PsychanalyseLe grand pianiste Arthur Rubinstein racontait qu’un jour où il « jouait dans sa tête » un concerto, il fut interrompu par une personne avec laquelle il dut parler un moment. La conversation terminée, il s’aperçut qu’il reprenait la pièce jouée dans sa tête, mais beaucoup plus loin dans la partition. La musique avait continué pendant qu’ il parlait ! Comme un disque.
J’aime bien cette idée de la musique qui chemine toute seule, quoi qu’il arrive, dans nos pensées.
Même si tout le monde n’a pas le talent de musicien d’Arthur Rubinstein, je me demande si les chansons et les musiques qui sont dans nos têtes ne se mettent pas parfois à jouer à notre insu, à la manière d’une radio qui se mettrait en marche toute seule. Des chansons ou des musiques dont on s’apercevrait de la présence dès qu’on cesserait de lire, de parler ou de penser à quelque chose. On pourrait les surprendre dans les « intervalles », elles sembleraient se dérouler indépendamment de nous, et rien ne les arrêterait.
Je crois que les chansons qui vont leur chemin dans nos têtes sont nombreuses, elles accompagnent notre vie intérieure, comme celles diffusées sur des ondes diverses accompagnent notre vie « extérieure ». Il suffit de tendre un peu l’oreille entre deux pensées pour les entendre, comme le bruit d’une rivière, si familier qu’on avait fini par l’oublier, mais qui est là et nous suit tout au long d’une promenade.
Le problème est que, comme pour tout ce qui relève de l’inconscient et nous échappe, le dévoilement de ce qui est caché peut être gênant… On peut par exemple se rêver en admirateur de chansons de parole, alors que ce sont celles de Johnny, ou de n’importe quel honni de la même bande, qui en permanence coulent sous nos pensées comme des rivières ! C’est le problème avec cette radio du dedans qui joue au gré de sa fantaisie et selon ses goûts, qui ne sont pas forcément ceux que nous croyons être les nôtres !

Pierre Delorme

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