RockyGrazianoSur mon Teppaz, j’ai écouté Madame-Madame par Rocky Graziano. On ne le confondra pas avec son homonyme américain, champion du monde de boxe chez les poids moyens en 1947-1948. Même s’il a d’évidence inspiré notre interprète du jour dans le choix de son pseudonyme, au point (au poing ?) de baptiser ses accompagnateurs les Punchers. On ne confondra pas non plus Rocky Graziano avec Rocky Volcano, pionnier du rock marseillais, qui rêvait de devenir… boxeur.
S’il n’est guère possible d’en dire davantage sur Rocky Graziano, c’est qu’on ne sait rien de cette « vedette des disques Saphir ». Les guillemets sont gentiment ironiques. Saphir, comme Pergola ou Parade, produisait des disques pas chers qu’on trouvait sur les marchés forains ou chez Monoprix. La promotion des artistes, chargés de reprendre des succès éprouvés, n’était pas le souci premier de ces maisons. Et pour cause, il s’agissait pour la plupart de chanteurs et de musiciens de studio. Rocky Graziano a de la chance : il a au moins droit à sa photo sur la pochette. Pour le répertoire de son premier 45-tours, il a pioché chez Johnny Hallyday – À New Orleans (importé d’Italie où il a été créé par Adriano Celentano) – et chez les Chaussettes noires – le joyeux Dactylo Rock et le curieux Madame-Madame… Nous sommes en 1961, et « cet air n’est pas né d’aujourd’hui », mais treize ans plus tôt quand Édith Piaf l’a enregistré sous le titre Padam Padam. Lequel titre a donc été « féminisé » – si l’on veut bien accepter que « ma » est le féminin de « pa » – et les paroles chamboulées par l’auteur d’origine, Henri Contet.
Si l’on compare la version de Rocky Graziano avec celle des Chaussettes noires, on notera le travail en finesse des chœurs derrière le premier. Leur nom – les bla-bla-bla’s – renvoie à un autre titre du groupe d’Eddy Mitchell : « Tu parles trop, j’entends du soir au matin / Les mêmes mots, toujours les mêmes refrains / Tu fais : “Bla bla bla bla” […] » Soit… ce qu’on fait pour causer quand on n’a pas grand-chose à dire. Un peu comme moi, aujourd’hui.

René Troin

Rocky Graziano et ses Punchers (avec S. Kriees et ses chœurs les bla bla bla’s), Madame-Madame (paroles : Henri Contet – musique : Norbert Glanzberg), 1961.

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