Emilie Marsh. Photo : David Desreumaux. Utilisation et reproduction interdites sans autorisation de l'auteur.

Emilie Marsh. Photo : David Desreumaux.
(Utilisation et reproduction interdites sans autorisation de l’auteur.)

Dans l’article qu’il avait consacré ici même au site chanson « Hexagone » (1), notre ami René Troin concluait par ces mots : « Ce site est bien, fidèle à son sous-titre, « le mag sans papier de la chanson ». La presse papier, quand elle transvase sa prose sur internet, se contente généralement d’afficher des brouillons à peine améliorés avec des pavés de pub sur les bords et au milieu. Et c’est vrai que ça craint un peu. Alors qu’Hexagone, pour faire presse, il ne leur manque que le papier. »
Eh bien, ce manque est enfin comblé. David Desreumaux, le sympathique initiateur du site, avait annoncé avant la rentrée, dans un long éditorial, la naissance imminente d’une revue du même nom, en proposant dans le même temps un numéro zéro prometteur, imprimé à quelques exemplaires mais surtout consultable sur le Net.

Attendu par les passionnés de chanson comme le Messie par les chrétiens, le premier numéro de la revue Hexagone (2) a donc vu le jour, provoquant, avant même sa lecture, un véritable enthousiasme, tant l’attente fut longue, depuis la disparition de Chorus, avant de voir réapparaître une publication papier consacrée à cette passion. Jusque-là, il aura fallu se contenter de divers blogs et sites spécialisés, à qui la création du site « Hexagone » avait déjà filé un petit coup de vieux, tant il se distingue par une présentation alerte et créative, et une attention toute particulière pour la jeune chanson française.
Avec ce premier numéro de la revue, on retrouve donc ces contenant et contenu agréables que le numéro zéro laissait deviner. La mise en pages en est fort agréable, très soignée, et la partie rédactionnelle se penche quasi exclusivement sur des artistes en devenir plutôt que sur ceux qui ont fait le bonheur des passionnés sexagénaires. Ce souci de rajeunissement touche d’ailleurs également la rédaction elle-même, qui a su se passer des vieilles gloires journalistiques du monde de la chanson, ce qui nous évite le couplet rabâché du « c’était mieux avant » ainsi que les plaintes, certes fondées mais devenues un peu lassantes, sur la programmation chanson des radios-télés qui n’est plus ce qu’elle était.
La belle photo de couverture de ce numéro semble parfaitement illustrer ce « passage de relais » entre générations. On y voit se côtoyer la jeune chanteuse Garance, l’une de ces artistes que chouchoute l’équipe d’Hexagone, et celle à qui la revue rend par là même un hommage mérité, Anne Sylvestre, à la fois pour ce qu’elle représente dans la chanson, bien sûr, mais aussi pour l’attention et la curiosité, maintes fois constatées, qu’elle porte précisément à cette jeunesse qui chante. En guise d’ouverture, un long article de Patrick Engel prolonge cet hommage à travers « un chassé-croisé intergénérationnel » entre Anne Sylvestre et trois jeunes artistes femmes, cette même Garance, Lily Luca et Mèche.
Nombre de portraits et entretiens composent la plus grande part de ce numéro déjà historique. J’avoue d’ailleurs humblement avoir découvert certains artistes qui m’étaient jusque-là inconnus. Se détachent, à mon sens, les pages consacrées à Emilie Marsh, Armelle Dumoulin, la Québécoise Klô Pelgag, Govrache et Eddy de Pretto. On comprendra aisément que les comptes rendus de concerts trouvent ici peu de place, la périodicité trimestrielle de la revue rendant l’exercice inopérant. En revanche, nombre de CD sortis ces derniers temps se voient chroniqués, le plus souvent par de courtes notices bienveillantes surtout destinées à nous informer de leur existence. On pourra préférer dans ce registre les écrits de Flavie Girbal et du signataire « le Mad », plus fouillés.
Complètent ce premier numéro une histoire du Festival de Marne, qui célèbre ses trente ans d’existence ; celle d’une salle mythique parisienne, Les Trois Baudets ; celle de la naissance d’une chanson, en l’occurrence Bétonneuse de Nicolas Jules ; un entretien alerte avec le sympathique Patrick Boez, animateur de l’émission « Jambon-Beurre », sur Radio Saint-Pierre-et-Miquelon, entretien qu’on espère être le premier d’une série consacrée à ces émissions chanson, plus nombreuses qu’on le pense, que les publications de naguère comme les blogs d’aujourd’hui ont toujours superbement ignorées. Enfin, les amateurs de photographie verront confirmé l’indéniable talent de David Desreumaux en la matière, avec un magnifique cahier central où se détachent les visages de Sarcloret, de Mell et de Clio. La lecture se termine sur une note d’humour bienvenue, avec notamment une « grille » de mots croisés que n’eût pas reniée Georges Perec.
Entretiens, portraits, chroniques CD ou autres, tout ici est traité de manière positive. Comme dans le cochon, tout est bon dans la chanson, du moins celle dont il est question dans ce magazine. S’il est des artistes, des CD ou des spectacles que l’équipe d’Hexagone n’a pas appréciés, il n’en est rien dit. Pas de polémiques bidon et aucune vulgarité, donc, pas de jugements couperets, de déclarations péremptoires ou haineuses. Quelques mauvaises langues prétendent déjà que cela nous change agréablement de certaines lectures qui désenchantent. Les passionnés de chanson se montrent parfois cruels…

Floréal Melgar

(1) http://www.crapaudsetrossignols.fr/2015/08/03/sans-ricaner/
(2) Pour tout renseignement : http://hexagone.me/boutique/

 

4 commentaires »

  1. Norbert Gabriel dit :

    Salut

    Pourquoi se faire du mal avec des lectures « malengrouines » ? Hexagone dès le début s’est démarqué avec une maquette moderne, élégante, due à une équipe en harmonie, et experte dans tous les domaines… Un des problèmes récurrents des blogs, c’est qu’il y a toujours un maillon faible, aléa du bénévolat… ou un manque d’ambition. Hexagone est en phase avec son époque, et au moins on évite à la CFQ (bien connue des visiteurs) l’étiquette un poil ringarde qui l’accompagne souvent dans les récriminations des vieux qu’ont de l’âge. Je sais de quoi je parle… :)

  2. POMMIER Marc dit :

    L’attention de cette revue sera de faire du multigénérationnel.
    Je suis heureux qu’il y ait une revue.

  3. Manu Tension dit :

    Il est un peu dommage dans votre billet d’oublier l’existence du magazine FrancoFans qui se démène pour la chanson depuis plus de dix ans. Tous les artistes mentionnés ici ont déjà eu et auront encore sûrement des mises en avant dans le magazine, par le biais des 50 chroniques ou des interviews… Artistes plus ou moins connus, découvertes, rock, rap, reggae, chanson sont à l’honneur dans ce magazine qui prend également le parti de ne pas parler de ce qu’il n’a pas aimé. Dommage qu’il n’en soit pas fait mention, je suis abonné de longue date à ce magazine de qualité, où les interviews changent réellement de ce qu’on peut lire ailleurs.

    • Floréal Melgar dit :

      Oui, c’est vrai, j’aurais pu évoquer ce magazine au passage, ainsi d’ailleurs que la sympathique revue Vinyl. C’est un oubli.

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