Après ça, comme on était fin décembre, on a laissé passé les fêtes. Et c’est un matin de janvier 2012 que Pierre a remis le couvert.

Rene

René
© Chantal Bou-Hanna

Pierre : Il est bien connu qu’il n’y a de plaisir à être heureux qu’à la condition que les autres soient malheureux, sinon ça n’est pas intéressant. C’est la même chose pour bien des amateurs de chanson à texte, celle ignorée des médias, qui semblent n’y prendre plaisir qu’à la condition d’être dégoûtés par la chanson qu’on entend à la télé ou à la radio. Un peu comme si l’on ne pouvait aimer le bœuf mironton qu’à la condition de détester la blanquette de veau. C’est une manière d’aimer une chose « contre » une autre. On me permettra de douter de leur amour pour la chanson… Quand on aime la chanson, on peut, il me semble, l’apprécier sous diverses formes, divers styles, selon le moment et l’humeur.

Floréal : Eh bien, je ne suis pas très d’accord avec ton point de vue, Pierre, du moins tel que tu l’exprimes. Je pense qu’on peut être amateur de chanson « à texte » et tout à la fois dégoûté par la grande majorité de ce qu’on entend à la télévision – c’est mon cas –, sans qu’il y ait un lien direct entre ces deux aspects, ce goût d’un côté et ce dégoût de l’autre. J’essaierai d’exprimer mon opinion là-dessus un peu plus tard. Là, je dois aller chercher mon petit-fils à l’école…

Pierre : C’est une excuse hautement recevable !

Un peu plus tard, donc, une fois de retour de l’école et après avoir préparé le goûter de son petit-fils…

Floréal : Imaginez une ville assez importante qui compte, en guise de lieux où l’on puisse se restaurer, trois cent cinquante McDonald’s, trois cents Burger King et cent vingt-cinq Kentucky Fried Chicken. Rien d’autre. Aux quelques demandes d’explication quant à cet état de fait, il est invariablement répondu que les goûts ont changé, que la cuisine a elle aussi le droit d’évoluer…
A cent kilomètres de là, au bord d’une petite route de campagne difficile d’accès, se trouve le seul restaurant de la région à proposer une cuisine française traditionnelle, mais qui n’ouvre ses portes à la clientèle que le seul premier mardi de chaque mois. Les habitants de la grande ville amateurs de bonne bouffe classique se voient donc contraints d’accepter cette situation, un peu désolante, certes, mais nullement dramatique puisque permettant quand même de se rendre au resto, au mieux, une fois par mois.
Seulement, vous savez ce que c’est, il y a toujours des râleurs, des aigris, des haineux. Qui se plaignent d’être obligés de se taper deux heures de bagnole pour aller déguster une blanquette de veau ou un bœuf mironton, et qui prétendent qu’il y a peut-être un peu trop de fast-foods en ville. Et qui se mettent même un peu en colère quand quelques citadins prétendent au contraire qu’il n’y en a pas assez.
Questions : ces plaintes exprimées ont-elles un début de justification ou montrent-elles à l’évidence que nous avons ici affaire à des gens particulièrement sectaires qui n’aiment pas vraiment la bonne bouffe et ne respectent pas le goût des autres ? Cesseraient-elles immédiatement, ces mêmes personnes, d’apprécier la blanquette de veau ou le bœuf mironton si l’on obligeait tous les fast-foods de la ville à baisser le rideau ?
Vous avez trois jours pour répondre, je ramasse les copies dimanche soir.

René : Afin de pouvoir faire ce devoir, je voudrais savoir si le restaurant est ouvert le midi et le soir ? Ou seulement le midi ? Ou seulement le soir ?

Floréal : Seulement le soir, bien sûr !

Au bout du lien, le premier acte :

1 commentaire »

  1. edith dit :

    Est-ce que c’est bien le même sujet ?
    « Une chanson ne nous appartient pas complètement. On l’écrit mais qu’est-ce que c’est cette chose-là, si elle ne devient pas aussi la chanson des autres ? Oui, à quoi sert une chanson lorsqu’on ne peut pas, grâce à elle, faire partager son émotion à quelqu’un d’autre ? »
    Jacques Debronckart

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