Les Ogres de Barback. Photo : Pierre Wetzel

Les Ogres de Barback. Photo : Pierre Wetzel

Après Lyon, où Anissa et Sarah Mikovski, deux des candidates visant la finale du concours « Vive la reprise ! », organisé chaque année par le Centre de la chanson, ont d’ores et déjà été sélectionnées, et avant Toulouse, où deux autres postulants seront choisis dans un avenir proche, c’était au tour des onze prétendants de la région parisienne et du Nord de se produire lundi soir au Forum Léo-Ferré, à Ivry-sur-Seine, devant un public très garni et un jury chargé d’en qualifier quatre pour la finale du 2 novembre prochain à Paris.
Comme à chaque édition, les candidats se devaient d’interpréter trois chansons, une composition personnelle, une deuxième puisée dans le répertoire, et une dernière choisie dans l’œuvre d’un artiste ou d’un groupe imposé, cette année les Ogres de Barback.
Côté répertoire, nos jeunes artistes sont allés piocher chez Marie-Paule Belle, Dimey-Jehan, Gainsbourg, Renaud, Debronckart, Brel, Tachan, Bühler, Souchon, Féfé ou Minvielle-Perrone, chacun s’appliquant à rester assez fidèle à l’auteur d’origine, à l’exception notable d’Alysce, candidate très jazzy, qui a sans doute eu le tort d’« intellectualiser » outre mesure le Mistral gagnant de Renaud. Musicalement très au point, cette candidate s’est distinguée par des effets de voix allant jusqu’à lui donner une sorte d’accent dont nombre de spectateurs se sont demandé s’il relevait d’une origine étrangère. Dans ce registre, il nous a semblé que s’en étaient bien tirés Zoé Malouvet (Deux qui s’aiment, de Michel Bühler), Lune Papa (C’est déjà ça, de Souchon), Vanina de Franco (Laisse tomber les filles, de Gainsbourg), Lise Cabaret (Les Marquises, de Brel), Danny Buckton Trio (La Castagne, de Tachan) et Gribouille* avec une interprétation très réussie de la difficultueuse chanson De dame et d’homme du duo André Minvielle-Marc Perrone.
Côté chansons des Ogres de Barback, Le Daron et Il ne restera rien ont eu la faveur des candidats, puisque interprétées chacune à deux reprises. L’exercice était sans doute ici plus difficile pour les trois artistes ayant choisi de s’accompagner seuls à la guitare, les Ogres de Barback offrant une coloration musicale assez riche compte tenu des dons de multi-instrumentistes de chacun des membres du groupe. Pourtant, sur ces trois-là, on retiendra encore la belle interprétation de la toute jeune Zoé Malouvet (Il ne restera rien), au côté de qui on rangera, parmi ceux qui se sont offert hier des musiciens accompagnateurs, l’énergique Geneviève Morissette (Crache), Lune Papa (La Femme du guerrier), Danny Buckton Trio (Solène de Grenoble) et la jazzante et souriante Vanina de Franco (Rue Mazarine).
Il n’est pas rare que des candidats nous ayant séduits dans leur interprétation des chansons du répertoire mettent un frein à notre enthousiasme à l’écoute de leur composition personnelle. Ce fut encore un peu le cas pour cette vingt-et-unième édition du concours, où Lune Papa s’est montré trop obscur, où Lise Cabaret, Valentin Vander, Gribouille, Tias et Alysce n’avaient pas grand-chose à nous dire, chacun d’eux ayant sans doute perdu là des points précieux auprès des membres du jury et plus ou moins déçu le public. Vanina de Franco (Grandir), Geneviève Morissette (La Femme en beige), sans être enthousiasmantes, ont passé l’épreuve avec un peu plus de bonheur. Les seuls à se montrer vraiment convaincants auront été, à mon sens, le très bon Danny Buckton Trio (Une cigarette à la fenêtre) et la discrète Zoé Malouvet, avec un titre et un thème qui ne révolutionnent certes pas le monde de la chanson, Au bord de nous, mais qui montrent un joli sens de l’écriture, dans une interprétation sensible et dépourvue de tout effet inutile. Il est à noter que Gauvain Sers, dont on savait déjà qu’il s’applique à fournir des chansons en phase avec son époque, aura osé aborder, avec Mon fils est parti au djihad, un thème « délicat », jusque-là très ignoré par les auteurs de chansons. Il se murmure que cela a fait débat parmi les membres du jury.
Il n’a pas dû être facile, convenons-en, de faire un choix parmi tous ces jeunes gens qui, dans l’ensemble, ont offert une prestation de qualité, sans aucun doute une des meilleures de ces dernières années. Les qualifications pour la finale de Zoé Malouvet et de Danny Buckton Trio nous semblaient des plus évidentes à l’issue de la soirée, et le choix du jury les a d’ailleurs confirmées. Pour les deux autres, il n’était pas aisé de s’aventurer à faire des pronostics, tant Geneviève Morissette, Vanina de Franco, Lune Papa, Lise Cabaret et Gauvain Sers semblaient difficiles à départager. Finalement, c’est la Québécoise Geneviève Morissette, récente et dynamique coqueluche du monde de la chanson en marge, qui aura convaincu le jury, ainsi qu’un Gauvain Sers dont le choix nous semble toutefois relever davantage de la sympathie qu’il suscite depuis un certain temps parmi les spécialistes parisiens plutôt que de sa prestation de ce lundi soir.
Enfin, on notera, non sans plaisir, qu’aucun des candidats n’a cru bon de se livrer sans complexes à ces facéties de scène plus ou moins rigolardes et pesantes qui n’ajoutent rien à la qualité d’un spectacle mais dont paraissaient se délecter nombre de jeunes artistes ces dernières années. De même, à quelques exceptions près non extravagantes, on remarquera le retour en force des noms de scène empruntés à l’état civil. Ajoutons à cela que le jury gagnerait sans doute à voir sa moyenne d’âge diminuer, en y intégrant par exemple des quadragénaires confirmés, de façon que les candidats sortant du cadre classique de la chanson française formatée « à texte » soient peut-être davantage entendus.
Rendez-vous très bientôt, donc, pour la finale.

Floréal Melgar

* Nom de scène pas très facile à porter. Sait-elle qu’il y eut une Gribouille avant elle ?

8 commentaires »

  1. Camerlynck dit :

    Ben oui, Floréal, je suis totalement d’accord avec toi sur tous les commentaires que tu fais. Etrange, non ?

  2. Norbert Gabriel dit :

    Salut

    C’est bien vu tout ça… Pour ce qui est du jury, il me semble que les plus vieux n’ont pas été les moins audacieux… et je me suis aussi posé la question pour Gribouille… ça m’a laissé perplexe. Voire un peu dérangé.

  3. Gribouille dit :

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour ce retour sur cette belle demi-finale du tremplin 2015 à laquelle j’ai eu la chance de participer. Et merci d’avoir salué mon interprétation de De dame et d’homme… Pour ma composition, navrée qu’elle n’ait pas su vous charmer.
    En ce qui concerne mon nom de scène, je voulais répondre à la question posée en exergue. Gribouille est un surnom qui me suit depuis très longtemps, sobriquet attribué par mes proches notamment parce qu’à mes heures il m’arrive de dessiner. Ce nom s’est imposé à moi lors de la naissance de mon projet chanson. Il s’avère que c’est alors que j’ai découvert cette immense dame de la chanson qu’est Gribouille, LA Gribouille des années 60… Une vraie claque musicale ! J’ai longuement hésité avant de récupérer ce même pseudonyme, et je lui ai dédié une chanson intitulée Gribouille(s). Je ne revendique aucun lien avec cette grandissime artiste, si ce n’est l’amour que je porte à la chanson, au dessin et un surnom que nous avons en commun.
    Merci encore pour votre critique et l’intérêt porté à la soirée de lundi.
    Au plaisir,
    Gribouille

    • Christian Mela dit :

      Pour Gribouille
      « … projet chanson », dites-vous ?
      Pourquoi employer une terminologie de technocrate ?
      La Chanson n’est pas heureuse dans les tours du quartier de la Défense…
      Bien à vous.

  4. Chris Land dit :

    … À croire que tu avais placé secrètement des micros dans les poches de quelques jurés car les délibérations ont bien tourné autour des candidats et leurs prestations que tu relèves.
    Bien d’accord avec toi et Norbert aussi concernant l’âge des membres du jury.
    J’aurais bien aimé avoir des avis de cette (plus) jeune génération représentée par David Desreumaux, par exemple…

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