable, là n’est pas la question, devenus directement, ou en se choisissant un entourage d’experts-comptables, de véritables hommes ou femmes d’affaires aux dents longues, chez qui tout est calcul, dans tous les sens du terme. C’est en vain qu’on chercherait où est passée cette « sensibilité » qui les fit ce qu’ils furent peut-être un temps, avant de devenir ces froides machines à fric que seul leur don particulier, dans leur domaine artistique, empêche qu’on les compare à ces requins de la finance dont on sait que la qualité première n’est pas précisément à chercher du côté de la sensibilité.
« Je m’voyais déjà adulé et riche… »
« J’aurais voulu être un artiste/Pour avoir le monde à refaire/Pour pouvoir être un anarchiste/Et vivre comme un millionnaire… »
A cela s’ajoute les capricieux, à qui on passe leur folie des grandeurs ou ces lubies qu’on n’accepterait jamais d’un plombier compétent et « sensible » au point d’exiger de vous de l’accueillir avec une ou deux bouteilles de château-yquem avant de déboucher votre évier.
Bon nombre d’ artistes chanson sont pourtant issus de milieux moins sensibles et dits modestes, où les gens, généralement durs au mal et à la tâche, ont l’habitude de dire qu’il ne faut pas « s’écouter ». Certains chanteurs semblent ne pas avoir retenu la leçon.

Floréal et Pierre

* Nous en avons rencontré tant et tant de ces chanteurs « sensibles » (tellement sensibles à la musique, par exemple, qu’ils se dispensaient de l’apprendre !), si occupés à choyer leur chère «sensibilité» qu’ils en oubliaient d’être sensibles à celles des autres, les «  non-artistes », notamment ceux qui se décarcassaient pour les inviter à venir chanter dans des petits lieux.

** On frissonne, on s’exalte, on se grise par personne interposée, devant l’alcoolisme de l’artiste « maudit » (ils furent nombreux !), mais on méprise le simple poivrot du coin qui n’a pas l’heur d’écrire des chansons.

1 commentaire »

  1. Sarclo dit :

    L’artiste n’est en effet pas plus sensible que les autres. Quand on lui casse les couilles, ça lui fait mal, mais pas particulièrement mal.
    Par contre, comme le plombier est attentif au diamètre d’un tuyau et l’ingénieur à l’emplacement et et la grosseur de la feraille dans le béton, l’ACI est attentif à certaines tournures de l’existence qui sont le matériau de son ouvrage.
    Après, certains sont intelligents et découvrent de temps à autres quelque chose de neuf, et d’autres déroulent des lieux communs.

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