Plusieurs proches ou parents de notre ami René, réunis pour lui dire adieu le jeudi 14 janvier au crématorium de Cuers, près de Toulon, lui ont rendu hommage à travers quelques brèves interventions. Ci-dessous, voici le texte que Pierre, son ami de longue date, a prononcé.

René-PierreJe connais René depuis presque quarante ans. Je ne me souviens pas exactement de notre première rencontre, ni comment nous sommes devenus amis, au fil du temps. C’est une amitié de très longue date, mais pas une amitié qui aurait commencé dans l’enfance ou l’adolescence, comme souvent les longues amitiés. Nous avions à peine une trentaine d’années quand nous nous sommes connus. C’est notre goût commun pour la chanson qui nous a rapprochés, et non pas un simple voisinage géographique ou une activité commune dans le travail ou le loisir, comme c’est souvent le cas. Au fil des années, cette amitié, entre nous deux d’abord, puis entre nos familles ensuite, ne s’est pas démentie. Pourtant, on ne peut pas dire non plus qu’elle est émaillée de souvenirs particuliers, de lointains voyages, par exemple, ou d’entreprises et de projets communs, sauf ces dernières années durant lesquelles, en compagnie de Floréal, nous avons créé le site Crapauds et Rossignols.
Nous vivions nos vies à distance, en parallèle, lui à Toulon ou Paris et moi à Lyon, pourtant jamais bien loin l’un de l’autre, je crois. Notre relation ressemble finalement à une sorte de conversation ininterrompue sur les sujets qui nous tenaient à cœur, la chanson, la musique, les livres et le cinéma, et bien sûr la marche du monde où la justice n’est pas à la fête tous les jours. Nous avons eu quand même quelques souvenirs communs marquants, toujours liés à la chanson, à « Bob », comme nous disions familièrement pour évoquer Bob Dylan qu’il aimait par-dessus tout… Nous sommes allés l’écouter ensemble deux fois. C’était un genre de fête pour nous, et un bon prétexte à célébrer notre amitié.
Cette longue conversation ne va cependant pas s’interrompre, elle va se poursuivre dans ma tête, où nous continuerons à discuter ensemble telle ou telle chose, puisque aussi bien, après toutes ces années, René fait désormais partie de mon existence, discrètement comme à son habitude, mais de manière inaltérable.
Comme c’est la chanson qui nous avait rapprochés, je voudrais terminer en évoquant une chanson dont René m’avait confié un jour qu’elle était pour lui l’une des plus grandes, toutes catégories confondues. C’est une chanson de Mouloudji (musique de Cris Carol), qui s’intitule Faut vivre, et à laquelle j’emprunte ces quelques vers, comme peut-être René aurait aimé le faire, pour dire à tous ceux qui le pleurent aujourd’hui :
« malgré tous nos morts en goguette
qui errent dans les rues de nos têtes
faut vivre… »

Pierre Delorme

« Faut vivre » (Mouloudji/Cris Carol)

3 commentaires »

  1. comte dit :

    Une autre amitié de longue date :
    Il se hâtait lentement et sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettait son ouvrage, le polissait sans cesse et le repolissait, ajoutait quelquefois, et souvent effaçait.
    Je l’ai vu durant vingt ans à raison de 40 heures par semaine, soit 200 heures par mois, soit 2200 heures par an, soit 440000 heures pendant 20 ans.
    Tel que je le connais, il aurait rectifié tous ces chiffres sachant que la louche est ma mesure, mais que pour lui la précision est la mesure de l’horlogerie. Rien ne lui échappait, la rigueur était son royaume. Il avait au choix dans sa conception du métier : concision, information, justesse, exactitude, finesse, clarté, détail. Il m’a tout appris avec une patience infinie. Nous n’aurions jamais dû nous rencontrer, nous apprécier et surtout finir amis. Tout nous séparait, la politique, la musique, la lecture, et pourtant au bout de ses 440000 heures passées dans l’espace travail, nous cohabitions et surtout nous nous estimions. Il m’a fait avancer là où il fallait, j’en suis sûre. C’est un ami qui disparaît, qui a été important pour moi et sûrement pour beaucoup d’autres. Il sera toujours là pour moi.

  2. Dalichoux catherine dit :

    Merci Pierre,
    Hier soir, dans un moment de blues, j’ai écouté « Faut vivre » et… OUI !

  3. gaëtane Duino dit :

    Pierre, merci d’avoir ouvert la porte de vos souvenirs… Pour avoir échangé quelques mots au téléphone avec René nous avions (avec mon époux) l’impression qu’il faisait partie de notre univers amical… Depuis deux ans le rituel de la lecture de « Crapauds et Rossignols » a créé un attachement au trio brillant que vous formiez… Nous compatissons à votre peine et René restera avec affection dans nos mémoires. Jean et Gaëtane Duino

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