Mouloudji1Sur mon Teppaz, j’ai écouté Diana par Mouloudji. Une fois n’est pas coutume dans cette rubrique, le nom de l’artiste choisi n’est pas tombé dans l’oubli, mais sa version de la chanson, si. Diana, c’est peut-être le premier hit plébiscité par la jeunesse du « monde libre » – quelques neuf millions d’exemplaires vendus, quand même. Peut-être parce que, chose encore rare en 1957, Paul Anka, son interprète – mais aussi son auteur et compositeur – partage « en temps réel » les affres de son public. Et de chanter : « I’m so young and you’re so old / This, my darling, I’ve been told / I don’t care just what they say / ‘Cause forever I will pray / You and I will be as free / As the birds up in the trees / Oh, please stay by me, Diana*. » Ce qui donne, une fois « traduit » en français : « Diana tu n’es qu’une enfant / Mais déjà l’amour t’attend / On t’a vue poser ton front / Sur l’épaule d’un garçon / Donne-lui ce qu’il attend / Donne-lui tes dix-sept ans / La vie passe vite ô Diana. »
L’adaptation est, comme souvent, loin de l’original. Mais il faut dire à la décharge de son auteur, Jacques Plante, que ses interprètes n’auraient pas été crédibles en amoureux de seize ans – c’était l’âge de Paul Anka l’année où il créait Diana, dont la légende colporte, de surcroît, qu’elle est autobiographique. Il faudra attendre 1963 pour entendre un Charles Aznavour décomplexé entonner Donne tes seize ans*.
Mais Mouloudji n’est pas si sage, qui se place dans la peau du dispensateur d’une morale… audacieuse (« L’amour n’est pas un péché »). Position qu’il partage avec les autres interprètes masculins – Henri Decker (sous le pseudonyme d’Unico Multi), Jean-Louis Tristan ou Claude Robin – et féminines : Gloria Lasso, Michèle Arnaud, Denise André ou Élise Vallée. De tous les noms cités, cette dernière est sans doute la plus « en rythme » avec Diana. Elle a déjà enregistré D’où reviens-tu Élisa, version féminine de D’où reviens-tu Billie Boy***, créé par Danyel Gérard et repris par Claude Piron. Ce qui nous amène à cette question : pourquoi n’a-t-on pas confié le tube de Paul Anka à l’un de ces deux pionniers du rock français ? La réponse, si elle existe, n’arriverait qu’au terme de longues recherches… Et « La vie passe vite »

René Troin

* « Je suis si jeune et tu es si vieille / C’est ce qu’on m’a dit, ma chérie / Mais je me moque de ce qu’on dit / Car toujours, je prierai / Pour que nous soyons aussi libres / Que les oiseaux dans les arbres / Oh, s’il te plaît, Diana, reste près de moi. »
** Charles Aznavour avait alors 39 ans. Néanmoins, ce titre écrit pour le film de Marcel Carné Du Mouron pour les petits oiseaux, a été créé par Dany Logan qui, lui, n’avait que 21 ans au moment des faits
*** Where Have You Been Billie Boy (paroles françaises : Boris Vian).

Mouloudji, Diana (paroles françaises : Jacques Plante – musique : Paul Anka).

3 commentaires »

  1. delorme michele dit :

    Tentative un peu pitoyable de Mouloudji pour « prendre la vague » (la nouvelle, bien sûr!).
    Il avait d’habitude plus de discernement dans ses choix !
    Mais Diana, par Paul Anka, j’adorais ! Surtout parce que je comprenais toutes les paroles. Il articulait bien et prenait son temps.
    Mais comme cela semble loin, une autre époque, une autre vie. Ils doivent tous être morts, non ?

    • René Troin dit :

      Aux dernières nouvelles, Paul Anka se porte plutôt bien. Danyel Gérard et Claude Piron, eux aussi, sont toujours parmi nous. Pour les autres noms cités dans l’article, en dehors de Gloria Lasso et de Mouloudji (avec qui je te trouve bien sévère !), je ne sais pas.

  2. Ochs dit :

    Finalement assez décalé et savoureux. On entend le sourire de Mouloudji, et même si les musiciens jouent ça d’une façon totalement formelle (la session originelle avec Paul Anka était quand même très réussie !), on y devine le bon son du jazz français de l’époque. Je serais curieux de savoir qui sont les musiciens de cette curieuse séance. Merci René pour cet OVNI !

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