AstierLe téléphone a sonné chez moi. C’était Claude Astier. Ça se passait quelques mois avant qu’il salue définitivement la compagnie. Il souhaitait m’envoyer l’intégrale de ses textes de chansons, ainsi que ses portraits de chanteurs et des résumés de contes totalement déjantés dont il était l’auteur. Il voulait que j’effectue un travail de relecture et de correction. Comme ça représentait un gros boulot, il tenait à me payer pour ça. J’avais accepté de faire le boulot, mais refusé la rémunération. Je lui avais simplement demandé d’attendre un peu car j’étais déjà lancé alors dans un gros boulot de correction pour un copain.
J’ai donc relu et corrigé ses textes et les lui ai renvoyés. Quelque temps plus tard, j’ai trouvé dans ma boîte à lettres le bouquin*, qu’il venait d’éditer, comportant l’ensemble de ses textes de chansons. Comme j’avais lu tout ça peu de temps auparavant, j’ai placé le bouquin sur une étagère, sans vraiment y porter d’attention.
Quelques journées ont passé, puis est arrivée la nouvelle de sa mort. La veille de ses obsèques, je pensais à lui et j’ai alors attrapé ce bouquin qu’il m’avait adressé et que je n’avais toujours pas feuilleté. Je me suis mis à le parcourir. Au beau milieu de l’ouvrage, il y avait un petit mot et un billet de 50 euros.

Floréal Melgar

* 101 chansons, de Claude Astier, éditions Mezcaline. Pour se le procurer, adresser un mail à l’adresse suivante : dominique.macavoy@gmail.com ou téléphoner au 06.86.26.49.75.

2 commentaires »

  1. Un partageux dit :

    Claude astier, je ne le connaissais pas. J’avais fait confiance au programmateur qui avait aligné une jolie brochette de chantistes pour son petit festival. Je n’ai pas été déçu.
    Astier c’est corrosif. Les bafouilles comme les chansons. « Et vous les rasés et les skins / Car la merde n’a pas d’épine / Rotez vos Kros, pissez vos Leffes / Venez casser du SDF / Venez tous au bal du malheur / Plus on est de fous plus on meurt ».
    Côté bafouilles, on a droit à un monologue, abscons mais brillant, qui parodie les textes structuralistes et nous réjouit fort les zygomatiques.
    Côté chanson, Astier joue d’un violon qui danse, allègre, sur la pompe d’une guitare manouche. Voilà un gars qui, malgré des cordes vocales soigneusement poncées à la cigarette, chante des mélodies qui tiennent la route.
    Entre les chansons Claude se désaltère. Il siffle une bouteille noire posée sur un petit guéridon. Une bouteille d’une forme tout droit sortie de quelque antre de sorcier, ornée d’une belle tête de mort au-dessus de tibias croisés.
    Après le match on passe un bon moment avec un bonhomme affable. Mais ça, Floréal nous l’a écrit…

  2. Sarclo dit :

    Dans le marigot gnangnan de la chanson comme il faut, comme ils font, Astier, avec ses chansons, a tracé de petits cailloux bruns, mais lumineux et soignés, un chemin vers la rigolade. C’est le seul à être aussi royalement subversif et déconneur. Il est la preuve vivante du mépris dans lequel sont tenus les auteurs de chansons intelligentes.

Soumettre un commentaire »