On se souvient de l’échange teigneux entre le président de la République, Emmanuel Macron, et le journaliste J.-J. Bourdin au sujet de ce que l’un appelait de « l’optimisation fiscale » et l’autre de la « fraude fiscale »*. cour-d-honneur-des-invalidesLa nuance entre les deux termes semble bien fine pour les gens qui, comme nous, ne sont rien ou du moins pas grand-chose. Emmanuel Macron, dit Jupiter, et dont la petite statue vacille dangereusement sur son socle, semble, lui, très à l’aise avec ces notions et leurs nuances. C’est vrai qu’avant d’être Jupiter il fut le « Mozart de la finance ». Sans doute pour cette raison est-il plus à l’aise encore avec la notion d’« exil fiscal », puisque aussi bien il célébra en grande pompe Johnny Hallyday à la Madeleine, comme il va célébrer, dit-on, Charles Aznavour aux Invalides.
Nous avons échappé de peu aux funérailles nationales, mais dans l’un et l’autre cas ces artistes fort célèbres étant en délicatesse avec le fisc, cela aurait été pousser le bouchon un peu loin. Dommage, Jupiter aurait sans doute bien aimé organiser une cérémonie de ce genre pour tenter de redorer son blason auprès du petit peuple des gens qui ne sont rien, ceux qui n’hésitaient pas à payer le prix fort pour écouter chanter leurs idoles qui, en conséquence, pétaient dans la soie en leurs somptueuses demeures d’exilés, en Suisse, à Saint-Barth ou ailleurs.
Le petit peuple, les yeux embués de larmes, pourra suivre quand même, sur place ou devant sa télévision, la cérémonie des adieux à ce grand artiste dont on finit par se demander si l’on admire véritablement l’œuvre ou simplement la célébrité, voire la ténacité à s’accrocher à son brin de laurier et à ses pépètes.
Brigitte Jupiter, très active lors de la « cérémonie à Johnny », est bien discrète sur ce coup… Soit elle est occupée à faire brûler des cierges comme une femme de marin pendant que son époux est pris dans la tourmente, soit elle n’aimait pas Aznavour.
Quoi qu’il en soit, le Président s’apprête à rendre hommage aux Invalides à un chanteur riche et célèbre qui refusait de payer des impôts à l’État, à l’endroit même où il avait salué récemment la mémoire du gendarme Beltrame qui venait de donner sa vie pour sauver un otage.
Sorti du domaine de la finance, certaines nuances semblent échapper à Emmanuel Macron.

Pierre Delorme

* Le 15 avril 2018, à la télévision, Emmanuel Macron a répondu aux questions croisées des journalistes Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel.

1 commentaire »

  1. Cyril C.Sarot dit :

    Retenu ce propos de Denis Healey, ancien chancelier de l’échiquier – le ministre britannique des finances – selon lequel la différence entre évasion et optimisation fiscale ne dépasse pas l’épaisseur d’un mur de prison.

Soumettre un commentaire »