Que du vieux !C’est la rentrée et la chanson est morose, nous dit-on. La préposée « chanson » de Télérama avoue être déçue et n’avoir rien de neuf à se mettre entre les oreilles… Les anciens peinent à se renouveler et les nouveaux sont tartignoles, écrit-elle en substance. Libération le dit aussi dans un article consacré à la chanson : c’est aujourd’hui « la course à la fraîcheur! ». Il y a pléthore d’artistes et hors la nouveauté, point de salut.
« Quoi, elles ne sont pas fraîches mes chansons ? » a-t-on envie de hurler, tel un « Gaulois récalcitrant », à tous ces blasés de la « criticature » parisienne.
Il semblerait que la date de péremption du produit frais soit de plus en plus proche de celle de sa mise sur le marché. Et les critiques professionnels (d’où sortent-ils au juste ?) se comportent en bourgeois gavés qui s’écrieraient devant le maître d’hôtel « Quoi, encore du caviar ! Vous n’auriez pas autre chose ? »*
Avouons qu’il n’y a là rien d’encourageant pour des Crapauds et Rossignols qui peinent à sortir de leur torpeur estivale et qui souhaiteraient pourtant redémarrer sur une note positive…
On parle aussi de société « kleenex »… On écoute une chanson comme on se mouche et on la jette ensuite… Pourquoi pas ? Nous autres, les vieux de la vieille, gardons nos vieux mouchoirs en tissu d’un autre temps, bien repassés dans nos armoires à souvenirs.
Il y a plus de trente ans, la critique chanson du même magazine évoqué ci-dessus avait écrit qu’elle n’avait rien à mettre dans son cartable de rentrée ! A l’époque, j’étais encore jeune et impulsif, je m’étais fendu d’un courrier et d’un album que je lui avais fait parvenir. Je n’ai jamais reçu de réponse, bien sûr… Il est bien possible que l’album n’ait pas été fameux, mais encore faut-il être sûr qu’elle l’ait écouté plus de cinq secondes…. Aux oreilles assoiffées de « nouveauté » on sonne toujours de façon trop « ancienne » ou trop «  classique ». C’est bien navrant, ces mêmes personnes sont capables de gober la même éternelle camelote sans s’en apercevoir, pourvu que l’emballage soit différent et qu’elles aient l’impression de découvrir un truc nouveau. Ces critiques ne sont au fond guère différents des consommateurs compulsifs que nous sommes et à qui il faut toujours de nouveaux emballages et de nouvelles pubs tant nous nous lassons rapidement. Du moins se plaît-on à nous le faire croire.
Je me souviens aussi d’une interview de Claude Nougaro qui, lors d’une de ses rentrées parisiennes, expliquait combien l’exercice était difficile, car « Paris est comme une énorme p… à qui il faut donner toujours plus ».
Des consommateurs insatiables, « Paris » qui en veut toujours plus, et des artistes comme s’il en pleuvait… Quel triste sort que celui de la préposée « chanson » de Télérama ! Comme à la fin de La Mort solitaire de Hattie Carroll**, il est temps de sortir nos mouchoirs pour pleurer. Mais de grâce, pas de kleenex !

Pierre Delorme

* Lu dans Libération, il y a quelques années (Olivier Séguret)
La scène se passe à une table de restaurant; elle nous a été rapportée par un collègue hilare et tout à fait fiable. Charles Aznavour accorde un entretien à une journaliste. Le chanteur-acteur, qui fait la voix du vieux héros Carl dans la version française de Up (Là-haut), est en compagnie de sa fille Cathya, la quarantaine, qui semble avoir l’appétit coupé. En pleine interview, ton sec d’Aznavour : « Écoute Cathya, je ne te le redirai pas trois fois : tu finis ton caviar ! ».

** Une chanson de Bob Dylan adaptée en français par Pierre Delanoë et Hugues Aufray et chantée par Hugues Aufray dans le célébrissime (à l’époque) album Aufray chante Dylan.

 

De la nouveauté en voilà, Le Mouchoir rouge de Cholet (Théodore Botrel) par Jack Lantier ! 

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