Victoires MLes jérémiades de quelques-uns de mes amis à l’approche de l’événement ? Le fait que ce même événement fêtait ses trente ans ? Je ne sais pas ce qui m’a décidé. Toujours est-il que le 13 février, pour la première fois , j’ai regardé les Victoires de la Musique. Et, bien sûr, j’ai choisi de me concentrer sur les artistes, nommés ou invités, qui chantaient en français. Même si j’ai dû, hélas ! rappeler à leur devoir mes oreilles perverses séduites par Olivia Merilahti (la chanteuse de The Dø) et Benjamin Clementine, sans parler (surtout, n’en parlez pas à ceux de mes amis évoqués plus haut !) de l’alliance entre l’électro de David Guetta et les voix de Sam Martin et Ayo. Côté français, donc, je passerai sur la double défaite capillaire de Souchon et Voulzy, pour, sans plus attendre, faire front à mes amis et leur dire : « Mes amis, vous m’avez menti ! » Vous m’aviez annoncé un défilé de pantins formatés, et j’ai vu arriver Christine and the Queens. Cette jeune femme qui pense avant de chanter (il suffit de lire une seule de ses interviews pour s’en convaincre) est tout sauf un « produit du show-biz » – comme vous dites. Vous m’aviez promis un collier de fadaises, et c’est une chanson engagée qui l’a emporté : Un jour au mauvais endroit de Calogero (dont le nom, je dis ça pour vous mettre du baume au cœur, rime presque avec Utgé-Royo). Vous m’aviez prédit un déluge ininterrompu de poudre aux oreilles, et Vianney s’est pointé avec une guitare en bois et Dick Annegarn en référence. Et Féloche et son Silbo, ce langage sifflé qui vola ce soir-là au-dessus de la foule du Zénith de Paris, vous n’allez quand même pas me dire que c’est de la variété de bas étage ! La variété facile (pas toujours si facile que ça à chanter, d’ailleurs), parlons-en. Elle était bien absente, j’ai trouvé. Pas de Pagny, de Zenatti ni de Fiori (ces noms en i pour que vous puissiez ricaner « Hi ! Hi ! Hi !), ni de Garou ni de Sardou (là, faites « Hou ! Hou ! », ça vous détendra avant l’estocade). Peut-être est-elle en train de passer de mode cette variété-là, comme la chanson de qualité telle que vous l’aimez. Car les Victoires de la Musique ne sont finalement que le reflet de l’air de l’an. Si elles avaient existé en 1965, on aurait sans doute compté Anne Sylvestre (T’en souviens-tu la Seine, « album de l’année »), Gribouille (Si j’ai le cœur en berne, « révélation ») et Jean Ferrat (« artiste masculin ») parmi les « nominés » en même temps qu’Eddy Mitchell et Sylvie Vartan. Seulement, voilà : nous sommes en 2015.

René Troin

1 commentaire »

  1. Lucas dit :

    Je partage entièrement le point de vue défendu de cet article et si j’avais été désolé parfois devant les éditions précédentes, j’ai trouvé celle-ci intelligente, belle et réussie. La musique a effectivement été au rendez-vous et la langue de Molière loin d’être boudée.

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