Salut Graeme !

Photo Chantal Bou-Hanna

Photo Chantal Bou-Hanna

Graeme Allwright vient de s’envoler, c’est le mot qu’il employait pour évoquer le moment où il allait mourir.
Il fut un grand chanteur populaire à la fin des années soixante et pendant les années soixante-dix.
J’ai longtemps pensé qu’il laisserait derrière lui quelques unes de ces chansons dont l’auteur devient « anonyme » au fil du temps, des chansons chantées par des générations de gratteurs de guitare… Aujourd’hui, les choses vont bien vite et les temps sont si brouillés que je n’en suis plus aussi sûr que ça… Peu importe, saluons Graeme.
Il a été pour toute une génération de baby-boomers passionnés par la chanson une sorte de chaînon manquant entre la chanson folk américaine que nous adorions et la chanson française à texte, moins exotique, mais qui nous impressionnait quand même. Quand il a débarqué dans le paysage de la chanson (grâce à Colette Magny et surtout Marcel Mouloudji), nous n’avions pas grand-chose à nous mettre sous la dent dans le genre folk américain en français, mis à part les « imitations » d’Antoine (un vrai petit malin) et Hugues Aufray (un gros malin) qui sautant sur cette mode nouvelle chanta Dylan en français (avant de sauter quelques années plus tard sur le folklore d’Amérique latine dont il signa sans vergogne les mélodies). L’accent « américain » de Graeme lui conférait une plus grande authenticité, du moins à nos jeunes oreilles. Ses adaptations de chansons folk américaines et leur univers musical nous semblaient plus proches des originaux.
On lui doit de merveilleuses adaptations des chansons de Woody Guthrie (Le trimardeur), de Pete Seeger (Jusqu’à la ceinture), bien sûr de Leonard Cohen (Suzanne, L’étranger), et une très belle adaptation de Bob Dylan (Who Killed Davey Moore).
Le timbre de voix et l’accent de Graeme ont certainement contribué à son succès, mais cela ne doit pas masquer son extraordinaire talent d’adaptateur et son art de faire sonner in french ces chansons américaines.
Ces adaptations très réussies ont fait un peu d’ombre aux chansons personnelles de Graeme, dont la très célèbre Il faut que je m’en aille. D’autres moins connues, comme Johnny, La plage, Joue, joue, joue, Garde le souvenir, nous plurent beaucoup aussi.
Saluons cet artiste sans frime qui nous aura ravi durant notre jeunesse, et qu’il me soit permis de terminer par une pensée nostalgique pour mes jeunes années de guitariste où, l’oreille collée au Teppaz, je décryptais les arpèges de Je perds ou bien je gagne (The Blues Run the Game de Jackson C. Frank) et ceux de L’étranger (The Stranger Song, adaptée de Leonard Cohen). Je serais de toute façon sans doute devenu guitariste, mais je n’oublie pas que j’ai croisé sur ma route la voix et les guitares de Graeme et que je lui dois de belles émotions de mon jeune temps, des émotions qui furent sans doute décisives dans mes choix ultérieurs. Salut Graeme. Nous garderons le souvenir.

Pierre Delorme

Souvenir de Graeme au Forum Léo-Ferré

Graeme Allwright est venu chanter au Forum Léo-Ferré pour la première fois en octobre 2005, pour trois soirées. Il était alors déjà un presque octogénaire, tenant la scène en compagnie de ses musiciens malgaches durant deux heures et demie devant une salle bourrée à craquer qui, compte tenu de sa capacité d’accueil, aurait sans doute pu le programmer pour deux semaines entières sans jamais désemplir. Il revint ensuite régulièrement, durant tout le temps où la première équipe de bénévoles officia, nous offrant au total, jusqu’en décembre 2011, une quinzaine de soirées mémorables.
Invariablement, la première partie était consacrée aux adaptations qu’il avait faites de Leonard Cohen, Willie Nelson et tous ces chanteurs dont parle Pierre ci-dessus. Après un court entracte, il enchaînait avec toutes ces chansons que plusieurs générations de spectateurs connaissaient par cœur et entonnaient avec lui dans une ambiance des plus sympathiques.
Quand on assiste à des spectacles en tant qu’individu installé dans le public, on ne retient bien sûr d’un artiste que les impressions qu’il dégage depuis la scène. Quand on a la charge d’une salle de spectacle, on a le privilège de côtoyer pour un temps ces artistes avant comme après leur prestation sur scène, et cela suffit souvent à engranger quelques souvenirs autres et de conserver d’eux à jamais quelques images.
Pour ma part, je retiens évidemment, comme tous ceux qui l’ont approché, la gentillesse exceptionnelle de cet homme, son absence totale d’esbroufe, en scène comme en dehors d’elle. A l’annonce de sa mort, m’est revenu en tête, bien sûr, le souvenir de ces soirées chaleureuses au Forum et de nos échanges d’après spectacle. Avec l’image du petit pot de miel et du bol de fruits secs qu’il nous demandait de lui apporter dans la loge, je garde surtout celle de ce bonhomme épais comme une tringle à rideaux, s’éclipsant du groupe d’artistes présents lors d’une sorte de cérémonie semi-officielle en l’honneur d’une interprète, et rejoignant les quatre bénévoles du Forum dans la cuisine, nous demandant de lui fournir un plateau. Nous le vîmes alors retourner dans la salle pour nous aider à débarrasser les tables, revenant ensuite dans la cuisine pour prendre un torchon et se mettre à essuyer la vaisselle. Comme cela eut le don de nous amuser, il se mit à rire avec nous. Comme un vrai gamin…

Floréal Melgar

 

Comme un vrai gamin, adaptation par Graeme Allwright de On the Road Again de Willie Nelson

1 commentaire »

  1. Michèle D. dit :

    J’ai assisté à un concert il y a très, très longtemps au Centre culturel américain de Paris, quand celui-ci était encore dans le VIe arrondissement. Probablement en 1971-72. Un public chaleureux d’étudiants des deux côtés de l’Atlantique, un souvenir très joyeux.

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