BeloteAu petit jeu des chansons « de son cœur » publiées régulièrement sur Facebook, chacun y va de son commentaire dithyrambique sur telle ou telle chanson. Les superlatifs et les déclarations énamourées à leur auteur pleuvent. Les certitudes absolues aussi. On écoute (ou réécoute) alors la chanson et on la trouve parfois assez banale ou même pas très bonne. Et on se demande comment un amoureux déclaré, voire éclairé (!), de la chanson peut avoir un goût aussi peu sûr et comment il peut écrire des bêtises pareilles sur une chanson. On finit par se dire que la chanson, fût-elle de qualité, est aussi variée et diverse que la chanson dite de « consommation » et que les vessies qu’on prend pour des lanternes ont de beaux jours devant elles. Mais on peut se dire aussi que les lanternes des uns sont les vessies des autres et inversement. Il n’y a ni objectivité ni vérité dans ce domaine, n’en déplaise à ceux qui pensent la détenir.
La seule chose sur laquelle on peut peut-être tomber d’accord, c’est la sincérité des émotions ressenties par les uns qui portent aux nues des chansons qui frôlent le ras de pâquerettes pour les autres. Nos émotions sont aussi diverses et variées que les chansons elles-mêmes. Et, comme du Capitole à la roche Tarpéienne, du ras des pâquerettes au firmament, il n’y a finalement pas si loin que ça. Cependant, les émotions, même si elles sont considérées comme indiscutables, sont quand même étroitement liées à la culture et aux connaissances, qui varient beaucoup d’un individu à l’autre, y compris chez les amateurs de chanson. De là, les nombreuses « prises de bec » et autres incompréhensions au petit jeu des chansons « de son cœur », qui se confondent souvent avec leurs auteurs, parfois idolâtrés et parfois détestés.

Pierre Delorme

1 commentaire »

  1. Un partageux dit :

    Pour une foule de raisons j’ai bien du mal à participer au petit jeu des œuvres préférées.

    Une foule de raisons… Pas plus intéressé que ça par la peinture de van Gogh avant de visiter le Stedelijk museum à Amsterdam qui en présentait trois-quatre tableaux. Ce qui m’a incité derechef à me rendre au Vincent van Gogh museum. Où je suis retourné nombre de fois. Parce que l’incendie sur ses toiles a une dimension tout autre que les reproductions que j’avais pu voir.

    C’est aussi dans ce musée que j’ai vu une expo temporaire d’œuvres de Puvis de Chavannes que van Gogh aimait beaucoup. Puvis de Chavannes, c’est un peintre académique dont les reproductions me font bailler. Voir ses œuvres et non leur reproduction m’a permis, à défaut de vraiment les goûter, du moins de comprendre pourquoi van Gogh les aimait. Parce qu’elles ont un charme que je n’aurais jamais vu sur du papier.

    J’aime beaucoup les chansons qui racontent une histoire à la manière d’une nouvelle. Une belle tapée de Brassens comme « Le Gorille », « Le grand chêne » ou « La chasse aux papillons » répondent à ce critère, tout comme « Le baiser » ou « La balade de Jim » de Souchon, « La jeune fille ou le tigre » ou bien « Fantaisie héroïque » de Juliette, « Les Yankees » de Richard Desjardins.

    Si je participais à un petit jeu, je serais peut-être tenté de survaloriser ce type de chanson dans un classement personnel. Alors que mes goûts sont pourtant plus éclectiques. Mais, c’est humain, on va au plus court.

    J’aurais bien du mal à hiérarchiser mes goûts. Comment mettre « Jef » de Brel devant « Avec le temps » de Ferré ou « Toulouse » de Nougaro ? Comment oublier le « Requiem pour n’importe qui » de Moustaki ou telle chanson noire d’Annkrist ?

    Comment réduire à seulement dix chansons ? Ça fait des années que je mets une chanson en bas de mes bafouilles et je suis loin d’y avoir fait le tour de mes goûts. Voici peu Floréal a mis en avant « Hôtel-Dieu » de Guy Béart, une chanson que j’aime beaucoup, et il m’a permis de réaliser que je n’avais encore jamais mis une chanson de Béart. Paf ! « Les collines d’acier » et « Les enfants de la lune » sont passées à la trappe…

    Il y a aussi ce qui relève d’un domaine personnel. « L’idiot » de Stephan Reggiani me rappelle si fortement le souvenir des fêlés de mon village natal. C’est très difficile pour moi d’avoir une analyse froide de cette chanson. Elle était programmée par France Inter alors qu’un ado voisin partait en vrille.

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