Les amateurs de CFQ m’auront laissé pantois plus d’une fois.
Floréal Melgar avait posté sur son mur virtuel Le Temps du tango, chanté par Léo Ferré. Cela a donné lieu à une série de commentaires « conversation » au sujet de la collaboration entre Léo atrocement-beauFerré et Jean-Roger Caussimon dont chacun s’accordait sur le fait qu’elle avait donné des chefs-d’œuvre. Comme exemple particulièrement frappant de ces réussites je postais à mon tour Ne chantez pas la mort , un poème de Caussimon mis en musique par Léo Ferré et interprété par lui-même à l’Olympia en 1974. Léo Ferré, la crinière en bataille, est en pleine possession de ses moyens vocaux et de son art de l’interprétation. Il est soutenu par le piano de Paul Castanier. La performance vocale est remarquable, les notes tenues voix tendue ponctuent les phrases et donnent un souffle extraordinaire au texte de Caussimon.
Jamais peut-être chanson ne fut aussi équilibrée et aussi « complètement  musicale » dans la rencontre entre les mots et des notes. Il va sans dire que pour l’interpréter il faut un élan vocal qui n’est pas à la portée du premier chanteur venu. Certains ont essayé de le faire, avec plus au moins de bonheur, souvent plutôt moins.
Jean-Roger Caussimon, comédien et parolier poète devenu lui-même chanteur sur le tard, l’avait inscrite à son répertoire. C’était son texte, et il avait donc une certaine légitimité à le faire. Il était cependant loin d’avoir les moyens vocaux suffisants pour s’attaquer à une telle mélodie. Il donne donc une version « sympathique » mais très fragile de la chanson, évidement sans commune mesure avec l’interprétation de Léo Ferré. Eh bien, et c’est là que je voulais en venir, il s’est quand même trouvé une personne pour écrire que « malgré tout » elle préférait la version de Caussimon.
Ne hurlez pas tout de suite, amis de la CFQ ! Bien sûr, c’est son droit le plus strict et son goût vaut bien le mien. Mais ce qui m’intrigue est le « malgré tout » ? Malgré tout quoi ? J’ai bien peur qu’elle ait voulu dire « malgré la musicalité » de la version de Ferré. Cette musicalité qui semble souvent gêner les amateurs de chanson à texte, comme si elle gênait elle-même le texte pour eux « sacro-saint ». Cette musicalité qui fait défaut à tant d’artistes de la CFQ devant lesquels s’extasient leurs admirateurs.
Mais c’est vrai, on a bien le droit de préférer le petit vin ordinaire du coin à un grand cru. C’est une question de palais, comme en chanson une question d’oreille, ou plus simplement de culture.

Pierre Delorme

2 commentaires »

  1. Chris Lanbd dit :

    À moins que ça ne soit : « malgré tout » le parti pris d’encenser Léo et de minimiser la voix de Caussimon…
    J’aime aussi, comme cette personne, les voix qui ne claironnent pas. Celles qui, fragiles, peuvent nous émouvoir en parlant de choses graves sans entonner les olifants. Peut-être que dans la CFQ il n’y a pas non plus ni de dieu ni de maître !
    Va savoir… ?

    • administrateur dit :

      Bien sûr, les voix fragiles… ça peut toucher, pourquoi pas ? Mais quand elles s’aventurent dans des mélodies qui réclament du souffle et du coffre, on peut être moins touché. Il ne s’agissait pas de « minimiser » la voix de Caussimon, qui n’était pas chanteur et qui de plus en tant qu’auteur du texte avait une certaine légitimité à l’interpréter. Il convient de comparer ce qui est comparable. Mais peut-être aurait-il mieux fait de commander une autre musique pour son texte, plutôt que de « flinguer » la mélodie de Ferré. Mais enfin, si vous trouvez que Ferré « claironne » ou « entonne les olifants », évidemment vous ne pouvez pas partager mon point de vue. Comme l’indique le titre de l’article, c’est avant tout une question d’oreille. Pierre Delorme

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