Pinocchio2Le lapsus linguae a ceci de pratique qu’il permet de voir apparaître ce qui en principe est caché, du moins l’affirme-t-on depuis Freud. On peut aussi l’imaginer comme un simple bug du langage, une interférence, un embouteillage, qui fait qu’un mot se présente à la place d’un autre… Les accidents sont fréquents, et ça n’est qu’une preuve de plus que bien souvent les mots parlent, voire pensent, à notre place.
Notre époque est friande de psycho et ce genre de petite fenêtre qu’on imagine ouverte vers un peu de vérité dans un discours où la mise en scène (de soi) et même le mensonge sont reine et roi, nous enchante. Interpréter le lapsus de quelqu’un n’est-ce pas avoir droit à la « révélation » du dissimulé, et l’occasion de se sentir un peu malin ?
Les formes de lapsus sont nombreuses (à l’oral, à l’écrit, dans le geste), mais avec l’usage des traitements de texte divers, qui écrivent parfois plus vite que nos doigts, il en apparaît une nouvelle sorte. Si l’on ne prend pas garde à se relire, un logiciel trop rapide a tôt fait d’écrire un mot à la place d’un autre. Un des trois gars a récemment envoyé aux deux autres un mail dans lequel il demandait si leur « gilet » pour demain était prêt… Une légère faute de frappe et l’ordinateur avait écrit de son propre chef gilet au lieu de billet… un lapsus informaticus ! (Il suffit de mal taper, ou d’oublier, un des deux « l » de billet pour qu’il devienne bilet, inconnu au bataillon des mots du traitement de texte, qui cherchant l’assemblage de lettres le plus proche le transforme illico en gilet , et le tour est joué.)
Mais le lapsus, s’il nous embarrasse parfois, peut aussi servir d’excuse ou de justification à nos erreurs les plus grossières, voire à notre ignorance. On essaie alors de s’en servir pour la masquer. Dans le cas d’articles publiés à la va-vite, le lapsus clavieris a souvent bon dos.
Rien de bien grave dans tout ça, et confondre les rhododendrons et les bégonias, par exemple, ne porte pas à conséquence, de même se mélanger les pinceaux entre Alfred de Vigny et Alfred Jarry, ou encore entre les vagues et la plage, c’est péché véniel, bien sûr. Sauf si l’on prétend tenir, en spécialiste, un blog sur le jardinage, sur la littérature ou sur le tourisme en bord de mer. Là, rien n’y fera, on aura beau évoquer tous les lapsus qu’on voudra, c’est l’absence de compétence qui sera étalée au grand jour.

Un des gars

2 commentaires »

  1. René Troin dit :

    Voici l’un des trois gars (non, je ne me dénoncerai pas !) habillé pour l’hiver. Dieu merci, il (ce n’est pas que j’aime parler de moi à la troisième personne, mais je tiens à mon anonymat) habite le Sud, sinon un gilet n’y aurait sans doute pas suffi.

  2. Norbert Gabriel dit :

    Salut,
    Dans les fantaisies dues à des dérapages clavier, ou deux touches en même temps, j’en ai eu une belle, un « pole » s’est transformé en « poile » et une correction trop rapide en a fait « poil », ce que le correcteur automatique ne voit pas… et moi même … Il y a eu aussi un beau « Il sert les mains » dans un best-seller récent… Là, le lapsus est moins évident. C’est le petit plaisir des coquilles… à ricochet parfois…

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