Albums 3Au jeu des dix chansons importantes de notre vie (sur Facebook), je n’ai pas réussi à dépasser dans mes choix les années 60 et 70. Je crois, comme l’écrivain Philippe Forest, que la chanson est peut-être bien « l’adolescence de l’art ».
En revanche, quand il s’agit de choisir dix films, même en limitant mon choix à la cinématographie française, je n’ai aucun problème pour citer des œuvres anciennes, des années soixante par exemple, mais aussi des œuvres contemporaines. Si des films de Jean-Luc Godard et ensuite Maurice Pialat me viennent spontanément à l’esprit, je pense aussi à ceux de Laurent Cantet ou de Stéphane Brizé, des cinéastes d’aujourd’hui.
Mes goûts cinématographiques ne sont pas restés à jamais « coincés » dans les années de ma jeunesse comme mes goûts « chansonniers ». C’est assez difficile à expliquer, mais on peut imaginer quand même quelques raisons.
La première serait peut-être l’âge de plus en plus tendre des auteurs de chansons. Leurs préoccupations « juvéniles » concernent difficilement ceux qui ne sont plus jeunes, cela peut être un début d’explication. Le fait que la forme musicale se développe au détriment du texte, qui n’est plus (souvent) qu’un prétexte à chanter, peut être aussi une raison. Mais il y a autre chose.
Si les cinéastes font preuve, à mes yeux, de plus de maturité, c’est que bien souvent il n’est pas possible de réussir à faire son premier long métrage avant un âge « avancé », plus avancé que celui auquel on enregistre généralement un premier CD. Il faut parfois attendre longtemps avant d’y parvenir. Les sujets sont peut-être pour cette raison moins légers, plus réfléchis.
Enfin, écrire et enregistrer une chanson coûte peu de temps et peu d’argent, donc porte moins à conséquence. C’est une affaire relativement solitaire qui n’engage que peu de monde. Réaliser un film réclame beaucoup plus de moyens financiers et humains. C’est aussi plus « collectif », bien des gens interviennent à diverses étapes du parcours. La longueur des opérations, depuis l’écriture jusqu’au montage final, donne l’occasion de laisser maturer et évoluer son projet. Les investissements financier, intellectuel, artistique et commercial sont plus conséquents et les enjeux plus importants.
Sans doute, pour toutes ces raisons, le cinéma est-il un art plus « adulte » que la chanson. Il nous accompagne au long de notre vie en se renouvelant perpétuellement, il reste toujours de la place pour de nouveaux films, alors que nous avons « fait le plein » de chansons depuis longtemps.
Je sais bien que chacun pourra m’opposer des arguments contraires et évoquer des chansons « adultes » d’aujourd’hui et des films très « ados »», mais comme pour les goûts et les couleurs, chacun dispose de ses propres critères pour juger de la maturité ou non d’une chanson ou d’un film. S’il n’a pas plus d’intérêt que ça, le petit jeu des dix films, des dix chansons ou des dix albums préférés a au moins le mérite de nous faire nous poser des questions et essayer d’y répondre.

Pierre Delorme

 

 

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