« L’esclavage, en lui-même, est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d’esclavage, et celles-ci se réfèrent à des théologiens approuvés… Il n’est pas contraire au droit naturel et divin pour un esclave, qu’il soit vendu, acheté, échangé ou donné » (le pape Pie IX, 1866).

Photo : Chantal Bou-Hanna

Photo : Chantal Bou-Hanna

A l’écoute des infos, on est très souvent amené à croire (c’est le cas de le dire) que la société française ne se compose plus désormais que de catholiques, de protestants, de musulmans, de juifs. Pour tous ceux qui se situent hors ces catégories, au mieux entend-on parfois parler de « laïques », terme employé faussement pour désigner les non-croyants puisqu’on peut tout à la fois être croyant ET laïque. D’athées, jamais ou presque il n’est question, bien que leur nombre soit loin d’être négligeable en ce pays.
Aussi est-il revigorant, dans cet environnement gluant de croyances diverses et variées, avec leur cortège d’intolérance, d’anathèmes, de condamnations, de mises à l’index, de sectarisme, de violence, d’abrutissement, d’obscurantisme, d’avoir assisté au spectacle que Gilles Servat proposait hier, au Forum Léo-Ferré, intitulé « Pain béni ».
Ponctué de chansons qui font du bien (preuve que ça n’est là le monopole de personne), parmi lesquelles L’Institutrice de Quimperlé, Hiérarchie, le Monsieur Tout-Blanc de Léo Ferré (« Pour briffer faut bosser mon p’tit père »), Le Mécréant de Brassens (« Si l’Eternel existe/En fin de compte il voit/Qu’je m’conduis guère plus mal/Que si j’avais la foi »), le propos de Gilles Servat, qui eût pu ajouter aux titres chantés le fameux Autoportrait de Mouloudji (« Athée, ô grâce à Dieu »), consiste à revisiter ce très mauvais roman qu’est la Bible, avec ses incohérences, ses absurdités, son extrême violence. Gilles Servat, qui sait de quoi il parle pour avoir subi, enfant, une éducation religieuse, revient sur tout cela, avec finesse et beaucoup d’humour, ses talents de conteur rejoignant ici ceux de chanteur qu’on lui connaissait déjà. L’histoire de l’Eglise catholique n’est pas épargnée non plus. Ses crimes innombrables et les déclarations abominables de certains de ses papes (voir ci-dessus en exergue), où l’on chercherait en vain cet amour du prochain qui les nourrit grassement, offrent abondamment matière à commentaires bienvenus.
Inutile de préciser, bien sûr, que tous les bigots et autres culs-bénits en prennent ici pour leur grade. Rassurons toutefois ceux des lecteurs qui éprouveraient quelques réticences envers un anticléricalisme à même de choquer les fidèles de ces histoires à dormir debout que propose à foison leur multinationale apostolique et romaine : ils s’en tirent ici beaucoup mieux que les mécréants qui passèrent entre les mains de cette police politique des âmes que fut la Sainte Inquisition.
Si donc l’occasion vous est donnée d’aller voir et de déguster ce « Pain béni » que propose Gilles Servat, en ces temps où les événements semblent donner raison à ce prophète gâteux qui annonçait, paraît-il, un XXIe siècle religieux, n’hésitez pas à vous y rendre. C’est sans doute un péché, mais, chères sœurs, chers frères, je vous en absous par avance.

Floréal Melgar

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