ApollonLa poésie et la chanson furent longtemps intimement mêlées avant de prendre des chemins séparés. La poésie s’est hissée sur les cimes de la littérature, tandis que la chanson est restée sur le plancher des vaches de la culture populaire. Le lien n’est pourtant pas complètement rompu. Bien sûr, on connaît les mises en musique magistrales de poèmes d’Aragon (Ferrat, Ferré, Brassens etc.), ou de ceux, moins connus, de grands « classiques », Victor Hugo par exemple (Brassens, Nougaro), ou Lamartine (encore Brassens), Rutebeuf (Ferré), etc. Mais les grands poèmes classiques (connus de tout le monde) semblent avoir été aussi un terrain de jeu privilégié pour les chanteurs, du moins jusqu’à une certaine époque (1970 ?). Célèbres ou méconnus, ils aimaient à mettre en musique et chanter les grands classiques de la poésie française. C’est un genre d’exercice de style en forme de défi qu’ils se lançaient à eux-mêmes. Il existe ainsi de nombreuses versions de Demain dès l’aube… (Victor Hugo), du Dormeur du val (Arthur Rimbaud), ou encore L’invitation au voyage (Charles Baudelaire). Il y en a d’autres. L’exercice est périlleux, ces poèmes étant très connus, parfois par cœur depuis l’école communale, chacun en a sa propre musique dans la tête. C’est une musique intérieure indéfinissable, silencieuse, qu’on ne pourrait chanter, mais qui ne correspond que rarement à celles, bien sonores, que donnent à entendre les artistes qui s’attaquent à cet exercice. De la même façon, le film tiré d’un livre ne correspond que rarement à ce que nous avons lu et imaginé.
La poésie a aujourd’hui droit de cité dans la culture savante, les compositeurs « savants » ou « classiques » ne se sont d’ailleurs pas privés de mettre en musique ces grands poèmes, de façon merveilleuse parfois. Les mélodistes français (Fauré, Massenet, Duparc et autres) ont créé, à partir de ces poèmes, des œuvres très belles mais d’un accès parfois difficile.
Les artistes de la chanson, par la vertu de mélodies et de phrasés plus naturels, du moins plus spontanés, ramènent ces vers très célèbres vers la culture populaire dont on peut regretter que la poésie se soit parfois trop éloignée. Hélas, il semblerait que les jeunes générations d’auteurs-compositeurs ne soient plus attirées par ce genre d’exercice. C’est dommage. A moins que de manière surprenante ces « classiques » nous reviennent par les rappeurs, friands de rimes riches et autres subtilités dans l’art de la versification. Ça a déjà commencé.

Pierre Delorme 

Révérence gardée à l’auteur pour le cas où ça ne serait pas le cas, mais cette version ressemble à un pastiche…

 

 

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