Nouvelle-lampe-X-20-tt-width-620-height-827-lazyload-0-crop-1-bgcolor-000000-except_gif-1Anna Karina, comédienne et chanteuse, fut la belle égérie de Jean-Luc Godard dans les années soixante. Elle a écrit sur sa page Facebook à l’occasion de la mort de Michel Legrand : « Je pense aussi à notre jeunesse, à nos fous rires, à tes chansons qui ont illuminé ma vie. »
Illuminé, le mot est beau.
Quand on y pense, quels que soient leur genre, leur nature, certaines chansons ont bien illuminé notre vie aussi. Certaines chansons et certaines voix.
Certaines chansons se sont allumées comme des lumières dans la grisaille de l’existence, la monotonie des jours. Chacun a les siennes, souvent liées à sa jeunesse, ses fous rires ou son spleen.
Nous avons l’impression d’entretenir un rapport intime et précieux avec une chanson ou une autre qui illumina ainsi notre jeune vie. Pourtant, souvent cette chanson ne nous appartient pas, elle a des tas d’amoureux. Elle est semblable à la voix féminine dont s’éprend le héros du film Her*, voix d’une intelligence artificielle qui lui avoue avoir des milliers de relations simultanées. Peu importe, chaque chanson qui s’éclaire sur notre chemin est un genre d’amour secret caché au fond de nous. Un amour auquel nous restons fidèles souvent toute la vie.
Certaines de ces chansons et les voix qui les chantaient se sont déjà éteintes au fil du temps, mais leur lumière nous parvient comme celle des étoiles qui longtemps après leur mort brillent encore.
Une chanson, tout le monde en convient, ça n’est pas grand-chose, et pourtant c’est un petit rien qui brûle longtemps en nous, c’est une veilleuse obstinée, comme celle qu’on laisse parfois dans la chambre d’un petit enfant qui a peur du noir. Une peur lointaine et oubliée que tiennent peut-être à distance ces chansons qui illuminent nos vies.

Pierre Delorme

* Her, de Spike Jones, 2014.

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