Funérailles de Victor Hugo

Funérailles de Victor Hugo

Les rédactions étaient dans les starting-blocks depuis pas mal de temps déjà, les journalistes rongeaient leur frein, ils piaffaient ! Aujourd’hui, ça y est, Johnny a clamsé ! C’est feu vert, on lâche la meute, c’est l’orgie !  D’Ormesson à peine refroidi, on bouffe de l’idole à toutes les sauces ! C’est goinfrerie générale. Si tu n’as pas compris que Johnny fait partie de ta vie, qu’il habite tes souvenirs, tu n’es qu’un pauvre type ! Pourquoi as-tu vécu ?
Les témoignages pleuvent, on interroge le populo, on lui tend le micro ! Une dame parmi d’autres devant la grille de la demeure de l’idole : « Je l’aimais à tel point que j’ai dit à mes petits-enfants que le jour où je partirai je veux qu’on passe une chanson de Johnny ! – Laquelle ? – Allumez le feu ! »  Bien vu, on espère qu’il s’agit d’une crémation, sinon ça va faire désordre.
Tout le monde se lâche, même l’ancien président Hollande : « Il a tout donné ! » S’agissant d’une idole en délicatesse avec le fisc, on goûtera l’humour du président pépère.
Sur les réseaux sociaux, on s’apitoie, on se regarde la tristesse, chacun confie son souvenir, on parle de sa maman, de son cousin, de son père, du tonton qui jouait Le Pénitencier dans le salon, de sa moto, de sa jeunesse envolée… Bientôt, quelque impudique avouera avoir été « lourd comme un cheval mort » et conçu son premier enfant sur Que je t’aime ! Un autre qu’il a connu son premier divorce pour avoir suivi Johnny à Las Vegas avec l’argent du ménage !
Sans compter que tous les amis et amours de la défunte idole vont faire la queue sous les sunlights pour larmoyer et entretenir une notoriété parfois défaillante. Et que c’est pas fini… ça va durer !
Un monsieur interrogé à la radio et qui semblait avoir tenté en vain de noyer son chagrin a dit qu’il fallait « le mettre à la place de la Tour Eiffel » ! On cause déjà de funérailles nationales sur les Champs-Élysées ! C’est Victor Hugo qu’on enterre !  D’ailleurs, Johnny partage un point commun avec Victor : tous les deux ont connu l’exil (politique pour l’un, fiscal pour l’autre, mais ne chipotons pas).  Qu’on le mette au Panthéon tout de suite et qu’on n’en parle plus !

Pierre Delorme

4 commentaires »

  1. Frédérique Langlois dit :

    Merci de m’avoir fait rire sur ce sujet car je ne décolère pas depuis hier devant l’absurdité d’une telle réaction .
    Bonne continuation !

    Frédérique Langlois

  2. Un partageux dit :

    On attend son billet avec impatience. Floréal devrait proposer d’ajouter à tout cela une canonisation. « Dans la poussière et les bras en croix. »

  3. giacometti dit :

    Johnny était à la chanson ce que d’Ormesson était à la littérature.
    C’est très bien qu’ils soient morts ensemble. Quels talents !
    D’ailleurs, vous avez vu que Macron a déposé un crayon sur le cercueil de d’Ormesson ?
    Je propose qu’il dépose une gomme sur celui de Johnny.
    Chacun son dû.
    D’ailleurs encore, vous avez certainement vu également qu’en 1918 les poilus victorieux avaient défilé sur les Champs-Elysées (… enfin… ceux qui avaient survécu), puis les troupes nazies en 40, puis de Gaulle en 44, puis toute notre si belle droite tellement unanime le 30 mai 1968.
    Demain, c’est le tour des gros cons à moto, sale gueule et blouson clouté, admirateurs impénitents de la star du rock français.
    Je propose qu’on rase cette avenue.

  4. André ROBERT dit :

    Et si on assistait, 2000 ans après, à une nouvelle résurrection ?
    A coup sûr il rechanterait, mais uniquement : « J’ai oublié de vivre »

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