Graeme Allwright (DR)

Graeme Allwright (DR)

Graeme Allwright a parlé à voix nue sur France Culture, grâce à l’initiative de Victor Macé de Lépinay.
Graeme est à présent un monsieur très âgé, qui ponctue chacun de ses souvenirs d’un petit rire qui semble dire, « C’est drôle la vie », ou bien « Tout  ça n’a plus guère d’importance ». Certaines vieilles personnes savent bien faire cela, quand on leur demande de nous raconter des épisodes de leur passé. Elles ont l’air de répondre pour nous faire plaisir, tout en se demandant ce qu’on peut bien trouver d’intéressant à une chose aussi banale que leur vie. Celle de Graeme Allwright est pourtant loin de l’être. Il a bourlingué plus que le commun des mortels, et pas simplement de « Brest à Besançon, depuis La Rochelle jusqu’en Avignon », il a visité la planète entière. Il raconte, au gré des questions qu’on lui pose, des épisodes qui ont fait (en partie) sa vie, dictés le plus souvent par les rencontres et la curiosité. Il fut chanteur bien sûr, c’est pour ça qu’on le connaît, mais on a l’impression que c’est par hasard qu’il l’est devenu. Il a démarré sa carrière vers la quarantaine et connu le succès assez rapidement (grâce à Colette Magny, puis Mouloudji, au départ). Il rencontra le grand public dès son deuxième disque (Le Jour de clarté), succès qui le dépassa tout aussi rapidement. Alors il part, loin, en 2CV jusqu’en Éthiopie ! Il raconte ses voyages aventureux et sa carrière sur le même ton, il semble tout mettre sur le même plan : aussi bien son travail dans les vignobles en Bourgogne que celui de prof d’anglais en Éthiopie, ou encore la traduction des chansons de Léonard Cohen et son job d’animateur dans un hôpital psychiatrique. J’en passe. Vu de la « hauteur » de son grand âge, tout semble être égal, et chaque épisode n’avoir ni plus ni moins d’importance qu’un autre.
A une question de Victor Macé de Lépinay, qui s’étonne que ses chansons soient devenues des « classiques » dont on ignore parfois le nom de leur auteur, Graeme explique qu’il n’était pas un « chanteur de personnalité », qu’il interprétait ses chansons grâce à son talent de comédien, c’est tout. Quand il parle de « chanteur de personnalité », on s’interroge, puis on s’attend à ce qu’il évoque Jacques Brel, ou Léo Ferré, à jamais liés à leurs chansons, mais non, il évoque Yves Montand… Interprète comédien par excellence (au répertoire très varié) qui n’a jamais écrit une ligne… Les voies de Graeme sur le sujet demeureront impénétrables.
On apprend aussi qu’il pense retourner dans son pays natal, la Nouvelle-Zélande, pour finir ses jours (« s’envoler » dit-il), mais en attendant il veut bien continuer de chanter, tant que sa santé le lui permet, pour « donner du bonheur aux gens ». A quatre-vingt-huit ans, c’est un beau projet.

Pierre Delorme

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