Carole Masseport. Photo David Desreumaux. ((Utilisation et reproduction interdites sans autorisation de l’auteur.)

Carole Masseport. Photo David Desreumaux. ((Utilisation et reproduction interdites sans autorisation de l’auteur.)

Selon un rapide sondage effectué dans mon entourage immédiat, ce lundi 15 novembre à l’Auditorium Saint-Germain de Paris, auprès d’un échantillon de cinq personnes âgées de 18 ans et plus, représentatif du public amateur de chanson française, aucune n’avait compris la moitié du texte de la chanson Chamallow’s Song, interprétée par Clio, l’une des sept finalistes du concours « Et la chanson va ! » (ex-« Vive la reprise ! »). Un accompagnement musical bien trop présent et une prononciation fatiguée en furent la cause. Dans l’interprétation d’une chanson de Francis Cabrel imposée à chacun des candidats, et comme lors de la demi-finale du 17 octobre au Forum Léo-Ferré*, cette même Clio s’est autorisé beaucoup de liberté avec la mélodie de Hors saison, ce qu’aucun règlement du concours ne semble manifestement proscrire. Son autre composition personnelle, enfin, Plein les doigts, agréable et nécessitant fort heureusement un accompagnement plus discret, est venue sauver la prestation de cette artiste qui, assez curieusement à mon sens, s’est vu attribuer le Grand Prix du jury.
Peut-être faudrait-il analyser un jour les petites modes qui traversent ce milieu chanson. Après la récente vague Geneviève Morissette, sur le point, semble-t-il, de se tasser quelque peu, voici que Clio, déjà qualifiée pour cette finale avec beaucoup de chance, quand un Mathieu Barbances paraissait davantage la mériter, bénéficie à son tour de cet engouement passager et un peu étonnant des « professionnels de la profession ». C’est évidemment tant mieux pour elle, et souhaitons-lui sincèrement de séduire le public des divers spectacles qui lui ont été promis par plusieurs responsables de salle ou de festival.
De cette vingt-deuxième édition du tremplin organisé par le Centre de la chanson, on retiendra un bon niveau général, la qualité des musiciens et les très belles voix féminines de Mèche, Jeanne Rochette et surtout, opinion toute personnelle, de Carole Masseport, alliant un registre plus étendu à une belle énergie. Mais une certaine déception nous saisit en constatant encore une fois que nos trentenaires, à l’exception des rappeurs-slameurs du duo Diplomic’ et leur chanson Je suis, ont bien du mal à sortir de leurs histoires amoureuses pour observer un peu le monde qui les entoure et nous faire part de ce qu’il leur inspire.
Dans l’interprétation imposée d’une chanson de Cabrel, Carole Masseport s’est une nouvelle fois nettement distinguée avec une très belle version de Hors saison, musicalement mise en valeur par ses accompagnateurs et magnifiée par une voix superbe. Celle de Lou Casa (desservi lui aussi par un son mal réglé), sur la belle chanson La robe et l’échelle, était digne de valeur, bien que légèrement au-dessous de ce qu’il avait offert lors de la demi-finale. Cool papa cool, de Bonbon Vodou, passait très bien la rampe également. Mèche, enfin, a réussi à rééditer l’exploit de nous faire écouter avec attention et sympathie la très mièvre chanson Je l’aime à mourir.
Dans leurs compositions personnelles, répétons que l’on eût apprécié de sortir un peu du thème omniprésent de la relation mec-nana/nana-mec qui semblait être l’obsession de nos candidats. Le prix de la meilleure chanson originale est allé récompenser Prince-moi, de Mèche, mais il n’aurait pas été scandaleux que Bonbon Vodou, avec Mon île, Diplomic’, avec Je suis, ou encore Plein les doigts, de Clio, soient distingués.
Sur l’ensemble des trois chansons, mais ça n’est là qu’impression personnelle, bien sûr, il me semble qu’il eût été plus judicieux que le Grand Prix du jury** soit attribué à la jeune Mèche, dont les grands progrès sont évidents pour qui la suit depuis un certain temps, ou à l’artiste plus confirmée Carole Masseport, d’une forte présence scénique et d’une grande qualité vocale, à qui a d’ailleurs été remis un prix d’interprétation grandement mérité. Le public, lui, appelé à décerner son coup de cœur, a opté pour le sympathique couple Bonbon Vodou. Et être distingué par le public, ne serait-ce pas là l’essentiel ?
Enfin, il convient de saluer l’humour de Patrice Mercier, présentateur d’un soir. La longue attente des résultats lui aura même permis de proposer l’une de ses fameuses « goguettes », Je l’aide à mourir, sur la musique d’une chanson célèbre (au titre quasi semblable) du parrain de cette édition 2016 du concours, Francis Cabrel. Et l’on a bien ri.

Floréal Melgar

 * Voir « Un tout petit manque d’émotion ».
**
Le palmarès complet.

2 commentaires »

  1. Norbert Gabriel dit :

    Salut

    Bon, eh bien je vois que mes réflexions intérieures grincheuses ne viennent pas que de mes humeurs chagrines du moment en matière de chanson… Mon sondage auprès de quelques personnes voisines ont aussi confirmé un étonnement certain sur le Grand Prix, au vu (et mal entendu) de cette prestation. Mes sondés ne connaissaient pas la lauréate, et comme ils n’ont pas vraiment compris les paroles, nous en avons déduit avec un peu de malignité que les jeux étaient faits avant, en grande partie (la petite mode qui traverse…) Ce qui m’avait traversé aussi l’esprit en lisant l’annonce des candidats retenus. Et c’est ce qui a été confirmé par la série de prix des membres du jury, dont une partie n’a pas pu objectivement juger sur les prestations de la soirée pour donner un prix. Sinon, il m’a semblé aussi que la majorité des candidats étaient de la région parisienne, aurais-je raté quelque chose ? C’est probable, ayant suivi tout ça de loin. On peut souligner la très nette amélioration de l’organisation, la très bonne idée d’avoir ce maître de cérémonie Patrice Mercier à qui je décerne le prix du Présentateur le plus Drôle et Doué du moment… Sinon, pour les problèmes techniques liés au son, problèmes récurrents dans d’autres tremplins, il me revient que lors d’un Marathon de la chanson avec 42 artistes qui se sont produits sans répétition ni balance, il n’y a pratiquement pas eu de soucis sur ce plan, hormis un accident de micro, si j’ai bonne mémoire… Une dernière pour la route, l’étonnement de ne rien voir pour Lou Casa… Et quand je dis « étonnement » je suis automodéré… A l’an prochain peut-être… Ou pas.

  2. Robert André dit :

    Je n’ai pas vu Clio sur scène et je ne mettrai pas en doute vos propos sur sa prestation, d’autant qu’après avoir visionné quelques vidéos je veux bien reconnaître qu’elle n’est pas et ne sera jamais une Barbara Weldens (euphémisme) !
    Ça ne m’empêche pas de lui trouver beaucoup de talent. Une certaine finesse d’écriture et une symbiose heureuse entre textes et mélodies.
    Le grand-père que je suis depuis belle lurette lui pardonne alors de nous parler souvent de ses « petits » problèmes personnels, comme il est prêt à écouter ceux de ses petits-enfants ! D’autant que les chansons de ce premier CD, elle les a écrites, selon ses dires, très jeune. D’après la demoiselle, d’autres sont prêtes. Je les attends avec beaucoup de bienveillance, moi qui suis loin d’être considéré comme « bon public » !

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