K7 CaussimonC’est comme un réflexe. A peine est-elle mise en ligne que l’œuvre de l’un de « ces chanteurs que l’on dit poètes* » s’attire son lot de commentaires récriminatoires. Sous On a découvert l’Amérique, chanté par un jeune Jacques Bertin, alors pensionnaire de « La Fine Fleur de la chanson française », on peut lire : « C’était un temps où la chanson s’appelait encore chanson et où les chanteurs ne se prenaient pas pour des musiciens (« Victoires de la musique » ? Quelle idiotie !) […]. » On ne peut qu’approuver, tant il est vrai que Gilbert Bécaud comme Charles Trenet, très actifs dans les mêmes années, ne se sont jamais pris pour des musiciens. Sans parler de Léo Ferré…
Plus loin, on se dit que ça valait la peine de cliquer sur Ce n’est pas la peine de Lise Médini pour apprendre qu’« eh oui, il y a 50 ans, on chantait dans les cabarets, il y avait de l’émotion, de l’authenticité, et tout simplement de la beauté… pas de zombies collés a leurs iPods et faisant hurler du rap […] ».
Guy Béart, sur lequel on a déjà lu et entendu tant de bêtises, sera peut-être surpris de voir sa chanson Qu’on est bien « dédicacée pour madame Traubira (sic), et notre Président ».
Quant à Jean-Roger Caussimon, c’est, comme de bien entendu, « un poète aux oubliettes ». Fichtre ! Que le chanteur soit oublié, c’est un fait. On peut le regretter, on peut aussi admettre qu’il avait un sens du rythme et une voix aléatoires qui ne répondent plus aux canons d’aujourd’hui**. Mais l’auteur ! Sans chercher ni loin ni bien longtemps, on trouve douze versions de Monsieur William, onze de Comme à Ostende et neuf du Temps du tango. Et le faisceau des interprètes est pour le moins exceptionnel : d’Arno à Joan Pau Verdier en passant par Annick Cisaruk, Renée Claude, Rue de la Muette ou Sapho. On tombe même sur Silvain Vanot – labellisé Inrocks ! – qui a gravé un sensible Il fait soleil. Trente ans ou presque après sa mort – le 20 octobre 1985 –, le Voleur de Paris est peut-être aux oubliettes, mais il y a du monde dans l’escalier.

René Troin

* Titre d’un livre de Christian Hermelin, publié à L’Ecole des loisirs en 1970.
** Et l’admettre ne m’empêche pas d’avoir dans ma discothèque huit vinyles, l’intégrale CD (quand on aime, on n’est jamais trop prudent), et même une cassette de 1984, En public. Ni de me compter parmi ceux qui préfèrent les reprises par Jean-Roger Caussimon de certains des titres qu’il a cosignés avec Léo Ferré.

5 commentaires »

  1. patrick ochs dit :

    Merci René. Patrick Ochs

    • LTG dit :

      Merci à René d’avoir relevé ce superbe cri du cœur d’un amoureux de la chanson à texte (ou de parole, ou de qualité, au choix) : oui, surtout pas de musique ! Rien d’étonnant à ça, un de ces chanteurs « poètes » enseignait durant un stage consacré à l’interprétation « qu’il faut se méfier de la musique » ! Dame, et ce pauvre Georges Brassens qui croyait que les gens étaient venus aux textes de ses propres chansons grâce à leurs mélodies… Mais sans doute Brassens n’était-il pas un chanteur poète. Beaucoup trop intéressé par la musique pour ça !
      Quant à Caussimon, il est oublié même des amateurs de chanson à texte, c’est un comble ! Alors qu’ils n’en finissent plus de vénérer Leprest dont l’écriture est pourtant très, très proche de celle de Caussimon. Ils avaient aussi en commun une voix et un sens du rythme « aléatoires ». Mais c’est vrai que Caussimon n’avait ni l’image ni la posture d’un artiste « maudit ». Ceci explique peut-être cela.
      Pierre Delorme

  2. Chris Land dit :

    « … la posture d’un artiste maudit … » c’est une vue très éloignée de la réalité leprestienne. La distance doit y être pour beaucoup. Cette caricature continuerait donc à être entretenue tant qu’on a l’impression de lire un commentaire du Libé de l’époque…

    • LTG dit :

      Disons que le fait de se donner en spectacle à moitié ivre ou complètement bourré (au point de ne pas pouvoir assurer son récital) peut être assimilé à cette posture. Pour l’image, et même si il n’y est pour rien, elle est bien entretenue par les admirateurs, dont on peut se demander ce qu’ils aiment vraiment : les chansons ou le personnage « maudit », très fin du XIXe siècle. Le talent est une chose, le laisser-aller en est une autre, on aime ou pas.

  3. Chris Land dit :

    … tout petit petit petit bout de la lorgnette déformante…

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