La partie de beloteChaque rentrée et sa page blanche nous donnent le vertige. Aurons-nous encore quelque chose à dire sur la chanson ? Un objet aussi quotidien et banal, voire insignifiant sur le plan culturel, n’a-t-il pas épuisé nos capacités de bavardage ? La chanson appartient à la culture populaire et la culture populaire ne se prête pas facilement à la glose. Il y a des traités sur l’art de jouer au bridge, mais assez peu sur la belote.
Bien sûr, d’aucuns souhaiteraient la voir trôner (la chanson, pas la belote !) aux côtés des arts majeurs, de la musique, de la danse, du théâtre, de la peinture, de la littérature et de la poésie. Est-ce bien raisonnable ? Cette distinction nous importe peu et ne nous apporterait pas grand-chose. La plupart des chansons n’ont pas d’autre ambition que le divertissement populaire. Et il faut bien avouer que les auteurs de textes plus ambitieux, qui pourraient figurer dans les anthologies poétiques, lorsqu’ils prennent envie de chanter leurs vers le font sur des mélodies tellement simplettes, peu variées et peu travaillées qu’on se demande ce qu’elles viendraient faire aux côtés d’œuvres chantées, comme le Winterreise* de Schubert, pour ne prendre que cet exemple magistral. Mais ça, nous l’avons déjà dit, nous ressassons.
Si nous n’avons plus de généralités à dire sur la chanson, il nous reste bien sûr l’actualité et ses particularités. Mais cette impression de n’avoir plus rien de neuf à écrire ressemble un peu à celle d’avoir déjà tout entendu. Pourtant, la curiosité l’emporte toujours et on essaie à nouveau, portés aussi, et surtout, par l’idée que des lecteurs, proches ou lointains, familiers ou non, nous lisent avec attention dans l’espoir de passer un bon moment et de se divertir un peu. Cette idée est après tout largement suffisante pour nous inciter à continuer, à « causer chanson », un genre à propos duquel nous avons déjà tout dit, et pourtant tant à dire encore.

LTG

* Winterreise (Voyage d’hiver en français) est un cycle de 24 lieder pour piano et voix, composé par Schubert en 1827, un an avant sa mort, sur des poèmes de Wilhelm Müller. (Wikipédia)

3 commentaires »

  1. Comte dit :

    Ce billet commençait très négatif. Heureusement cela n’a pas pu tenir la longueur. Vive la suite.

  2. Danièle Sala dit :

    Mais y a pas que Schubert et la belote, hein !
    Art mineur ou art majeur, la chanson a toujours collé à son époque, événements, engagements, cris du coeur ou chanson pour les pieds, elle accompagne nos vies, et qu’on en pleure ou qu’on en rit, on n’a pas fini d’en parler !

  3. Chris Land dit :

    Si quelques exemples de cet art populaire traversent les époques, les décennies, voire les siècles (♫♪ « le temps des cerises », « les Canuts », … ♪♫ ), c’est peut-être parce que l’exercice n’est pas que futile ou dérisoire, mais qu’il peut être « signifiant » …

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