240px-Jeanne_d'Arc_-_Les_vies_des_femmes_célèbresParmi les nombreux commentaires suscités par le défi facebookien des « 10 albums préférés » des internautes, j’ai glané celui-là : « Cette sorte de chaîne “top 10 albums”, fait le tour de France . Je suis sidérée, car la quasi totalité des facebookiens musiciens, artistes, chanteurs, auteurs, “ingé” sons, arrangeurs et coachs en tout genre ne mentionnent que des albums anglo-saxons. Comme si la chanson française n’avait jamais existé ni influencé personne . »
J’avoue rester moi-même perplexe devant ce phénomène. Je l’avais déjà rencontré durant mes années d’enseignement dans le département chanson du conservatoire de Villeurbanne. La plupart des élèves auteurs et compositeurs s’exprimaient en français, leur langue maternelle, mais leurs seules références étaient pourtant anglo-saxonnes. Leur connaissance du répertoire francophone était quasiment nulle. Après tout, pourquoi pas ? Chacun ses goûts et dégoûts, pourrait-on dire…

Cependant, la langue anglo-américaine de ces références pose un problème. C’est une langue que ces « jeunes » artistes ne comprennent généralement qu’avec le secours de la lecture du texte. Ils prennent pour modèle des chansons dont ils ont une perception tronquée ou boiteuse. Alors qu’ils « entendent » bien mieux les chansons francophones grâce au bagage culturel et linguistique qui leur permet une perception directe, plus complète. Mais elles les intéressent moins, ou même pas du tout. C’est peut-être le manque d’exotisme linguistique qui les gêne.
Je comprends que l’environnement musical de ces chansons anglo-saxonnes les séduise et qu’ils essaient de le reproduire, au moins dans l’esprit. Mais les paroles qu’ils écrivent, en français donc, sont-elles si peu importantes à leurs yeux qu’elles ne nécessitent pas de références propres et qu’elles ne méritent pas que l’on s’arrête sur les textes des « collègues » contemporains et même ceux de leurs aînés ? A moins que ces jeunes auteurs ne se sentent suffisamment « géniaux » sur ce plan pour considérer qu’il n’y a rien à apprendre.
Hélas, si leurs seuls modèles sont des songs aux lyrics écrits dans une langue dont les tournures populaires, les jeux de mots, et tout l’arrière-plan culturel leur échappent, comment s’étonner dès lors de la faiblesse, notamment prosodique, et du manque de travail des paroles des jeunes auteurs francophones contemporains ?
On peut même se demander si le flou « artistique », né de l’absence de compréhension directe des paroles en anglais, ne sert de justification au « flou » de leur propre écriture en français, une écriture peu travaillée dont ils se contentent facilement.
C’est peut-être une explication.

Pierre Delorme

1 commentaire »

  1. Un partageux dit :

    Le souvenir d’une (alors) encore jeune gourde chantante qui avouait qu’elle venait de faire la découverte d’un auteur compositeur interprète dont il ignorait jusqu’au nom quelques semaines plus tôt. Elle montrait sans fard à quel point elle était épatée. En substance le gars avait écrit des histoires avec une intrigue comme dans les livres et une foule de jeux brillants sur les mots comme dans les livres itou.

    J’en avais été tout retourné. J’ai presque oublié de préciser que la donzelle parlait de Georges Brassens.

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