MissilesSur mon Teppaz, j’ai écouté Les Conquérants de l’Ouest par les Missiles. Durant l’été 1961, les Beatles (avec Pete Best à la batterie) après avoir joué tout le printemps à Hambourg, retrouvent Liverpool, et notamment la scène du Cavern où un jour Brian Epstein viendra les écouter. Pendant ce temps, à Oran, dans une Algérie en guerre, quatre garçons forment les Jupiters. Bernard Algarra est à la guitare solo, Manu Gonzalès à la guitare rythmique, Robert Suire à la basse et Bernard « Micky » Ségura à la batterie*. Les Jupiters s’ajoutent à la cohorte des groupes plus ou moins éphémères fondés sur le modèle des Shadows. Mais eux ont un atout que bien d’autres n’ont pas : ils chantent à quatre voix.
Rapatriés en France après les accords d’Évian, les Jupiters se produisent dans le Midi avant de tenter leur chance à Paris. Chez Pathé, leurs harmonies vocales convainquent, mais pas leur nom. Au plus chaud de la guerre froide, les missiles sont dans l’air du temps. Ils seront donc les Missiles. Leur répertoire est truffé d’adaptations réussies. La plus célèbre, c’est celle de Greenback Dollar du Kingston Trio**, devenu Sacré Dollar. On se souvient aussi de Fume, fume, fume, d’après le Fun, Fun, Fun des Beach Boys, ou d’Abilene de George Hamilton IV, rebaptisée Marilyn. Moins d’Il faut oser. Ont-ils osé trop loin en transposant le I’m a Loser des Beatles ? Le fait est qu’en 1965, le temps passe et les versions originales nous parviennent en même temps – voire avant – que leurs adaptations en français. Les Missiles s’adaptent. Ils gravent quelques originaux, dont Les Conquérants de l’Ouest.
« Ils sont partis de chez eux / L’espoir d’un pays en eux / Ils sont partis des milliers / Les premiers pionniers […]. » Les mots, portés par des guitares au galop, évoquent les Rio Bravo, L’Homme qui tua Liberty Valance, Geronimo… ces westerns qui font le bonheur des cinéphages du samedi soir. Mais, l’accent des Missiles aidant, on peut aussi penser à d’autres pionniers : les premiers Pieds-Noirs.
Trêve de spéculations, si j’ai choisi ce titre, c’est parce que Mya Simille en signe les paroles. Symille, Missiles sont deux noms qui vont très bien ensemble… Moi, les mots qui jouent, ça m’amuse.

René Troin

 

* Les détails biographiques proviennent de deux articles sur le groupe : « Mi$$iles –
4 garçons d’Oran » par Jacques Leblanc (Juke Box Magazine, n° 225) et « Coup de projecteur sur les Missiles » par André Coatleven (Vinyl, n° 79).
* La chanson, écrite et créée par Hoyt Axton, a été popularisée par le Kingston Trio. C’est leur version, au tempo accéléré, qui a inspiré celle des Missiles.

Les Missiles, Les Conquérants de l’Ouest (paroles : Mya Simille et Yves Stéphane – musique : Jean Kluger), 1964.

En bonus exceptionnel, la vidéo d’un tube avec chorégraphie d’époque :

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