9782749147956WEBAprès l’indispensable et savoureux Journal et autres carnets inédits (1) de Georges Brassens, paru en 2014, voici cette fois un autre petit bijou pour qui reste inconditionnel du troubadour sétois : les Premières chansons (2) de ce même Brassens.
Si ses premières apparitions sur scène datent de 1952, Brassens s’était lancé dans l’écriture bien avant cela, depuis ses 17 ans en vérité, l’âge où Rimbaud prétend qu’on n’est pas sérieux. Et de 1942 à 1949, il déposera à la Sacem soixante-huit textes, sans les musiques. Si quatre d’entre eux nous sont connus pour avoir été interprétés par leur auteur lui-même ou par Patachou (Mama, papa, Le Bricoleur, J’ai rendez-vous avec vous et Les Amoureux des bancs publics), les soixante-quatre autres demeuraient jusque-là parfaitement inédits, jamais enregistrés ni même interprétés en public.
L’âge auquel ont été écrits ces textes – Brassens a donc alors entre 17 et 27 ans – explique que la presque totalité d’entre eux s’inscrit dans le registre de la chanson d’amour, d’ailleurs pas toujours gaie car assez souvent y affleurent la tristesse des ruptures et la nostalgie des brèves rencontres. On y décèle une certaine naïveté, un côté « fleur bleue », et dans l’ensemble une écriture qui, si elle annonce parfois la beauté et l’extrême élégance du Brassens confirmé des années futures, n’est pas exempte de certaines petites maladresses. Mais cela n’empêche nullement, néanmoins, de savourer déjà quelques beaux moments de cette poésie simple et touchante (Marguerites ou Reine de bal, par exemple) qui, entre autres, marquera son œuvre à venir.
Côté anticonformisme et regard libertaire sur la société, autres aspects importants de l’œuvre de Brassens, on restera en revanche un peu frustré. Flics et gendarmes sont toutefois un peu bousculés dans ces textes de jeunesse (dans une chanson sans titre et dans Quand j’ai rencontré celle que j’aime notamment), mais pas encore avec la constance et la rudesse dont feront preuve un peu plus tard les commères de Brive-la-Gaillarde. Çà et là se glissent cependant des éléments de la morale toute particulière de Brassens, que n’apprécient guère ceux qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux, loin du troupeau et de ses coutumes. A ce titre, on pourra interpréter le texte La Ligne brisée comme une volonté déjà bien ancrée de ne pas filer droit, de ne pas être dans la ligne.
Avec cet ouvrage, indispensable aux brassensophiles, vous est proposé un CD sur lequel figurent six de ces textes interprétés de belle manière par Yves Uzureau. Les musiques n’ayant pas été déposées à la Sacem, comme il a été précisé plus haut, d’où viennent-elles ? me direz-vous. Sur ce point, il est indispensable de lire le précieux témoignage de l’interprète (3), où la réponse vous sera fournie. De ces six chansons, deux se distinguent à mon goût : Un camp sous la lune, inspirée à Brassens par son passage au STO durant la guerre, et surtout cette perle qu’est la très belle Reine de bal.
Saluons ici enfin le remarquable travail éditorial opéré par Jean-Paul Liégeois, directeur de la collection « Brassens d’abord » aux éditions du Cherche Midi, à qui l’on devait déjà le Journal de Brassens et qui nous offre ces Premières chansons qui permettent de connaître encore un peu mieux celui qui reste incontestablement l’un des plus grands auteurs de chansons de langue française.

Floréal Melgar

(1) Journal et autres carnets inédits, de Georges Brassens, le Cherche Midi, collection « Brassens d’abord », Paris, 2014.
(2) Premières chansons (1942-1949), de Georges Brassens, le Cherche Midi, collection « Brassens d’abord », Paris, 2016.
(3) https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/04/11/5117/

 

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