Elga Andersen1Sur mon Teppaz, j’ai écouté Paris a le cœur tendre par Elga Andersen. Cette mélodie, composée par Henri Crolla, sert de leitmotiv à Os Bandeirantes (Les Pionniers) de Marcel Camus qui retrouve le Brésil, un an après Orfeu Negro. Il y tourne cette fois l’histoire d’« un chercheur de diamants [qui] se lance à la poursuite d’un voleur qui l’a dévalisé après l’avoir laissé pour mort ». Rien de bien original dans le résumé que Wikipédia donne de ce film oublié. Pourtant, lorsqu’on lit que le réalisateur a intégré à son scénario des images paradoxales de la naissance de Brasilia et de la destruction au bulldozer du bidonville où s’entassaient ses bâtisseurs, les ouvriers, on se dit qu’Os Bandeirantes mériterait de sortir des caves de la Cinémathèque.
Et d’Elga Andersen, qui s’en souvient ? Les historiens de la chanson qui rappellent que c’est pour elle que Gilbert Bécaud a composé Et maintenant. Et les spectateurs du « cinéma du samedi soir » qui se remémorent la beauté blonde vue dans La Polka des menottes de Raoul André (1957), Bonjour tristesse d’Otto Preminger (1958), Le Monocle noir de Georges Lautner (1961)… Dans Os Bandeirantes, elle joue… Elga.
En novembre 1960, Sonorama* consacre le sixième disque souple de son numéro 24 aux musiques du film présentées par Elga Andersen. Celle-ci parle de son rôle, « celui d’une petite chanteuse qui, loin de la France, ressent toute la nostalgie de son Paris ». À propos de Paris a le cœur tendre, elle ajoute combien « cette valse lente […] exprime merveilleusement bien ce qu’[elle a] ressenti [elle]-même au loin, perdue dans la brousse ».
La voix d’Elga, les notes de Crolla, les paroles parcimonieuses de Marcel Camus… ici, tout est « simple et tranquille », comme dirait Verlaine.
Il y a des matins comme ça où l’on est heureux d’exhumer une chanson douce. On l’écoute en regardant les yeux fermés passer la Seine et dans le ciel des nuages dodus tout blancs. Et bienveillants.

René Troin

* Pense-bête : il faudra consacrer une chronique à Sonorama qui fut sans doute la première publication bimédia (papier + audio, en l’occurrence) grand public.

Elga Andersen, Paris a le cœur tendre (paroles : Marcel Camus – musique : Henri Crolla), 1960.

7 commentaires »

  1. Ivan Perey dit :

    Jolie chronique. Une petite précision : ce n’est pas pour Elga Anderson que Gilbert Bécaud composa « Et maintenant »… mais plutôt grâce à elle. Il la rencontra dans un avion, elle pleurait parce que son petit ami l’avait quittée. Elle eut cette formule : « Et maintenant, qu’est-ce que je vais faire ? » Bécaud appela Pierre Delanoë (son parolier) en lui disant : « J’ai un début de chanson ! » On connaît la suite.

    • René T. dit :

      Merci, Ivan, de rappeler cette anecdote et de ma la remettre en mémoire (je me souviens l’avoir lue, il y a longtemps). Elga Andersen a enregistré « Et maintenant » sinon avant du moins la même année que Bécaud (en 1961), d’où sans doute le « pour elle » mentionné par certaines sources (dont Wikipédia dont il faut se méfier, je sais, je sais, je sais) en lieu et place du « grâce à elle ». Disons que pour Elga Andersen et « Et maintenant », l’inspirer, c’est l’adopter.

  2. COATLEVEN dit :

    En tout cas merci pour la découverte, Elga Andersen, n’était pour moi qu’un nom, désormais il faut y rajouter une voix. C’est très joli.

  3. Norbert Gabriel dit :

    Salut,
    Il y a quelques années, Moustaki avait promis de chanter Paris a le coeur tendre… Il l’a fait une première fois, en 1999, lors d’une soirée « Autour de Crolla » à l’Hôtel du Nord, a cappella, et avec une grippe carabinée, mais il l’a enregistrée sur un de ses derniers albums en 2003, un des rares cas de chansons dont il n’est ni auteur ni compositeur. Par fidélité envers Henri Crolla, et par amitié pour Colette Crolla.

  4. Norbert Gabriel dit :

    Marcel Camus faisait partie de cette génération de cinéastes documentaristes qui ont presque toujours intégré le travail et le monde ouvrier dans leurs films. Comme l’a fait Henry Fabiani quand il a réalisé Le bonheur est pour demain (dont le premier titre était Au bout la soupe) dont l’histoire se passe sur le chantier du France. Et le ministère de l’Industrie était plus ou moins dans la prod. Crolla s’est retrouvé naturellement dans ce milieu, avec André Hodeir, ils ont composé 140 musiques de courts métrages et documentaires.
    Mais dans ce film – où il partage l’affiche avec Higelin –, il n’était « que » comédien, par choix personnel.

  5. Merci pour la découverte et ce beau billet.
    Je ne connaissais pas Elga Andersen.
    Pour mémoire, cette chanson a aussi été chantée par Mouloudji, Colette Renard et Tino Rossi.

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