« Tous ces gens qui n’ont pas de talent,
que deviendraient-ils sans tous ces gens qui n’ont pas de goût ? »

(Gilbert Cesbron)

Les textes consacrés aux ACI par Pierre, ici même, et certaines réactions qu’ils ont entraînées, où il est question d’aigreur, de mépris et de soupçons d’intellectualisme dès lors qu’on se pose des questions, m’ont amené à apporter un petit regard extérieur, n’étant pas ACI moi-même.
Durant douze années, avec une poignée d’amis, je me suis occupé d’une salle de spectacles, le Forum Léo-Ferré, à Ivry-sur-Seine. Sans me situer pour autant au-dessus des autres, disons, au risque de passer pour un « sachant », que cela m’a tout de même apporté une petite expérience dans le domaine de la programmation.
château de sableAucun des membres de notre équipe de bénévoles n’étant du métier, il nous est arrivé de commettre des erreurs en la matière, dans les premiers temps d’existence du Forum, en programmant des spectacles qui relevaient de la prestation de patronage et dont nous avons eu, après coup, un peu honte. Déférence gardée envers Jacques Brel, qui déclarait : « Le talent ça n’existe pas. Le talent c’est d’avoir envie de faire quelque chose », je précise d’ailleurs, à l’attention de ceux qui pensent comme le grand Jacques, que si nous avions continué dans cette voie il y a belle lurette que la salle aurait fermé ses portes, le public n’étant pas particulièrement disposé à payer pour voir des artistes qui n’ont que leur envie à partager. Il est arrivé par ailleurs, rarement heureusement, que certains artistes nous proposent, voire imposent parfois, des premières parties dont n’auraient pas voulu les plus incompétents des programmateurs. Lorsque les membres de notre équipe, après spectacle, s’accordaient à s’avouer unanimement, et discrètement, que tel ou telle était fait pour la chanson comme nous pour entrer au couvent, étions-nous aigres, méprisants, hautains, ou plus simplement réalistes et désireux de proposer une programmation de qualité ?
Après l’aventure du Forum, je suis redevenu, comme avant, un simple spectateur. Autour d’une table ou dans les travées d’une grande salle ou d’un festival, je côtoie des amis, des connaissances, et l’on parle. Et les propos que j’entends sur tel ou telle artiste peuvent être louangeurs comme parfois très cruels. Ce que disent aussi certains artistes de leurs collègues ne relève pas toujours de la grande tendresse. Car nous avons tous nos goûts et nos rejets. Et quand ces rejets sont quasiment unanimes, que faut-il en conclure ?
Alors, bien sûr, il ne s’agit pas de se défouler sur tel ou telle pour le plaisir d’être inutilement méchant, mais enfin pourquoi ces propos critiques tenus en petit comité, et relativement fréquents, entraînent invariablement des protestations indignées dès lors qu’ils sont tenus publiquement, de façon souvent moins agressive et sous forme de questionnement ? D’autant qu’il s’agit, répétons-le, de rester dans le global, dans la généralité, et non d’assassiner tel ou telle.
Donc, oui, je l’affirme, le manque et le peu de talent existent, je les ai rencontrés ! Donc, oui, je l’affirme, des artistes promis à un grand avenir par ceux-là qui voient du talent partout ont disparu de la scène ou y végètent sans que l’indifférence des médias y soit pour quelque chose ! Je veux bien qu’on passe son temps à se fabriquer une image de gentil défenseur des gentils artistes tous poètes, mais la qualité artistique, les émotions procurées par ce qui se passe sur une scène, désolé, n’ont rien à voir avec les bons sentiments qui font de la seule envie de chanter un gage de talent.
Faire de la chanson en marge un domaine inquestionnable et uniquement voué aux louanges excessives ne la sortira pas de sa marge. Pas plus que les réactions de type forteresse assiégée à la moindre critique émise. C’est au contraire le meilleur moyen de transformer la forteresse, déjà fort ébranlée, en château de sable.

Floréal Melgar

19 commentaires »

  1. Norbert Gabriel dit :

    Salut, en complément à cette réflexion pertinente, après deux décennies et demie de fréquentation assez assidue de spectacles chansons en région parisienne, j’ai fait un constat troublant. Il y a des artistes que j’ai vus une fois, et ça reste présent comme si c’était hier. Mais en visionnant mes archives photos, je vois des images faites il y a moins de 10 ans qui n’évoquent rien, ni un texte, ni une musique, quant au nom… Dois-je en conclure que j’ai la mémoire qui flanche ??

  2. Chris Land dit :

    Il m’arrive souvent, à l’issue de soirées entre-vues, au Forum par exemple, de véhiculer sur le chemin de son retour, un personnage incontournable de la chanson, d’hier, d’aujourd’hui ET de demain, puisqu’il doit voir, au moins, trois spectacles par semaine !
    Et on passe souvent le temps de ce voyage à se « bomber-la-gueule » (comme dit Loïc Lantoine), en toute amitié.
    Chacun ses engouements, ses préférences, ses mauvaises fois, ses mauvaises expériences… mais jamais, JAMAIS, de façon péremptoire ni docte !

    • Floréal Melgar dit :

      C’est amusant de constater que le mot « docte » prend chez toi un sens péjoratif.
      A part ça, on sent bien que ces articles t’irritent, mais tu n’as encore une fois aucun argument à leur opposer. Au lieu de ça, tu te fais plaisir en fonçant sur celui qui écrit. Pierre est un « sachant », et me voilà « docte » et « péremptoire ». Brillante analyse !
      Qui est le « personnage incontournable » ?

  3. Fauré Jean pierre dit :

    suis comédien
    J’apprends que Machin
    Va jouer Scapin
    Un rôle pour moi
    J’apprends que Dupont
    Va jouer Néron
    Mais, il sera mauvais comme un cochon
    Enfin, franchement, quand je me regarde
    Qu’est c’ que j’ai de moins que Humphrey Bogart
    Que Mastroianni, que Peter O’Toole
    J’ai tout : la sensibilité, la violence
    Rien qu’un peu de chance
    Et moi aussi, je serai l’idole des foules

    J.Debronckart.

    • Floréal Melgar dit :

      Dans la chanson de Debronckart, il finit par déchanter ce pauvre comédien. Sans doute n’avait-il pas assez l’envie de jouer…

      • Camerlynck dit :

        Et je dirai même que personnellement depuis 40 ans que je la chante je pense que cela peut être aussi une chanson qui exprime des velléités, des désirs de devenir quelqu’un, des rêves que in fine on ne fait que rêver. C’est comme cela que je l’ai toujours ressentie. Une chanson qui me faisait pleurer quand Jacques chantait.

  4. Bruno Ruiz dit :

    Cher Floréal,

    Personne ne me le demande mais je vais quand même dire ce que pense de ton article sur le talent. Je l’ai beaucoup aimé. Je voudrais cependant faire quelques remarques en forme de témoignage et en particulier sur le fait de programmer un chanteur.
    Ah les joies de la programmation ! Mais comment s’y prendre pour refuser de programmer un chanteur dont on aime la personne mais pas les chansons ni le spectacle ? Ou pire, programmer un chanteur dont on aime ni la personne ni les chansons ? Et doit-on le faire ? La plupart du temps on tape en touche : « Le comité de programmation ne t’as pas retenu pour cette année mais essaie donc encore la saison prochaine ». Ou bien : « On est complet jusqu’à juin, c’est trop tard, on reprend contact en septembre ». Ou encore : « Ce que tu fais ne correspond pas à notre style de programmation ». Ou pire encore : « Ça ne correspond pas à notre public, il ne se déplacera jamais pour ça. » Le pompon revenant quand même à celui-là : « Tu ne peux pas imaginer le nombre de demandes que l’on reçoit tous les jours et qu’on est obligé de refuser ! Tu comprendras qu’on doit faire des choix et crois-moi, ce n’est pas de gaité de cœur, etc., etc. ». Oui, celle-là je crois est la plus faux-cul de toutes. Elle sous-entend : « On a bien choisi de programmer des artistes mais tu n’en fais pas partie ». Mais la plupart du temps, le programmateur ne refuse pas. Il ne répond pas au téléphone. Il ne répond pas au courrier. Au courriel. Il fait le mort. Il joue la carte du pourrissement. C’est suffisant.

    J’ai rencontré très peu de chanteurs qui, après leur récital me demandaient ce que je pensais de leur prestation. Il fut un temps où, lorsque je programmais un copain, nous finissions souvent au restaurant, et sans qu’il me le soit demandé, par amitié, pensant qu’un avis était toujours bon à prendre, j’essayais, avec le plus de précaution possible, d’émettre des réserves sur tel ou tel aspect du récital, sur le choix de telle ou telle chanson, suggérant par exemple d’en inverser l’ordre, d’en enlever une ou deux qui ralentissait le rythme, de faire moins long, de moins parler entre les chansons ou en tout cas de ne pas trop improviser les présentations, de soigner les rappels, de repenser quelques arrangements, etc. etc. Malgré toutes ces précautions bienveillantes mais critiques, je me suis fâché avec pas mal de mes collègues. Croyant rendre service en donnant mon simple point de vue parmi d’autres, j’apprenais par la bande que j’étais « un donneur de leçon » qui ferait mieux de se regarder lui-même. Avec l’âge, j’ai appris à me taire et simplement boire un coup et rigoler avec mes collègues de passage. J’ai fini par dire que c’était bien quand je le pensais, et me taire quand je ne le pensais pas quitte à passer pour le ravi de la crèche. Aujourd’hui j’essaie de donner mon point de vue que si on me le demande. Et encore pas toujours. La preuve encore ces quelques lignes, Floréal, je n’ai pas pu m’empêcher de te répondre !

    La question que soulève ton article cependant n’est donc pas de dire ou non ce que l’on pense à tel ou tel artiste (ou de tel ou tel artiste), mais la façon dont on doit le faire. Il nous est tous arrivé d’émettre en privé des critiques sur tel ou tel chanteur et de ne pas y mettre les formes seulement parce qu’il n’était pas là. En sa présence, certains de ces propos, brut de décoffrage, auraient été mal venus et très blessant. Il n’y a là aucune hypocrisie. Simplement de la politesse et le désir de ne pas faire de mal inutilement. Face à l’artiste, s’il me le demande, je finis toujours par exprimer mon point de vue en essayant de trouver les mots qu’il faut. C’est souvent très difficile mais c’est un bon exercice.
    A mon sens, tout est donc affaire de rhétorique.
    Il ne faut pas non plus le faire à n’importe quel moment. Personnellement je choisis plutôt d’en parler en tête à tête ou en mode privé.
    Pour le reste je suis d’accord avec toi, Floréal. Tous les talents en effet ne se valent pas. Mais encore faut-il laisser le temps, l’expérience et la maturité faire un minimum son boulot avant de condamner impitoyablement un jeune artiste et l’inviter à changer de métier. C’est quand même à lui de décider. Les premières chansons de nos grands aînés n’étaient pas toujours des chefs d’œuvres et leurs premières prestations scéniques ne laissaient pas forcément supposer ce qu’elles sont devenues par la suite.

    • administrateur dit :

      As-tu vraiment lu le texte de Floréal ? Tu écris :« La question que soulève ton article cependant n’est donc pas de dire ou non ce que l’on pense à tel ou tel artiste (ou de tel ou tel artiste), mais la façon dont on doit le faire. »
      Tu poses le problème tout simple du minimum d’éducation. Floréal avait par ailleurs écrit : « Alors, bien sûr, il ne s’agit pas de se défouler sur tel ou telle pour le plaisir d’être inutilement méchant, mais enfin pourquoi ces propos critiques tenus en petit comité, et relativement fréquents, entraînent invariablement des protestations indignées dès lors qu’ils sont tenus publiquement, de façon souvent moins agressive et sous forme de questionnement ? D’autant qu’il s’agit, répétons-le, de rester dans le global, dans la généralité, et non d’assassiner tel ou telle. » N’était-ce pas clair ? Pierre Delorme

    • Norbert Gabriel dit :

      Je rejoins ce point de vue, dans une autre discussion, j’évoquais l’approche « bienveillante », ce qui ne signifie pas complaisante. Quand je vois quelqu’un en scène pour la première fois, si je n’aime pas, je m’abstiens, c’est peut-être moi qui n’étais pas « bon », si j’ose dire… Mais quand j’ai suivi le parcours d’un artiste avec enthousiasme, s’il y a une déception, j’essaie de la dire en direct, ou par écrit, en sachant que la plupart du temps ça ne sert pas à grand-chose. Mais une fois au moins, après une chronique qui se terminait pas une réserve, l’artiste m’a envoyé un mot en me disant que j’avais raison, et aussi que je n’étais pas le seul à avoir fait cette réserve. C’est assez rare pour être souligné.

      • administrateur dit :

        La bienveillance n’exclut pas d’émettre des réserves, à mon avis, bien au contraire. Qui aime bien, châtie bien ! Pas besoin d’être un spécialiste pour faire des remarques sur la longueur éventuelle du concert, par exemple, ou encore les chansons éventuellement trop bavardes, ou pas assez, sur les interventions inutiles entre les chansons, ou trop rares, etc. Ce genre d’avis d’un spectateur peut aider l’artiste à progresser, à s’améliorer sur scène, puisque après tout il joue pour les spectateurs ! Ensuite, l’artiste fait ce qu’il veut de ces remarques, mais si elles sont pertinentes et récurrentes, elles finiront par le titiller.

    • Floréal Melgar dit :

      Sur la programmation et les réponses fournies aux artistes demandeurs, c’est marrant parce que ce que tu qualifies de « pompon », même si nous ne répondions pas tout à fait comme tu l’écris, c’est ce que nous avons vécu tout le temps où notre équipe s’est occupée du Forum. Même si nous avions ouvert la salle sept jours sur sept, avec matinée et soirée, nous n’aurions pas pu programmer tous ceux qui voulaient l’être. Donc, oui, il nous fallait faire des choix. Et comme nous avons fonctionné sans jamais demander de subventions*, il nous fallait opter, à quelques exceptions près, pour des artistes qui amèneraient du monde, faute de quoi le lieu n’aurait pas pu continuer d’exister. A Paris et proche banlieue, les artistes doivent louer les salles, ce qui a eu pour effet d’entraîner beaucoup d’entre eux vers le Forum, où ils n’ont jamais fait fortune, mais au moins n’y étaient-ils pas de leur poche. Parmi les gens que nous n’avons pas pu programmer, peut-être y avait-il de futurs « grands » de la chanson – même si pour l’instant je n’en ai pas vu éclore. Certains ont dû nous en vouloir, mais en tout cas nous ne pouvions pas fonctionner autrement.
      Pour ce qui est de dire ce qu’on pense de la prestation des artistes après spectacle, je ne l’ai fait que deux fois, mais je précise que c’était à leur demande. Dans un cas ça a tourné à l’engueulade, et dans l’autre ça a un peu « braqué » la personne en question. Je n’ai jamais recommencé. Je pense que c’est un sujet à éviter si on a été un peu déçu, sauf à être un ami très proche de l’artiste, peut-être. En ce qui concerne le Forum, le simple fait de programmer tel ou telle signifiait par avance que nous l’apprécions, la discussion n’avait donc pas lieu d’être le plus souvent.
      La question que pose mon article, c’est avant toute chose le problème du regard critique (critique ne signifiant pas « assassinat »), de l’utilité des louanges excessives et presque systématiques dans la chronique chanson en marge. Car si des propos un peu négatifs peuvent faire de la peine à un artiste, je crois aussi que l’inciter au contraire à se nourrir d’illusions quant à l’avenir est encore plus grave quand on sait pertinemment qu’il n’ira pas bien loin, car plus dure sera la chute.
      * Nous avons reçu en tout et pour tout une aide de la mairie d’Ivry pendant deux ans, de 500 euros chaque année, c’est-à-dire au total 1000 euros, sur une période de douze années. Difficile d’appeler ça une subvention.

    • Un partageux dit :

      Bruno,

      « Tu ne peux pas imaginer le nombre de demandes que l’on reçoit tous les jours […] ». Oui, celle-là je crois est la plus faux-cul de toutes. »

      Un copain programmateur me dit recevoir une centaine de courriels chaque jour sollicitant une programmation. La salle qu’il dirige n’est pas un phare de la capitale mais une très moyenne salle dans un gros bourg perdu dans la campagne. Avec les deux autres personnes qui participent à la programmation, ils essaient, sans toujours y parvenir, d’ouvrir tous les courriels…

      Il m’a transmis un courriel reçu pour me faire rire. Un spectacle, de caractère disons très léger, avec trois célébrités. Je lui ai fait remarquer la modestie du prix de cession en regard de la célébrité incontestable de nos trois protagonistes. Et lui de me répondre que la loi de l’offre et de la demande est impitoyable même pour de telles personnes…

  5. Bruno Ruiz dit :

    Ce que je voulais dire Floréal, c’est que toutes ces réponses faites aux artistes par les programmateurs, même si les propos que j’évoque sont souvent tout à fait justifiés (programmation close, calendrier déjà rempli pour la saison, coupes budgétaires, position minoritaire dans le comité de programmation, etc.) elles sont des réponses de logistique, de stratégies de programmation et nullement des raisons esthétiques de refus par manque de talent. C’est en ce sens que je parlais de « taper en touche ». Le pompon, je le répète, c’est de dire que suite à trop de demandes on ne peut retenir la vôtre. L’artiste peut se demander pourquoi il ne fait pas partie justement de ceux qui ont été retenus. Evidemment, si cette raison est sincère, l’artiste peut prétendre à être programmé la saison suivante. Ce qui, tu avoueras, n’est pas souvent le cas mais plutôt une façon d’éviter d’expliquer les vraies raisons du refus. C’est en ce sens que je considère cette attitude de faux-cul.

    • Floréal Melgar dit :

      Tu as peut-être raison, j’ignore pour ma part les raisons avancées par les gestionnaires de salles de spectacles pour refuser tel ou telle artiste. Je ne peux parler que de mon expérience au Forum. Et je peux dire que si nous avons mis en avant parfois des questions logistiques bien réelles, nous avons aussi refusé des artistes qui n’étaient pas à notre goût. Ce n’est pas toujours facile à faire savoir. Et puis éviter d’expliquer les vraies raisons d’un refus de programmation, cela peut aussi se comprendre quand on sait ce qu’en font parfois les artistes refusés qui, pour certains, se répandent ensuite en propos désagréables sur le lieu et les personnes qui le gèrent. Tu l’as écrit toi-même dans un autre commentaire. Et nous avons aussi connu ça.
      Mais cette histoire de rapport entre salles de spectacles et artistes n’est pas vraiment le sujet de mon texte. C’est le regard porté sur la chanson en marge par tout le monde, principalement les chroniqueurs comme les spectateurs dans les groupes chanson sur les réseaux sociaux, et la possibilité d’avoir un regard autre que systématiquement bienveillant et élogieux sans être pour cela accusé d’être méchant, méprisant, hautain ou intello.
      Que quelqu’un qui n’est pas franchement emballé par ce jeune homme essaie d’écrire un texte réellement critique concernant Gauvain Sers, par exemple, tu verras ce qui se passe.

  6. Camerlynck dit :

    Voilà un bien bel échange. J’aime les propos de chacun et j’y souscris. Moi aussi, je me suis trouvé en difficulté et incompréhension de certains de mes choix, à Arras. Quand je programmais le Festival (5 ans) ma seule préoccupation était de faire découvrir des artistes à des théâtres pleins. Et comment réussir cela ? Telle est la question. Je n’en dirai pas plus pour l’instant. Les commentaires sur un travail, un spectacle, doivent toujours être en privé. Le dernier que j’ai reçu fut cet été par l’ami Gérard Morel et depuis je cherche une solution… je trouverai, il avait raison… un objet de scène n’était pas ASSUMÉ. Merci à tout ce qui fait grandir.

  7. Un partageux dit :

    « Tel ou telle était fait pour la chanson comme nous pour entrer au couvent. »
    On retrouve le syndrome de la « forteresse assiégée » dans toutes les disciplines. J’écoute toute une pile de disques de rock belge pour lesquels on me demande mon sentiment. Je dis sans détour ma consternation. Hormis le « 10 » d’Ambrozijn, mais ce n’est pas du rock, tout le reste est d’une médiocrité très sûre qui ne mérite que la poubelle.
    Ouais, alors tu n’aimes pas le rock. Ce n’est pas la question, rétorqué-je. J’ai cité un vieux souvenir de François Hadji-Lazaro, des Garçons-Bouchers mais aussi de Boucherie Productions, qui recevait mille mini-cassettes (ça ne nous rajeunit pas) de rock chaque année. Et disait que c’était presque autant de merdes à oublier derechef.
    Eh bien, en chanson, comme en rock ou au théâtre comme dans toutes les disciplines artistiques, il y a beaucoup de déchets. Menfin, qui n’a jamais baillé d’ennui une soirée ou une autre ?

  8. GIACOMETTI dit :

    Salut les amis !
    Puis-je tenter de résumer tout ceci par la double formule suivante :
    « Chanter est un bonheur. Se produire sur scène est un métier. »
    Chanter (et aussi écrire et composer qui en sont la source) est un bonheur immense, intense et bouleversant, qui exhausse en chacun ce qu’il a de meilleur.
    Les mots, les notes appartiennent à tous (faut-il le rappeler), ils nous contiennent tous à l’aise, ils sont notre planète commune, notre eau et notre pain, et chacun est légitime de les manipuler à son gré pour en tirer ce que lui jugera être le maximum de ses capacités créatrices et artistiques.
    Se produire sur scène est un métier.
    Il est bien sûr subséquent au bonheur de chanter, néanmoins il relève de techniques dont la maîtrise contribue grandement à affirmer l' »artiste ».
    Ces techniques sont celles du théâtre pour ce qui concerne l’expression scénique, la tenue, la diction, la façon de poser sa voix, la maîtrise des textes et des émotions contenues chansons/inter-chansons, etc.
    Techniques musicales également, choix des instruments, modulations, arrangements bien sûr.
    Techniques « techniques » (!), éclairages, sonorisation, régie-plateau.
    Ne faut-il pas voir dans cette impossibilité ou au moins difficulté de certains à posséder cette dimension « professionnelle » l’origine de ce que Floréal et divers commentateurs dénoncent ici comme des « gênes » ou bien des malentendus, ou même des brouilles, des engueulades… bref, des bides en tout genre ?
    Et cela n’enlève rien à la sincérité, à l’enthousiasme du pauvre créateur !
    (… et peut-être authentiquement poète, après tout pourquoi pas nom d’une pipe !)
    C’est juste que le pauvre apprenti-saltimbanque bien souvent se précipite tête la première dans les failles qu’ouvre cette dichotomie parfaitement assassine !
    Put… que ça fait mal !
    Alors peut-être le premier « talent » de ce double casquetté volontaire « j’ai tellement de plaisir à faire/ce que je fais vaut rien » consiste-t-il à savoir qui il est, où il est, et à ne surtout pas vouloir être autre.
    Des bises les amis, et un grand merci à l’ami Flo qui, comme d’hab, gratte là ou ça démange !

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