Dylan IINous avons entendu souvent l’amateur de chanson de qualité se plaindre de la disparition de « son » disquaire. Il regrettait notamment la perte de ses « bons conseils». En effet, le disquaire guidait, paraît-il, l’amateur de chanson de qualité dans ses choix. « Tiens, j’ai quelque chose qui devrait vous intéresser… ». C’est la même chose d’ailleurs avec les libraires, on venait, ou on vient encore, chercher chez lui des livres et des conseils pour ses lectures. On peut comprendre la peine qu’on a de voir disparaître ce petit commerce de proximité, pour ces raisons bien sûr, mais aussi, et peut-être surtout, pour le contact humain qu’il permettait.
Cependant, à y regarder de plus près, si on peut déplorer la perte du contact humain avec « son » disquaire ou « son » libraire, regretter ses conseils semble moins fondé. Il suffit d’avoir fait des achats « en ligne », sur un site dédié à la vente de produits culturels notamment, pour savoir que ce « vendeur » virtuel, que nous appellerons Algorithme, a une connaissance parfaite de nos propres goûts et joue à merveille son rôle de « conseil ». A partir de quelques achats, il vous proposera un grand nombre d’articles auxquels vous n’auriez pas forcément pensé ou dont vous ignoriez l’existence, un peu comme aurait fait votre disquaire d’antan. Mais cette fois sur une échelle bien plus importante, tant la mémoire d’Algorithme est encyclopédique.
Il faut bien dire que les propositions, les « conseils », sur ce type de site sont le plus souvent très pertinents, ce qui ne laisse pas d’être troublant, voire rageant. Les goûts de notre chère petite personne que nous croyions unique tiennent donc dans un simple algorithme, c’est très décevant. Surtout la constatation qui en découle logiquement : mes goûts les plus chers, ceux par lesquels je me définis moi-même, sont en fait partagés par des tas de gens. Voilà un truc que mon disquaire d’antan ou mon libraire aurait eu la délicatesse de ne pas me signaler.
Dans un de ces sites de vente en ligne, disons le plus célèbre d’entre eux, j’ai « ma propre boutique », dans laquelle je trouve tous les livres qui me « ressemblent », classés par auteur, par sujet, idem pour les CD, classés et proposés par genre. Je me promène pour ainsi dire dans « mes » rayons. Mon vendeur virtuel me connaît bien, c’est sympa. Comme je m’intéresse, par exemple, à certains sujets de sociologie, ce matin il me propose une série très pertinente d’ouvrages auxquels je pourrais m’intéresser. Il me propose aussi des chansons, de la musique classique, du jazz, un grand nombre de CD qui, je dois l’avouer, pourraient très bien figurer dans ma discothèque, celle qui est bien réelle, chez moi.
Cependant, comme il m’est arrivé un jour d’acheter également sur ce site une superbe cloche à fromage, d’un modèle que je ne réussissais pas à trouver dans un « vrai » magasin, Algorithme me propose maintenant aussi bien des ouvrages de Pierre Bourdieu ou Michel Foucault, des CD de Youn Sun Nah ou Bob Dylan, qu’une série de cloches à fromage, voire de couteaux à viande… Évidemment, ça n’est pas mon disquaire ou mon libraire d’antan qui m’aurait fait un coup pareil… Finalement, je me demande si Algorithme ne mélangerait pas tout et ne serait pas un peu con. Vouloir me fourguer le énième CD « pirate » des jeunes années de Bob Dylan en même temps qu’un grille-pain… ça ne ressemble à rien, ça frise le manque de respect.

Pierre Delorme

1 commentaire »

  1. comte dit :

    Il se met au goût du jour, à savoir : la FNAC bien avant de se jumeler avec DARTY vend et vendait ce qui touche à la cuisine ! Est-ce bien raisonnable…

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