FetetJ’avoue humblement connaître peu et mal l’œuvre de Bernard Haillant. S’il fallait d’ailleurs chercher une explication à cette méconnaissance, je serais bien en peine d’en fournir une, car les quelques chansons de cet auteur qui me sont parvenues aux oreilles me furent fort agréables. Qu’est-ce qui a pu m’empêcher de mieux connaître l’activité artistique de cet homme, disparu il y a maintenant treize ans et que je n’aurai jamais vu en scène ? Mystère.
Fort heureusement, il existe des recours pour qui souhaite combler ses lacunes en matière de chanson. À commencer, en ce qui concerne cet artiste, par le coffret de huit CD sorti en 2007 sous l’égide de l’association « Remonter la rivière », créée en 1987 par Bernard Haillant lui-même*. Et puis il y a aujourd’hui le très beau CD que lui a consacré Antoine Fetet, enseignant, chanteur amateur, créateur aussi du site internet consacré à Bernard Haillant, et surtout admirateur, depuis l’adolescence, de celui à qui il rend ici un très bel hommage.
À l’exception, donc, de quatre ou cinq chansons, ce CD m’aura permis de vivre l’une de ces belles découvertes artistiques pour lesquelles il n’est pas d’âge. René évoquera, entre autres, ses qualités musicales. Je voudrais pour ma part souligner la richesse poétique des textes de Bernard Haillant, où se mêlent une tendre attention pour ses frères humains, les enfants notamment, une ode à la beauté et à la sensualité féminines, un amour des îles et des pays lointains et de leurs habitants, domaine où s’exprime peut-être le plus pleinement son goût des mots et leur sonorité (Petite sœur des îles, Saga de l’avion, Les Gosses du Ghana). Même lorsqu’il chante la mort, qu’il souhaite douce, on est saisi par la beauté des images, malgré la gravité du sujet.
Tout cela est servi de fort belle manière par Antoine Fetet, l’interprète fidèle. Je crois que c’est Pierre qui écrivit dans l’une des rubriques de ce site que parfois certains amateurs dépassent en rigueur, en professionnalisme, certains artistes de métier. Ce CD en est une preuve manifeste.

Floréal Melgar

Il fallait bien 19 titres pour survoler une œuvre pleine d’oiseaux et d’horizons. Sans compter les hauteurs spirituelles – Bernard Haillant était parmi les fondateurs du groupe Crëche. Dix-neuf titres, c’est généreux. Ça peut décourager aussi. On en a connu, aux temps pionniers, des CD bourrés de titres jusqu’au bout des 77 minutes qu’autorise le format. Je m’apprêtais donc à une découverte avec escales de l’hommage à l’auteur-compositeur-interprète de La Saga de l’avion, et, à mon heureuse surprise, j’ai tout écouté sans bouger de mon siège. C’est dire comme Antoine Fetet a mené à bon port son « projet un peu fou de […] consacrer un album entier […] à l’auteur inventif, subtil, audacieux qu’[…] était Bernard Haillant ».
L’auteur, celui qui joue avec les mots, Floréal en a parlé. Mais Bernard Haillant, c’était aussi une voix, des musiques, l’amitié. Et ces trois facettes-là, Antoine Fetet réussit aussi à les « rendre ». Même la plus personnelle, la voix.
Bernard Haillant, interprète expressionniste, grimpait à ses cordes vocales, parfois jusqu’à la déchirure. Antoine Fetet chante plus doux, un peu jazz, on entend dans sa voix des traces de Jonasz, et lorsqu’il atteint les hauteurs qu’exigent certaines partitions, il flirte avec la fêlure.
Bernard Haillant, chanteur « poétique », ne négligeait pas la musique. Dans ses vers : disciple de Verlaine, il cultivait l’impair (on rencontre rarement autant de tri-, penta- ou heptasyllabes que dans les chansons réunies ici). Dans ses mélodies dont la variété doit beaucoup aux rythmes ramenés de tournées et voyages en Afrique, en Nouvelle-Calédonie, à la Réunion… En redécouvrant certains titres grâce à Antoine Fetet, on réalise que Bernard Haillant faisait de la « world chanson » avant l’heure. On se souvient aussi que s’il se produisait le plus souvent seul sur scène, il aimait en studio s’entourer de nombreux musiciens. Une dimension qu’Antoine Fetet a aussi respectée en demandant à Patrick Leroux d’écrire des arrangements joués par dix-huit instrumentistes et choristes ! (le point d’exclamation, c’est pour souligner ce chiffre inattendu sur une « petite » autoproduction). Ce qui nous vaut des contrastes bienvenus d’un titre à l’autre : les cordes qui dominent sur Du frêle esquif le cèdent à une boucle électronique et un saxophone pour Eau salée ; le jazz-band de Poèmez laisse la place aux piano, bois et cordes de chambre puis à l’éclatement de cuivres et percussions de P’tit’ femm’ tout’ frêle
Bernard Haillant, enfin, c’était l’amitié, illustrée par trois titres de ce CD. Antoine Fetet partage un premier duo, Voir le bonheur, avec Claire, qui comptait parmi les participants au spectacle-hommage donné le 28 mai 2002 (quelques semaines après le décès de Bernard Haillant) au théâtre du Garde-Chasse aux Lilas (93). Pour le second duo, il a invité Jacqueline Farreyrol, chanteuse réunionnaise pour laquelle Bernard Haillant avait orchestré trois albums. Et puis, il y a Violaine dont Michel Boutet a signé les paroles. Ce titre étant inédit**, Antoine Fetet ne se contente pas de faire revivre Bernard Haillant. Il le fait vivre.

René Troin

* Il reprend tous les vinyles enregistrés par Bernard Haillant – 6 albums studio et un album en public entre 1972 et 1985 – et Remonter la rivière, CD de 1987.
** Il n’existe qu’à l’état de maquette par Bernard Haillant.

Antoine Fetet chante Bernard Haillant, 1 CD (19 titres + 1 livret 24 p sous Digipack deux volets), 17 € (port compris). Commandes : site internet d’Antoine Fetet (lien ci-dessous).

Deux sites complémentaires sont dédiés à Bernard Haillant. Le premier propose une section « Documents » très riche (vidéos, articles de presse, émissions de radio). Le second, plus tourné vers l’actualité, s’attache à faire vivre au présent l’œuvre de Bernard Haillant. Sa rubrique « Commande » propose CD, DVD, vinyles, et partitions.

 

 

Antoine Fetet promène les chansons de Bernard Haillant sur scène. Il sera le 22 mai au Lavoir-Théâtre à Épinal, le 5 juin à la Ferme du Charmois à Vandœuvre-lès-Nancy, le 28 juillet à Barjac (à 12 heures). Pour la suite, ou pour l’inviter à chanter dans votre salon, cliquez ci-dessous :

2 commentaires »

  1. dautin dit :

    Bernard Haillant était un homme intègre. Ceci explique sans doute cela.
    Yvan Dautin

  2. Beaux textes, les gars. Ne manque que la contribution de Pierre…

Soumettre un commentaire »




Abonnez-vous à notre newsletter