BrummelsSur mon Teppaz, j’ai écouté Des lendemains par Les Brummels. En 1966, le succès d’Antoine, qui représente son idée du Donovan français, donne des idées à Christian Fechner. Il produit, toujours pour les disques Vogue, Karine (la Marianne Faithfull française), Cédric et Cléo (les Sonny and Cher hexagonaux) ou encore Les Problèmes (dont on se demande encore s’il les considérait comme la réponse bien de chez nous aux Rolling Stones). Et pour les Brummels qui font, l’espace d’un 45-tours, partie de la troupe, de qui s’est inspiré le jeune – il a alors 22 ans – producteur vibrionnant ? Pour l’allure, à n’en pas douter, du père de tous les dandys, George Bryan ‘Beau’ Brummel, en personne. Et pour la musique ? Le mélange des deux voix – de crooner et de ténor – inclinerait à pencher (au risque de tomber) pour les Righteous Brothers qui ont cartonné un an plus tôt avec Unchained Melody. Le titre phare du 45-tours, Comme la mer, adaptation française d’Ebb Tide, un slow-qui-tue gravé par les Platters, Frank Sinatra, Percy Faith et les… Righteous Brothers, lève les derniers doutes. Pour Des lendemains, un titre original, ce sont deux employés de la petite entreprise Fechner qui s’y sont collés : Gérard Rinaldi et Gérard Filipelli, respectivement chanteur et guitare solo des Problèmes*.
Comme souvent, avec les météores du genre des Brummels, on a du mal au moment de donner quelques détails biographiques. Le duo était composé de Mike Shannon (Michel Simonet pour l’état civil) et Roland Gaillac. Pour le premier (à droite sur la photo), ça va tout seul. Il a marqué l’histoire de notre musique populaire : en 1962, il est monté de Toulouse à Paris pour succéder à Dick Rivers au sein des Chats sauvages. Après les Brummels, il a persisté, seul et pour un autre unique 45-tours, sous le nom de George Brummel. Puis il est parti pour le Québec. Il en est revenu et, aux dernières et toutes récentes nouvelles publiées par La Dépêche le 3 janvier de cette année, « [il] est toujours rock ‘n’ roll ».
Roland Gaillac, j’ai trouvé son nom grâce à la banque de données de la Bibliothèque nationale de France (La BnF dont j’apprécie, en cette occasion, l’usage qu’elle fait de la part de mes impôts qui lui est attribuée). Après quoi, j’ai commencé à farfouiller dans les plis de la Toile. J’y ai trouvé un plombier gardois, puis l’auteur d’un livre (de classe, apparemment) intitulé De nos jours : Set B1, publié en 1973 par Littlehampton Book Services Ltd. Après ça, j’étais sur le point d’abandonner quand je suis tombé sur une accroche en anglais : « […] In a similar vein, Roland Gaillac recounts the difficulties that the rock ‘n’ roll artist Gene Vincent […]**. » Un clic plus tard, je découvrais que ces mots étaient extraits de Mixed Messages: Youth Magazine Discourse and Sociocultural Shifts in Salut les Copains (1962-76)***, un essai de Chris Tinker, enseignant à la Heriot-Watt University d’Édimbourg, en Écosse. Il mentionne Roland Gaillac comme l’auteur d’un article consacré au créateur de Be-Bop-A-Lula, publié dans le numéro 5 de Salut les copains.
Ayant associé le titre du magazine au nom du deuxième Brummel, j’obtenais confirmation de sa qualité de journaliste, et même de rédacteur en chef, grâce au site… Bide & Musique. Ce que j’aime dans ces petites enquêtes sur les années enfuies, c’est tomber, comme ici, de Cambridge en Sheila.

René Troin

 

* Des lendemains figure d’ailleurs aussi sur le 33-tours Antoine rencontre Les Problèmes.
** « Dans la même veine, Roland Gaillac raconte les difficultés rencontrées par le chanteur de rock ‘n’ roll Gene Vincent […]. »
*** Chris Tinker, Mixed Messages: Youth Magazine Discourse and Sociocultural Shifts in Salut les Copains (1962-76) (Messages contradictoires : discours d’un magazine pour la jeunesse et évolutions socioculturelles dans Salut les copains (1962-76)), Peter Lang, 2010.

Les Brummels, Des lendemains (paroles et musique : Gérard Philipelli et Gérard Rinaldi), 1966.

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