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Renaud déçoit ses fans. D’abord, il vote Fillon, puis, celui-ci étant sapé pour l’hiver, il décide de voter Macron. Il avait aussi récemment « embrassé un flic », ce qui fait beaucoup pour les quadragénaires qui épanchèrent leur sensibilité de jeunes révoltés à travers son personnage. On les comprend. Ils sont déçus, comme nous aurait déçus d’apprendre que Georges Brassens allait à la messe tous les dimanches.
La « chetron sauvage », foulard rouge et jean troué, affichée à l’époque en 4×3 sur tous nos murs par ses producteurs, a pris du plomb dans l’aile. Mais, après tout, le « rebelle » Renaud Séchan n’est peut-être aujourd’hui que ce qu’il n’a jamais cessé d’être, à savoir un petit-bourgeois habile à humer l’air de son temps. Pourquoi pas ? C’est un petit malin, Renaud, et un très talentueux trousseur de couplets. Il a eu l’idée géniale de transposer les chansons réalistes du début du XXe siècle (qu’il chantait à ses débuts) dans l’univers des « pauvres » de son temps, les habitants des HLM de la banlieue des années soixante-dix, avec force « mob », santiags et blousons de cuir. Bien joué. Il a écrit quelques belles chansons populaires, admirables de justesse. Les ados et les jeunes adultes de l’époque ont biché comme un seul homme. Aujourd’hui, ils ont vieilli et leur idole révoltée part en brioche, elle vote Macron et tout un monde s’écroule… Certains écrivent qu’ils ont perdu « leur » Renaud en oubliant qu’il ne leur appartenait pas. Remarquez, j’en ai connu qui, en leur temps, ont cru dur comme fer que Bob Dylan était engagé en politique et qu’il avait de grandes préoccupations sociales… Les mythes ont la vie dure, surtout lorsqu’ils sont savamment entretenus.
Quand on est jeune on a besoin d’idoles et l’industrie du divertissement nous en vend des « prêtes à consommer », ça facilite les choses…. On confond allègrement les chansons et le bonhomme (caché derrière le personnage) qui les a écrites. Mais bon, on n’est pas jeune toute sa vie et les idoles sont faites pour être déboulonnées, comme les statues. Sinon à quoi sert d’avancer en âge ?
C’est vrai que le monde n’est pas bien marrant et qu’on peut préférer rêver et se bercer d’illusions, quitte à garder celles de sa jeunesse, mais on court alors le risque d’être déçu, par exemple au détour d’une élection présidentielle. Déçu par une « idole » à qui on avait fini par prêter ses propres pensées et ses convictions sans se rendre compte qu’on avait vieilli et que l’idole en question n’était qu’une image devenue une grimace.
Tout ça pour quelques chansons réussies qu’on avait prises hâtivement pour un modèle de pensée, voire une morale ou une philosophie, c’est un peu dommage quand même.

Pierre Delorme

3 commentaires »

  1. Renaud lui-même croyait que Dylan était engagé en politique « Y a eu Antoine avant moi, y a eu Dylan avant lui, et après moi qui viendra, après moi c’est pas fini … ». C’est le début de « Société, tu m’auras pas ».

    Sinon, j’ai vu Renaud en concert tout récemment, il a été très clair : d’accord il a embrassé un flic, mais « un militaire, ça, jamais ! (sic) ». Ouf, on est super rassuré, on avait vraiment eu très très peur!

  2. Un partageux dit :

    Le verre à whisky est le théâtre de naufrages aussi catastrophiques que la grand mare des canards…

    « Le Picon-bière, c’est redoutable
    Ça vous fait glisser sous la table
    Comme un rat. »

    Renaud a écrit ces mots il y a bien longtemps et il ne faudrait pas oublier que ça vaut aussi au sens figuré…

    Après ces considérations éthyliques je voudrais faire observer que la peinture sociale n’est qu’un thème d’inspiration à l’égal des autres.

    Un auteur peut fort bien rester neutre — ne pas se sentir « engagé » — même s’il utilise souvent un thème. Un écrivain peut bien consacrer des pages et des pages à ce que lui inspire les fleurs sans jamais se pencher sur la botanique ou sur la disparition des zones humides ; sans jamais protester contre les dégâts dus au piétinement, au surpâturage, aux désherbants sélectifs ou au changement climatique.

    Alors pourquoi faudrait-il qu’il en soit forcément autrement pour la peinture sociale ? Pourquoi écrire « I pity the poor immigrant » (Je plains le pauvre immigrant) devrait-il induire obligatoirement un engagement politique ? Et que devrait être cet engagement pour qu’il soit au dessus des critiques ? Politique, syndical, associatif ou autre ?

    Parce que l’on voit par exemple un Neil Young organiser des concerts Farm Aid et qu’il doit sûrement se trouver des esprits chagrins pour penser que c’est un engagement insuffisant.

    Tiens, je suis très déçu, Apollinaire, oui monsieur, l’auteur du « colchique couleur de cerne et de lilas », n’a jamais émis la moindre protestation énergique contre la pioche écocide asséchant les zones humides…

  3. Sophie G. dit :

    C’est la faute à la société. Yo.

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