Le souvenir de notre ami René Troin, qui fut de l’aventure naissante de « Crapauds et Rossignols » et qui a disparu il y a cinq maintenant, ne nous a jamais quitté, et c’est bien souvent que nous pensons à lui. Depuis cette disparition inattendue, nous lui rendons ici même notre hommage annuel le jour anniversaire de sa mort.
Cette fois, nous avons choisi ce texte qu’il avait écrit après que Pierre lui eut lancé le défi d’écrire une sorte de fable rimée, en lui fournissant les deux premiers vers.
Cette fable a été publiée sur ce site en septembre 2013.

Pierre et Floréal

Un crapaud s’exerçait au chant dans sa boutasse
Dérangeant le sommeil des hôtes de ces bois.
Amanites, renards, cerfs aux abois, carcasses
Et sans-papiers couchés sous le ciel bas.
Ces derniers protestant, l’amphibien, conciliant,
Se dit : « Je vais aller embêter la bécasse. »
Et, déjà jubilant, il s’éloigna tout jouasse.
Quand, fatigué d’avoir bondi un long chemin,
Il crut avoir atteint l’arbre de sa copine,
Il s’arrêta et coassa, taquin :
« Réveille-toi, ma mie, les chasseurs sont en foule ! »
Puis se mit à l’abri attendant qu’elle croule
(Oui ! la bécasse croule, ça vous en bouche un coin)
Quelque insulte choisie. Celle-là ne vint point.
Or, comme chacun sait, Crapaud a la vue basse.
Il avait confondu le nid de la bécasse
Avec celui, un brin foutoir, du rossignol.
La Callas des futaies, visant le misérable,
L’agonit aussi raide qu’on l’aime chez Borniol :
« Moi, le chanteur élu de l’empereur de Chine,
Tu oses m’éveiller, fiente de marécage,
Morve de bord boueux, pustuleux de l’échine ?
Devant tant de laideur, on croirait au mirage !
Fous ton camp, pauvre erreur, avant que je te fonde,
Et va donc chez ta mère pour qu’elle te reponde ! »
Le crapaud brisant là, l’arrogance en quenouille,
Partit se mettre au vert chez ses sœurs, les grenouilles.

Moralité : Si vous n’êtes pas très futé comme animal,
Vous serez pris de court, et ça peut faire mal.

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